Les espoirs s'amenuisent alors qu'à Chypre les discussions sont dans l'impasse
Alors que les discussions arbitrées par l'ONU sur la réunification de Chypre stagnent, les représentants des deux parties de l'île divisée s'accusent mutuellement de mauvaise foi lors de visites séparées à Bruxelles.
Alors que les discussions arbitrées par l'ONU sur la réunification de Chypre stagnent, les représentants des deux parties de l'île divisée s'accusent mutuellement de mauvaise foi lors de visites séparées à Bruxelles.
Les discussions sur la réunification, qui sont à présent bloquées sur le chapitre compliqué concernant les propriétés, pourraient ne pas aboutir, a déclaré un représentant spécial de l'ONU pour Chypre, Alexander Downer, à la presse locale à Nicosie hier (2 décembre).
Exprimant leurs arguments lors de deux évènements distincts à Bruxelles, des diplomates de haut niveau des deux parties ont confirmé que les discussions étaient dans l'impasse.
Mehmet Ali Talat, un ancien négociateur de la République turque de Chypre du Nord, qui n'est reconnue que par Ankara, a déclaré qu'une solution semblait impossible.
"Malheureusement, nous ne nous attendons à aucun développement positif", a ajouté M. Talat lors d'une réunion organisée par la Fondation Friedrich-Elbert à Bruxelles.
L'ancien négociateur chypriote turc, qui a été remplacé le partisan de la ligne dure Dervis Ero?lu après les élections dans le partie Nord de l'île en avril, a dit que des progrès importants avaient été réalisés concernant le futur partage du pouvoir lorsqu'il exerçait ses fonctions.
Toutefois, aujourd'hui, il explique que les discussions s'enlisent à cause de l'intransigeance des Chypriotes grecs. "L'UE est responsable de mon départ", a dit M. Talat, laissant entendre que Bruxelles n'avait pas fait assez pression sur Nicosie pour qu'elle accepte un compromis. Les Chypriotes turcs ont alors élu un partisan de la ligne dure pour le remplacer.
Ca passe ou ça casse
Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, accueillera une réunion à Genève en janvier où le président chypriote Demetris Christofias et le leader chypriote turc Dervi? Ero?lu seront présents pour tenter de trouver une solution.
M. Talat a prévenu la communauté internationale concernant la réunion de Genève : s'il n'y a pas de progrès, l'effondrement est possible.
Il a expliqué que Chypre était dans une "position confortable" dans la mesure où, en tant qu'Etat membre de l'UE, elle n'avait pas besoin de trouver une solution à ce problème.
Il a également fait référence au fait que les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE étaient à court de chapitres à discuter car elles étaient bloquées, soit par la Commission européenne, soit par des Etats membres individuels.
Discussions secrètes
En réponse à une question d'EURACTIV sur des négociations secrètes qui seraient en cours pour débloquer la situation, M. Talat a répondu que la perspective européenne de la Turquie se rapprochait à grands pas d'une position stagnante.
La Commission se serait engagée à faire un effort pour débloquer certains chapitres des négociations bloqués à cause du refus d'Ankara d'admettre des bateaux et des avions de la République de Chypre dans les ports et les aéroports turcs (voir "Background")
Un des scénarios possibles serait que la Turquie ouvre un ou plusieurs de ses ports aux bateaux en provenance de la République de Chypre. En échange, un ou plusieurs pays de l'UE commenceraient à voler vers l'aéroport d'Ercan sur le territoire de la République turque de Chypre du Nord, qui n'est reconnue que par Ankara.
Toutefois, M. Talat a été catégorique : les affirmations selon lesquelles des négociations secrètes seraient en cours ne sont que des "rumeurs".
Erato Kozakou-Marcoullis, la ministre chypriote de la communication et des travaux, est d'accord avec M. Talat sur ce point et laisse entendre que ces allégations résulteraient de la propagande turque. Elle a insisté sur le fait qu'aucune solution ne pourrait être trouvée sur ces bases, ajoutant qu'une injustice ne pouvait pas réparer une autre injustice.
Les diplomates de l'équipe qui accompagne la ministre chypriote ont expliqué qu'ouvrir les ports et les aéroports dans la partie Nord de l'île au trafic européen était complètement hors de question. La raison en est, ajoutent-ils, que Nicosie ne peut pas se permettre d'avoir des points de passage frontaliers qu'elle ne contrôle pas.
Cependant, il est possible que le port de Famagusta s'ouvre sous la supervision de l'ONU, a déclaré un diplomate chypriote à EURACTIV.
Le président chypriote, Demetris Christofias, a récemment laissé entendre que Varosha, un quartier de la ville de Famagusta, situé sur le territoire occupé par la Turquie, pourrait être la clé des discussions de réunification de l'île.
Si la Turquie rend Varosha à l'ONU, la République de Chypre donnera son feu vert pour l'ouverture du port de Famagusta aux transactions commerciales avec l'UE, a déclaré M. Christofias.
Varosha et Famagusta, des "villes fantômes" aujourd'hui, seraient restaurées avec le soutien de l'UE comme part de l'héritage commun aux deux communautés.
Ce n'est toutefois pas de cette manière que M. Talat a présenté la situation.
"L'ouverture de Famagusta devrait être réalisée sans que rien ne soit demandé [en échange]. Et la Turquie va réagir", a-t-il dit.
Mme Kozakou-Marcoullis a expliqué qu'elle s'était rendue à Bruxelles pour faire connaître les pertes enregistrées non seulement par Chypre, mais par l'UE dans son ensemble, suite au refus de la Turquie d'ouvrir ses ports aux bateaux en provenance de Chypre.
La présentation Power Point qu'elle a projetée au Conseil des ministres montre que 2800 bateaux, qu'Ankara considère être en lien avec Chypre, ne sont pas admis en Turquie, ce qui résulte en une perte de revenu annuelle de 138,5 millions d'euros. Cette situation nuit non seulement à son pays, mais à l'UE dans son ensemble, insiste-t-elle.
Interrogée sur ce qu'elle souhaitait que l'UE fasse, elle a répondu qu'en pareille situation et conformément à la législation européenne, des "mesures concertées" étaient applicables.
A la question de savoir si elle souhaitait que de nouvelles sanctions soient imposées à Ankara, elle a répondu que Chypre ne suggérait rien dans la mesure où c'était à la Commission européenne de décider.