Les États membres de l’UE trouvent un compromis sur la réduction de la pêche en Méditerranée occidentale

Les ministres de la Pêche de l’Union européenne se sont mis d’accord mardi 10 décembre au soir pour réduire la pêche en Méditerranée occidentale d’ici 2025, introduisant une certaine flexibilité dans la proposition de la Commission.

EURACTIV.com
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En septembre dernier, la Commission a proposé de poursuivre la réduction jusqu’en 2025, mais la France, l’Espagne et l’Italie se sont unies pour demander un moratoire, craignant l’impact socio-économique sur l’industrie. [European Union]

Les ministres de la Pêche de l’Union européenne se sont mis d’accord mardi 10 décembre au soir pour réduire la pêche en Méditerranée occidentale d’ici 2025, introduisant une certaine flexibilité dans la proposition de la Commission.

En raison de la surpêche et du changement climatique, les populations de poissons de la Méditerranée occidentale, en particulier le merlu, ont drastiquement diminué ces dernières années.

En réponse, la Commission a proposé de réduire le nombre de jours passés en mer pour les chalutiers de 66 % dans les eaux espagnoles et françaises du golfe du Lion, et de 38 % dans les eaux françaises et italiennes (autour de la Corse) en 2025. Les trois pays s’y sont opposés avec véhémence.

« La fixation des limites de l’effort de pêche en Méditerranée occidentale a été particulièrement exigeante, mais nous sommes parvenus à trouver un compromis constructif », a déclaré István Nagy, ministre hongrois de l’Agriculture, qui a présidé la réunion de mardi.

Car en dépit de cette réduction de l’effort de pêche, l’accord final renforce les mécanismes de compensation pour les pêcheurs. En mettant en œuvre des méthodes de pêche durables, les flottes pourront récupérer leurs jours de pêche.

Madrid, Paris et Rome ont ainsi reconnu que l’application des mesures pourrait compenser la réduction de l’effort de pêche et donc ne pas diminuer le nombre de sorties en mer.

Le ministre espagnol de l’Agriculture et de la Pêche, Luis Planas, s’est réjoui, lors d’une conférence de presse, d’avoir pu « neutraliser » la perte de jours de travail pour les pêcheurs.

« C’est la première fois que l’Italie obtient un tel succès, protégeant concrètement l’avenir de l’industrie de la pêche », a déclaré son homologue italien Francesco Lollobrigida.

L’accord est « gagnant-gagnant », a estimé quant à lui le ministre français Fabrice Loher lors d’une conférence de presse ce mercredi matin.

Mécanismes de compensation

La réduction de l’effort de pêche est prévue dans le plan pluriannuel de gestion des stocks de la Méditerranée occidentale, approuvé par le Conseil en 2019. Celui-ci impose une réduction de 40 % de la pêche au chalut entre 2019 et 2024, recommandée par les scientifiques du Centre for Study of Science, Technology & Policy (CSTEP) pour protéger les ressources.

En septembre dernier, la Commission a proposé de poursuivre la réduction de l’effort de pêche en 2025, mais la France, l’Espagne et l’Italie se sont alliées pour demander un moratoire, craignant l’impact socio-économique délétère sur l’industrie.

Alors que le texte final n’est pas encore consolidé, des sources diplomatiques ont déclaré à Euractiv que les mesures de compensations, déjà en place depuis 2022, deviendraient plus « incitatives » à partir de 2025.

De nouveaux critères ont été ajoutés pour en bénéficier, comme l’augmentation de la taille des mailles des filets, la fermeture des zones de pêche ou l’abandon des chaluts du fond.

Pour les navires qui retirent leurs chaluts jumeaux (double chalut de fond), l’accord prévoit par exemple 24 % de jours de pêche supplémentaires.

Ces mesures de compensation sont également cumulatives, ce qui facilite la récupération des jours de pêche.

Sans cette aide accordée aux pêcheurs, l’Espagne, pays le plus touché par ces réductions, serait passée de 130 jours de pêche en 2024 à 27 jours en 2025.

Les ONG sont sceptiques

« Si une flotte adopte la plupart [des mesures de compensation], elle pourrait effectivement retrouver presque le même nombre de jours de pêche qu’en 2024, ce qui soulève des inquiétudes quant aux réductions significatives de la pression de pêche prévues par l’accord », a réagi l’Organisation non gouvernementale (ONG) Oceana dans un communiqué.

Pour l’ONG, cela jette un doute sur la capacité de l’accord à garantir l’exploitation durable des ressources, à la base du plan pluriannuel de 2019.

Elle rappelle que 60 % des populations de poissons démersaux de la Méditerranée occidentale sont surexploitées et que 80 % d’entre elles ont une biomasse inférieure aux niveaux durables.

Les ONG attendent maintenant de voir comment les flottes appliqueront ces mesures de sélectivité, notant que la plan pluriannuel prévoyait la fin de la surpêche en Méditerranée le 1er janvier 2025.