Les eurodéputés et les représentants ukrainiens appellent à un embargo pétrolier et à des sanctions plus étendues

Les députés de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen ont demandé à l’UE et aux États membres d’imposer un embargo pétrolier à la Russie et de soutenir l’Ukraine via une aide financière.

EURACTIV.com
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Des représentants de l'Ukraine se sont adressés à la commission des Affaires étrangères du Parlement européen ce mercredi 20 avril. [Parlement européen]

À ce jour, les sanctions de l’Union européenne n’ont pas réussi à dissuader la Russie. C’est ce qu’ont déclaré les députés de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen mercredi (20 avril). Ils ont demandé à l’UE et aux États membres d’imposer un embargo pétrolier immédiat à la Russie et de soutenir l’Ukraine via une aide financière.

Les législateurs européens ont mis en doute l’efficacité des sanctions européennes imposées à la Russie suite à son invasion de l’Ukraine qui a débuté le 24 février.

« Les cinq derniers paquets [de sanctions] n’ont pas fonctionné », a déclaré l’eurodéputé Witold Jan Waszczykowski (Groupe des Conservateurs et Réformistes européens), président de la commission du Parlement européen chargée d’assurer la liaison avec les législateurs ukrainiens.

Selon lui, la nécessité d’un sixième ensemble de sanctions « signifie que notre politique n’est pas suffisante pour arrêter et prévenir l’agression russe ».

Le service diplomatique de l’UE, le Service européen d’action extérieure (SEAE), soutient toutefois que les sanctions mises en œuvre jusqu’à présent ont eu un impact négatif sur l’économie russe.

« Nous pensons que les sanctions fonctionnent même si elles mettent du temps à produire leur effet réel et nous pensons que ces mesures ont considérablement augmenté le coût de l’agression de la Russie », a déclaré le directeur adjoint du SEAE, Luc Devigne, devant les parlementaires.

Cependant, les prix élevés de l’énergie et la poursuite des achats de gaz et de pétrole russes au cours du premier trimestre 2022 ont conduit la Russie à l’excédent de la balance courante le plus élevé de son histoire récente, selon les données de la Banque centrale de Russie qui ont été rendues publiques de la semaine dernière.

Par ailleurs, plusieurs députés ont exprimé leurs inquiétudes quant à la capacité de Moscou à contourner les sanctions par le biais de partenariats avec des pays tiers, en particulier la Chine.

« La Chine est clairement dans le camp russe dans ce conflit », a indiqué l’eurodéputé écologiste François Alfonsi, appelant à un nouveau mécanisme de coopération avec le Royaume-Uni, les États-Unis et le Japon pour détecter les éventuelles tentatives chinoises de contournement des sanctions occidentales.

Compensation pour les États membres de l’UE

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré dimanche que l’exécutif européen étudiait les moyens de cibler les banques russes, dont la Sberbank, ainsi que le pétrole dans le cadre des prochaines sanctions.

Cependant, l’embargo sur le pétrole aurait un impact dommageable sur les économies des États membres qui dépendent largement de la Russie pour leurs importations, comme c’est notamment le cas de l’Allemagne et de l’Italie.

Pour limiter cet impact, les députés du groupe Renew Europe ont demandé à la Commission et au SEAE des mesures de compensation pour soutenir ces États membres de l’UE.

S’ils ont salué le « plan ambitieux » de l’UE visant à imposer un embargo sur le pétrole, les représentants de l’Ukraine invités au débat ont demandé à l’UE de se concentrer également sur d’autres formes de sanctions, comme les sanctions en matière d’itinérance et de cyber-sanctions.

Interdire les institutions culturelles russes

En outre, la culture devrait être incluse dans le régime de sanctions, a déclaré Olena Khomenko, présidente de la sous-commission des relations économiques extérieures et de l’utilisation efficace de l’aide internationale de la Verkhovna Rada, le Parlement ukrainien.

« Nous devons fermer et interdire les institutions affiliées à l’État russe, comme le réseau des centres russes de la science et de la culture, car les liens culturels et les connexions culturelles sont aussi une forme d’arme utilisée par la Russie. »

Mme Khomenko a mis en garde contre les « tentatives de la partie russe d’organiser davantage d’événements culturels » en essayant de diffuser de la désinformation et de la propagande et a appelé les États de l’UE à poursuivre les mesures d’isolement diplomatique.

« Il est important d’imposer des sanctions individuelles à tous ceux qui sont liés et font partie de la stratégie de Poutine pour faire disparaître l’Ukraine », a-t-elle confié à EURACTIV.

Donner les actifs russes à l’Ukraine

Mme Khomenko a également appelé à un renforcement de l’aide financière à destination de son pays.

« Nous avons besoin qu’un fonds soit créé pour la reconstruction de l’Ukraine. Nous devons reconstruire tous ces hôpitaux, ces jardins d’enfants et ces écoles qui ont été détruits », a-t-elle déclaré.

Pour soutenir la reconstruction du pays déchiré par la guerre, certains eurodéputés ont appelé l’UE à confisquer plutôt qu’à geler les avoirs russes.

« Ne laissons pas l’espoir aux oligarques russes, mais aussi à l’État russe, qu’il y aura un moment où ils pourront les récupérer », a expliqué l’eurodéputé socialiste et démocrate Włodzimierz Cimoszewicz.

János Ammann a contribué à la rédaction de cet article.