Les Etats-Unis promettent un « nouveau ton » dans leurs relations avec l’UE et la Russie [FR]

Les leaders américains et européens souhaitent restaurer des relations solides avec la Russie et construire une nouvelle architecture de sécurité avec Moscou. Mais Washington demandera également plus d’engagements de la part de ses partenaires sur des questions telles que Guantanamo ou l’Afghanistan. C’est ce qu’a déclaré ce week-end le nouveau vice-président américain Joe Biden, lors d’une conférence sur la sécurité à Munich.

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Les leaders américains et européens souhaitent restaurer des relations solides avec la Russie et construire une nouvelle architecture de sécurité avec Moscou. Mais Washington demandera également plus d’engagements de la part de ses partenaires sur des questions telles que Guantanamo ou l’Afghanistan. C’est ce qu’a déclaré ce week-end le nouveau vice-président américain Joe Biden, lors d’une conférence sur la sécurité à Munich.

Dans un chœur parfaitement harmonieux, les leaders européens ont relevé que la Russie ne représente en aucun cas une menace militaire pour l’Europe ou l’OTAN. Mais l’on a instamment besoin d’une confiance mutuelle entre Bruxelles et Moscou, en particulier après la crise de l’approvisionnement en gaz qui a eu lieu plus tôt cette année, a déclaré le président français Nicolas Sarkozy. 

Sur le même thème, le vice-président Joe Biden a indiqué qu’il était temps de resserrer les liens avec la Russie, lesquels s’étaient froissés après l’élargissement de l’OTAN vers l’Est et le projet de Washington de déployer un système de défense anti-missile en Europe. 

Diplomatie et dialogue

  « Je viens en Europe au nom d’une nouvelle administration déterminée à instaurer un ton nouveau, non seulement à Washington, mais aussi dans les relations de l’Amérique avec le reste du monde », a déclaré M. Biden lors d’un discours prévu de longue date devant indiquer la direction de la nouvelle administration Obama. 

La diplomatie revient au premier plan de la politique étrangère américaine, a promis le vice-président. Mais il a clairement expliqué que la volonté des Etats-Unis d’entamer le dialogue dépendra de l’intention de leurs partenaires de jouer un rôle plus important sur la scène internationale.

« L’Amérique fera plus, mais l’Amérique demandera plus à ses partenaires » a souligné M. Biden. Selon lui, l’Afghanistan et Guantanamo seront deux questions clés dans lesquelles l’Europe pourrait faire montre de son engagement. 

Bien que le vice-président n’a pas demandé en particulier aux leaders européens de déployer des troupes en Afghanistan, les participants de la conférence de Munich étaient conscient du fait que les appels au renforcement de l’engagement devaient être interprétés en ce sens, dans la mesure où le nouveau président américain a fait de l’Afghanistan sa priorité en matière de politique extérieure. 

Le sort des prisonniers de Guantanamo

Quant à Guantanamo, la conférence a marqué la première annonce officielle par un membre de la nouvelle administration que l’Amérique demandera aux autres pays d’accueillir des détenus du camp basé à Cuba, dont M. Obama a ordonné la fermeture le premier jour de sa prise de fonction. « Nous aurons besoin de votre aide » a déclaré M. Biden, à l’intention, semble-t-il, de la chancelière allemande Angela Merkel.

Les ministres européens des Affaires étrangères ont évoqué cette question lors de leur réunion de janvier, mais n’ont pu aller au-delà de simples témoignages de soutien (voir EURACTIV 13/01/09).  

Combler le fossé avec la Russie

M. Biden a également établi un contact avec Moscou en déclarant que « le moment est venu d’appuyer sur le bouton de redémarrage et de réexaminer les nombreux domaines dans lesquels nous pouvons et devrions travailler ensemble ». L’un des enjeux portait sur les efforts américains en vue d’établir des systèmes de défense anti-missiles en Pologne et en République tchèque, dans le but de se défendre contre une éventuelle menace iranienne. 

Selon M. Biden, les Etats-Unis continueront de développer la défense anti-missile mais s’efforceront de le faire en concertation étroite avec les Russes. 

Défense anti-missile

Sergei Ivanov, vice-premier ministre russe, a décrit le message comme un signal très positif, a rapporté Reuters. Il a déclaré que la Russie souhaitait débattre de l’option de la coopération dans le domaine du système de défense anti-missile.

Si nous analysons la menace ensemble et que nous découvrons ensemble que la menace existe, nous affronterons le problème ensemble, a déclaré M. Ivanov. 

Il a suggéré l’utilisation à cet effet des systèmes de radars localisés au sud de la Russie. M. Ivanov a toutefois averti les Etats-Unis que la tension augmenterait si davantage de bases étaient établies dans le voisinage immédiat de la Russie.

Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, et le vice-président tchèque Alexandr Vondra, ont réitéré leur soutien au  projet de baser le système américain de défense anti-missile dans leurs pays. Selon M. Tusk, cela constituerait un élément important de la défense européenne, ainsi qu’une étape préventive. 

Pacte de sécurité paneuropéen

M. Biden a également fait écho aux appels de leaders européens, tels que le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel, qui ont également pris la parole à Munich, d’inclure la Russie au sein d’une architecture européenne de la sécurité plus large. 

Reprenant une ancienne conception formulée par l’ex président français Charles de Gaulle, qui associait l’Europe de l’Atlantique à l’Oural à un espace européen de paix commune, M. Sarkozy a fixé l’objectif de renforcer l’architecture internationale de sécurité depuis Vancouver jusqu’à Vladivostok, en engageant explicitement la Russie. Il a poursuivi en indiquant que l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) constituerait pour cela une structure acceptable. Selon lui, après la crise gazière et la crise en Géorgie, une nouvelle confiance doit être établie entre l’UE et la Russie. 

Les limites du rapprochement américain vers Moscou  

Nonobstant la nouvelle approche de l’Amérique visant à intégrer la Russie plutôt que de l’isoler, M. Biden a expliqué que les deux parties ne seront pas d’accord sur tout. Il a indiqué que les Etats-Unis ne reconnaîtront pas, à l’inverse de la Russie, les provinces géorgiennes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie en tant que républiques indépendantes. 

M. Biden a également rejeté la notion de sphère d’influence russe, déclarant que M. Obama continuera de presser l’OTAN d’accepter une coopération plus étroite avec les pays qui ont en commun des opinions similaires.