Les entreprises et les syndicats réagissent à l'appel de Mario Draghi à réduire les règlementations de l'UE

L’appel de Mario Draghi aux responsables politiques de l’UE pour une réduction du fardeau règlementaire des entreprises afin de stimuler la compétitivité a été salué par les groupes d’entreprises européennes, mais critiqué par la plus grande confédération syndicale d’Europe.

Euractiv.com
Report On The Future Of European Competitiveness
L'ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, s'adressant aux médias au Berlaymont, le siège de la Commission européenne, ce lundi 9 septembre 2024 à Bruxelles. [THIERRY MONASSE/GETTY]

L’appel de Mario Draghi lancé ce lundi 9 septembre aux responsables politiques de l’Union européenne (UE) pour qu’ils réduisent le fardeau règlementaire des entreprises afin de stimuler la compétitivité chancelante de l’Union a été salué par les groupes d’entreprises européennes, mais critiqué par la plus grande confédération syndicale d’Europe.

Le rapport très attendu de l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) sur l’avenir de la compétitivité de l’UE pointe à de nombreuses reprises le « fardeau règlementaire » auquel sont soumises les entreprises européennes.

Il souligne également les « asymétries règlementaires » auxquelles sont confrontées les entreprises européennes par rapport à leurs homologues chinoises ou américaines, ce qui contribue à créer des « conditions de concurrence inégales au niveau mondial » pour les « entreprises par ailleurs productives » de l’Union.

« Le fardeau règlementaire qui pèse sur les entreprises européennes est élevé et continue de croître », écrit Mario Draghi, ajoutant qu’entre 2019 et 2024, environ 13 000 lois ont été adoptées par l’UE, contre 3 500 textes législatifs et 2 000 résolutions au niveau fédéral des États-Unis.

Frederik Persson, président de l’influent lobby BusinessEurope, a salué « l’appel [de l’ancien Premier ministre italien] à une discussion franche et urgente » sur les défis de l’économie européenne.

« Nous serons très attentifs à l’appel en faveur d’une stratégie industrielle renouvelée, qui donne à juste titre la priorité à des mesures telles que l’incitation aux investissements productifs en Europe, la baisse des coûts de l’énergie ou la réduction des charges règlementaires pesant sur les entreprises », a déclaré le président de BusinessEurope.

Wim Mijs, directeur général de la Fédération bancaire européenne, a également approuvé les « signaux de soutien forts de Mario Draghi » pour un « changement de régulation » dans le secteur bancaire européen, ainsi que la proposition de l’Italien d’approfondir le marché unique des capitaux en Europe afin de stimuler l’investissement privé.

« Pour soutenir une économie forte, nous avons besoin d’un système bancaire compétitif au niveau international au sein de l’UE, ainsi que d’une réévaluation du cadre règlementaire bancaire », a expliqué Wim Mijs.

Petri Salminen, président de SMEunited, qui représente les petites et moyennes entreprises (PME) de plus de 30 pays européens, a déclaré que Mario Draghi « identifie correctement les problèmes de productivité et de compétitivité de l’Europe ».

« Les aspects les plus importants pour les PME dans ce contexte sont la réduction des charges règlementaires et administratives, des conditions de concurrence équitables avec les grandes entreprises, un meilleur fonctionnement du marché unique et plus de réciprocité et d’équité dans les relations avec les pays tiers », a développé le président de SMEunited.

Jean François van Boxmeer, président de la Table ronde européenne de l’industrie, a qualifié la « vision » pour l’Europe de l’ancien président de la BCE de « potentiellement transformatrice ».

« En considérant les différentes dimensions de la capacité actuelle de l’UE à rivaliser avec ses pairs, [le rapport] réussit à promouvoir une vision ambitieuse et informée d’une UE enracinée dans une meilleure règlementation, à travers un fonctionnement plus cohérent qui fait un meilleur usage des outils existants », a-t-il affirmé.

« L’accent mis sur la dérégulation doit être rejeté »

Cependant, Esther Lynch, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES), qui représente plus de 45 millions de travailleurs européens, a dénoncé avec véhémence l’accent mis par le rapport sur la « dérégulation ».

« L’accent mis sur la dérèglementation dans le rapport doit être rejeté, y compris toutes les attaques contre le “placage à l’or” », a réagi Esther Lynch, faisant référence à la pratique des États membres d’imposer des réglementations supplémentaires au-delà de celles requises par les directives de l’UE.

« Nous avons besoin d’un environnement règlementaire qui protège les droits des travailleurs et des syndicats », a-t-elle ajouté.

Les critiques de la secrétaire générale de la CES font écho à celles formulées précédemment par la CES à l’encontre d’un rapport sur le marché unique de l’UE rédigé par un autre ancien Premier ministre italien, Enrico Letta. Ce dernier accusait la « sur-règlementation » au sein de l’Union de « favoriser par inadvertance les entreprises non européennes qui ne sont pas tenues de respecter les mêmes règles strictes ».

Mario Draghi tente d’apaiser les inquiétudes des travailleurs

Esther Lynch a toutefois salué l’appel du technocrate italien en faveur d’investissements supplémentaires à hauteur de 800 milliards d’euros par an pour financer les transitions verte et numérique, bien qu’elle ait averti que ces fonds devraient être « accompagnés de conditions pour garantir des emplois de qualité et assurer le progrès social ».

Elle a également qualifié de « positif » le fait que le rapport de Mario Draghi « reconnaisse que l’Europe ne devrait pas essayer de rivaliser dans un nivellement par le bas en matière de salaires ».

Mario Draghi lui-même s’est donné beaucoup de mal pour apaiser les inquiétudes des travailleurs lors de la présentation publique du rapport ce lundi.

« Il est naturel qu’après 40 [ou] 50 ans de discussions sur la compétitivité [les gens pensent que cela pourrait se traduire par] des salaires plus bas. Ce rapport ne contient rien de tel, a-t-il assuré. La raison en est très simple : ce n’est pas là que se joue la compétitivité. Ce n’est pas une question de coûts de main-d’œuvre. »

Mario Draghi a plutôt insisté sur le fait que la compétitivité chancelante de l’Europe est principalement le résultat d’une productivité en berne, qu’il a attribuée à la numérisation insuffisante de l’Union.

« Au sein de l’Union européenne, la productivité a été légèrement meilleure qu’aux États-Unis si l’on exclut le secteur de la haute technologie. La réponse ne peut donc pas être le coût de la main-d’œuvre, la flexibilité [du marché du travail] et tout le reste. C’est la haute technologie qui doit être en cause », a-t-il conclu.