Les États européens divergent sur les objectifs énergétiques pour 2030

L'objectif de réduction des émissions de CO2 de -40 % d'ici 2030 progresse. Mais plusieurs pays, dont la France, s'opposent sur les modalités selon un document interne à la Commission consulté par EURACTIV.

EURACTIV.com
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L'objectif de réduction des émissions de CO2 de -40 % d'ici 2030 progresse. Mais plusieurs pays, dont la France, s'opposent sur les modalités selon un document interne à la Commission consulté par EURACTIV.

Selon un document officieux de la Commission, consulté par EURACTIV, les Etats membres affichent aujourd'hui des divergences importantes en matière de politique énergétique future, à l’exception de l’objectif de réduction de CO2 à hauteur de 40 %. Les États membres s'inquièteraient de la tournure que prend le débat pour 2030.

« Un large accord règne sur la nécessité d'un nouvel objectif de réduction des émissions de CO2 pour 2030 » a révèlé Günther Oettinger, le commissaire en charge de l'énergie, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion informelle des ministres de l'énergie à Vilnius le 20 septembre. « Certains sont contre et d'autres pour la mise en place d'un nouvel objectif d'énergies renouvelables. Un désaccord porte sur la forme qu'il doit prendre », poursuit-il.

En matière d'économie d'énergie, l'UE dispose déjà d'une directive sur l'efficacité énergétique qui devrait faire l’objet d’une révision l'année prochaine.

Le président Hollande a soutenu l’objectif de 40 % à l'issue du conseil. Il a déclaré lors d'une conférence sur l’énergie à Paris que l'Europe devait montrer l'exemple.

Selon les informations d'EURACTIV, de hauts fonctionnaires s'inquiètent en privé que les modèles actuels de réduction des gaz à effet de serre à hauteur de 35-45 % ne limitent les politiques d'efficacité énergétique et d'énergie renouvelable.

Une analyse d'impact sur les objectifs pour 2030 sera publiée cette année. Mais les fonctionnaires craignent qu'elle ne prenne en compte qu’une seule politique visant à atteindre une réduction de CO2 de 40 % dans le cadre du système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS).

Le modèle économétrique européen sur l’énergie PRIMES omettrait les effets des réductions de coûts des économies d'énergie et des politiques renouvelables, comme l’augmentation des valeurs de propriétés (due aux rénovations des bâtiments), une réduction des factures de soins de santé et des coûts liés au climat.

Document officieux

« Cela réjouit les lobbyistes qui préconisent les énergies fossiles », explique Brook Riley, porte-parole de l'ONG de défense de l'environnement Les Amis de la Terre Europe. « La Commission utilise des hypothèses biaisées qui compromettent les économies d'énergie et les énergies renouvelables. L'Europe paiera le prix fort : une hausse des coûts de l'énergie et du prix des importations de pétrole et de gaz. »

Les priorités énergétiques de l'UE semblent toutefois en pleine mutation. Le document officieux du Conseil établit de nouveaux « objectifs prioritaires » : la compétitivité, la sécurité d'approvisionnement et le développement durable.

Ce document, rédigé sur la base de consultations avec 14 États membres, fait état d'un « large consensus » selon lequel le système européen d'échanges de quotas « devrait rester un instrument central de la transition vers une économie faible en carbone et vers l'atteinte d'un objectif de réduction des émissions ».

« On sait que les politiques européennes sur le climat et l’énergie devraient aborder davantage les conséquences de la crise économique actuelle, l'évolution internationale et en particulier les effets négatifs éventuels sur la compétitivité européenne. »

Bon nombre d'États membres expriment leurs « inquiétudes quant à la hausse du coût de certaines politiques climatiques et énergétiques », peut-on lire dans le document.

Les États membres divisés

Cette appréhension est présente dans le document de la Commission. La Pologne s'oppose à tout objectif de réduction de CO2 avant 2015. La République tchèque et la Roumanie ne l'accepteraient pour leur part « qu'en cas d'accord global ». 

Alors que le Danemark et l'Autriche plaident en faveur d'un objectif d'énergies renouvelables, la France le soutiendrait ultérieurement en fonction d'une harmonisation partielle des programmes de soutien en faveur de ces énergies. La Roumanie souhaite que les États membres fixent eux-mêmes leur cible. Le Royaume-Uni et la République tchèque s'opposent ouvertement à tout objectifs d'énergie propre.

Londres et Prague ne veulent pas non plus d'objectifs d'économie d'énergie. Le Danemark et le Portugal y sont en faveur. L'Autriche, Chypre et la France souhaitent reporter la discussion à après 2014, révèle le document.

Selon des défenseurs de l'environnement José Manuel Barroso, le président de la Commission, plaide en faveur d'un objectif en matière de gaz à effet de serre pour 2030 avant la fin du mandat parlementaire en mai 2014 pour une raison : laisser une trace de sa contribution.

« Barroso tient de beaux discours sur le changement climatique, mais un objectif de 40 % de gaz à effet de serre pour 2030 reviendrait à dire que l'UE a abandonné son engagement visant à limiter le réchauffement de la planète à des niveaux sans danger », indique Brook Riley. Il ajoute que le président de la Commission privilégie le pragmatisme politique à court terme aux politiques de défense de l'environnement.