Les États-Unis ouvrent des négociations de paix avec la Russie et prennent l’Europe par surprise

Donald Trump a expliqué mercredi 12 février avoir convenu avec Vladimir Poutine d’ouvrir des négociations pour mettre « immédiatement » fin à la guerre en Ukraine. Les autorités américaines estiment « irréaliste » que le pays retrouve ses frontières d'avant 2014.

EURACTIV.com
President Trump Signs Executive Orders At The White House
Le président américain, Donald Trump. [Andrew Harnik/Getty Images]

BRUXELLES — Donald Trump a expliqué mercredi 12 février avoir convenu avec Vladimir Poutine d’ouvrir des négociations pour mettre « immédiatement » fin à la guerre en Ukraine. Les autorités américaines estiment « irréaliste » que le pays retrouve ses frontières d’avant 2014. 

Le 12 février, le président américain Donald Trump a décroché son téléphone et s’est entretenu avec son homologue russe Vladimir Poutine.

Les deux dirigeants ont convenu de « commencer immédiatement des négociations » pour mettre un terme à la guerre en Ukraine, lors d’un « long appel téléphonique très productif », a déclaré le président américain sur Truth Social.

Cet appel entre les deux présidents est le premier révélé publiquement depuis l’entrée en fonction de Donald Trump.

« Nous sommes tous deux d’accord, nous voulons mettre fin aux millions de morts causées par la guerre entre la Russie et l’Ukraine », a-t-il écrit.

« Le président [Vladimir] Poutine a même utilisé ma devise de campagne très forte, “DU BON SENS”. Nous y croyons tous les deux très fortement. Nous avons convenu de travailler ensemble, très étroitement, notamment en visitant nos nations respectives », a-t-il ajouté.

Plus tard dans la journée de mercredi, Donald Trump s’est entretenu avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, et cet appel s’est « très bien passé », a-t-il précisé.

« Personne ne souhaite plus la paix que l’Ukraine. Avec les États-Unis, nous définissons les prochaines étapes pour mettre fin à l’agression russe et garantir une paix durable et fiable. Comme l’a dit le président [Donald] Trump, mettons-nous au travail », a publié le président ukrainien sur X après l’appel.

« Nous avons convenu de maintenir le contact et de planifier de prochaines réunions », a-t-il ajouté.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette décision a pris les Européens par surprise.

Les espoirs que les Américains exposeraient en détail comment ils entendaient tenir les promesses de Donald Trump de mettre fin au conflit ont été anéantis avant la réunion de mercredi du Groupe de contact sur la défense de l’Ukraine, à Bruxelles.

Au sein du Groupe de contact — un format anciennement présidé par les États-Unis et désormais par le Royaume-Uni —, plusieurs des alliés occidentaux de l’Ukraine étaient censés annoncer de nouvelles aides militaires.

Si Washington n’était pas supposé faire de nouvelles annonces cette semaine, des changements politiques majeurs ont néanmoins été signalés.

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a surpris ses collègues en traçant de nouvelles lignes rouges pour l’Ukraine.

Un retour à la situation d’avant 2014, avant l’invasion de la Crimée par la Russie et la prise de contrôle de quatre régions de l’est du pays, est ainsi « un objectif irréaliste », a déclaré le secrétaire, ajoutant que « poursuivre cet objectif illusoire ne ferait que prolonger la guerre et causer davantage de souffrances ».

Il a aussi expliqué qu’aucun soldat américain ne serait déployé en Ukraine dans le cadre des garanties de sécurité — c’était aux Européens « d’entrer dans l’arène » — et que les troupes des membres de l’OTAN ne seraient pas couvertes par l’article cinq de l’alliance, la clause de défense mutuelle.

Un accord de paix permettant une éventuelle adhésion à l’OTAN n’était pas envisageable, a-t-il ajouté, ce qui va à l’encontre du langage prudent que l’alliance avait jusqu’à présent adopté, sans prendre de position définitive sur la question.

« L’honnêteté sera notre politique à l’avenir », a affirmé Pete Hegseth.

Ses brèves remarques ont rapidement eu des répercussions. Un diplomate européen de l’OTAN a décrit ce changement politique comme une « capitulation préventive » forcée de l’Ukraine.

Plusieurs diplomates de l’OTAN ont déclaré à Euractiv qu’ils étaient désagréablement surpris que de telles déclarations aient été faites avant même le début des pourparlers de paix avec l’Ukraine — même si ces commentaires sont peut-être moins surprenants après l’appel de Donald Trump à Vladimir Poutine.

Les alliés européens de l’OTAN avaient nerveusement anticipé la première visite de la nouvelle administration américaine, qui est généralement l’occasion de se jauger et de trouver un terrain d’entente.

Mais Pete Hegseth, arrivé à Bruxelles mercredi, a fait fi du décorum habituel et est allé droit au but.

« Arrivé au siège de l’OTAN. Notre engagement est clair : l’OTAN doit être une force plus forte et plus meurtrière, pas un club diplomatique », a-t-il écrit sur X. « Il est temps pour les alliés de saisir l’occasion. »

Les discussions du secrétaire américain de la Défense avec ses homologues de l’OTAN et l’Ukraine s’inscrivent dans le cadre d’une série de visites en Europe de hauts responsables américains, lors du sommet sur l’Intelligence artificielle (IA) de Paris et à la conférence sur la sécurité de Munich.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a déclaré aux journalistes avant les pourparlers que les dépenses de défense des alliés de l’OTAN non américains avaient augmenté de 20 % en 2024.

Ces chiffres sont « un grand pas dans la direction souhaitée par le président [Donald] Trump. Je suis d’accord avec lui pour dire que nous devons équilibrer l’aide à la sécurité en Ukraine », a affirmé Mark Rutte.

(LG)