Les eurodéputés condamnent la Hongrie, mais les gouvernements relativisent la menace qui pèse sur la présidence de l’UE
Les eurodéputés ont intensifié leurs critiques à l’égard de la Hongrie jeudi (1er juin), en soutenant une motion par laquelle ils menacent d’utiliser des tactiques de blocage pour perturber la présidence hongroise de l’UE l’année prochaine.
Les eurodéputés ont intensifié leurs critiques à l’égard de la Hongrie jeudi (1er juin), en soutenant une motion par laquelle ils menacent d’utiliser des tactiques de blocage pour perturber la présidence hongroise de l’UE l’année prochaine.
Toutefois, des sources diplomatiques ont indiqué qu’il y a peu de chances que les gouvernements nationaux suivent le Parlement et fassent pression pour suspendre la présidence hongroise.
Comme prévu, les eurodéputés ont soutenu la résolution qui accuse le gouvernement dirigé par le Fidesz de Viktor Orbán de « corruption systémique », avec une majorité transpartisane de 442 voix contre 144. Le texte met également en doute la capacité de la Hongrie à remplir cette mission en 2024 de manière crédible, étant donné que le pays ne respecte pas le droit de l’UE, ni les valeurs inscrites à l’article 2 du traité sur l’Union européenne, ni le principe de coopération sincère.
La Hongrie, dont la dernière présidence tournante remonte à 2011, devrait assurer la présidence semestrielle du Conseil des ministres à partir de juillet 2024, moins d’un mois après les prochaines élections européennes.
La résolution n’est pas juridiquement contraignante et toute décision visant à priver la Hongrie, ou tout autre pays, de la présidence semestrielle nécessiterait l’accord unanime des 27 gouvernements de l’UE.
La Hongrie « inapte » à assurer la présidence de l’UE, selon les eurodéputés
Les multiples violations de la législation européenne par la Hongrie la rendent inapte à assurer…
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La ministre hongroise de la Justice, Judit Varga, a qualifié la résolution de « très, très dommageable » et l’a qualifiée d’« insensée ».
Un intermédiaire honnête
Bien que la ministre allemande des Affaires européennes, Anna Lührmann, ait déclaré à la presse cette semaine qu’elle nourrissait des « doutes » quant à la capacité de la Hongrie à assumer avec succès la présidence, évoquant la gestion de l’État de droit par Budapest et sa position ambiguë dans son soutien à l’Ukraine, les diplomates à Bruxelles ne semblent pas vouloir insister.
« Lorsqu’un pays accède à la présidence, il assume ce rôle, en tant qu’intermédiaire honnête, il devient neutre », a expliqué Margrethe Vestager, vice-présidente de la Commission, à EURACTIV, ajoutant que « si c’est l’approche des Hongrois, alors vous aurez une présidence normale ».
Le mécanisme principal utilisé par la Commission européenne a consisté à bloquer le versement de fonds à la Hongrie provenant du Fonds pour la relance à l’issue de la pandémie de coronavirus jusqu’à ce qu’une série de « jalons » relatifs à l’indépendance judiciaire et à la politique sociale aient été respectés.
« Débloquer les fonds gelés à ce stade donnerait carte blanche au Fidesz pour poursuivre ses attaques contre les droits fondamentaux », a déclaré Gwendoline Delbos-Corfield, l’eurodéputée écologiste française également rapporteure permanente du Parlement sur la Hongrie.
« Il est temps que le Conseil se demande si un État membre soumis à la procédure de l’article 7 peut assurer de manière crédible la présidence de l’UE », a-t-elle ajouté.
Lors d’une conférence de presse tenue mercredi, Sophie in ’t Veld, une députée libérale néerlandaise, a déclaré que les eurodéputés devraient chercher des moyens de « réduire la coopération au strict minimum » pendant la présidence hongroise.
Cette démarche pourrait consister à donner une tribune aux dissidents du gouvernement parallèlement aux représentants du gouvernement hongrois lors d’événements et à voir les eurodéputés boycotter les négociations du trilogue au cours desquelles les eurodéputés, les ministres et la Commission européenne négocient des compromis sur les lois de l’UE, ce qui ralentirait considérablement le processus d’élaboration des lois.
« Nous devrions débarrasser cette présidence de toutes les paillettes et de tout le glamour : pas de séances photo, pas de conférences de presse tape-à-l’œil », a-t-elle déclaré.
En parallèle, la Commission européenne a ouvert un nouveau front dans le différend qui l’oppose à la Pologne au sujet de l’État de droit.
Dans une lettre adressée au gouvernement polonais et consultée par EURACTIV, le commissaire européen à la Justice, Didier Reynders, souligne l’adoption d’une nouvelle loi qui établit une commission d’enquête chargée d’étudier l’influence russe sur la sécurité intérieure de la Pologne entre 2007 et 2022. Selon le commissaire européen, cette loi « soulève de sérieuses inquiétudes en termes de conformité avec le droit européen ».
« Elle accorde des pouvoirs importants à un organe administratif qui pourrait être utilisé pour empêcher des individus d’exercer des fonctions publiques et qui pourrait donc restreindre leurs droits », a écrit M. Reynders.