Les entreprises éoliennes craignent que l'engagement du gouvernement britannique ne faiblisse

Des milliards de livres sterling d'investissement dans les infrastructures énergétiques britanniques restent en suspens en raison de doutes quant à l'engagement du gouvernement en faveur de l'énergie éolienne.

/ / EURACTIV.fr
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Des milliards de livres sterling d'investissement dans les infrastructures énergétiques britanniques restent en suspens en raison de doutes quant à l'engagement du gouvernement en faveur de l'énergie éolienne.

Lors d'une enquête exclusive, les dirigeants de certaines des plus grandes entreprises éoliennes au monde qui envisagent de construire des centrales et des instituts de recherche, entre autres, au Royaume-Uni, ont confié au Guardian qu'ils revoyaient leurs projets d'investissement et attendaient des clarifications de la part des ministres sur la future politique énergétique du pays. L’opposition politique grandissante contre l'énergie éolienne a en effet culminé ce mois-ci dans le cadre d'une attaque sans précédent contre les politiques du gouvernement en la matière dans une lettre signée par plus de 100 députés conservateurs.

?Le directeur exécutif de l'énergie chez General Electric (GE), Magued Eldaief, a déclaré au Guardian que les investissements dans l'énergie éolienne que propose l'entreprise étaient en suspens dans l'attente de la décision des ministres sur les futures réformes du marché énergétique. Ces investissements s'élèveraient à au moins 100 millions de livres (118 millions d'euros), mais auraient un impact beaucoup plus important sur l'économie britannique.

« Nos investissements resteront en suspens jusqu'à ce que nous soyons certains de la politique environnementale », a déclaré M. Eldaief. « L'un des éléments les plus importants pour nous est la sécurité politique, car nous devons justifier nos investissements au Royaume-Uni. Mais nous pensons que certains vents contraires [politiques] n'aident pas, notamment dans le domaine des subventions. »

Il a ajouté que ces vents contraires étaient à coup sûr un sujet d'inquiétude. Il a déclaré : « Nous observons la situation de très près. Nous souhaitons que la situation soit clarifiée, et ce aussi rapidement que possible. »

Vestas, le plus grand constructeur d'éoliennes au monde, a affirmé attendre de voir si les consommateurs seraient en mesure de faire des commandes avant de s'engager dans la construction d'une usine de turbine dans le Kent qui permettrait de créer environ 2000 emplois. Mitsubishi, Gamesa et Siemens, tous des investisseurs potentiels dans l'éolien pour des centaines de millions de livres, s'inquiètent également des attitudes anti-éolien qui se renforcent dans la politique britannique, suite à la lettre des députés adressée au premier ministre pour lui demander de réduire les subventions, jetant le doute sur la valeur de l'énergie éolienne.

Ditlev Engel, le directeur exécutif de Vestas, a prévenu que si la classe politique s'exprimait à nouveau contre l'éolien, l'entreprise serait obligée de revoir les propositions faites au Royaume-Uni. Il a déclaré : « Si la situation change, mes clients ne pourront pas faire de commandes, et c'est une condition essentielle. Nous n'irons de l'avant que si nous disposons de commandes inconditionnelles et fermes et nous ne pourrons recevoir de commandes que si nos clients sont sûrs que le développement [des fermes éoliennes] pourra se poursuivre. »

« Le plus grand problème de nos consommateurs est la politique à long terme qui est nécessaire pour la réalisation de ces investissements, qui sont énormes […] [Mais] nous n'avons pas été rassurés par le gouvernement. »

Matthew Chinn, le directeur exécutif de Siemens Energy pour le Royaume-Uni et le nord-ouest de l'Europe, dont l'entreprise prévoit de construire une usine de 210 millions de livres (248 millions d'euros) qui emploierait 700 personnes à Hull, en plus des 500 millions de livres (592 millions d'euros) déjà investies, a déclaré que l'entreprise percevait un manque d'enthousiasme pour l'énergie éolienne. Siemens Energy souhaite toutefois poursuivre son projet.

Akio Fukui, le directeur exécutif de Mitsubishi Power Systems Europe, qui prévoit un investissement de plus de 30 millions de livres (35 millions d'euros) dans la recherche et le développement en Grande-Bretagne, a expliqué :  « L'engagement du gouvernement est vital pour la poursuite de notre projet. Si le gouvernement s'engage, les investisseurs suivront. »

Jorge Calvet, le directeur exécutif de l'entreprise de turbines Gamesa, également un investisseur potentiel, a demandé au secteur de soutenir en masse les projets éoliens. M. Calvet a déclaré : « Les partisans de l'éolien devraient se faire davantage entendre. Le cadre réglementaire est l'élément le plus important [pour les investisseurs]. »

Jim Smith, le directeur exécutif de SSE Renewables, a quant à lui affirmé que la réticence de la classe politique en matière d'énergie éolienne n'était pas de bon augure, bien que des milliards d'investissements étrangers soient nécessaires pour construire des systèmes permettant d'exploiter les énergies propres. « Ce dont le secteur a besoin est clair : une politique gouvernementale cohérente. Tout ce qui pourrait mettre à mal une telle politique n'est pas bénéfique au secteur », a-t-il expliqué.

Bien que la plupart des entreprises aient affirmé souhaiter poursuivre leurs projets d'investissement, certaines banques se sont également dites inquiètes. Simon Brooks, le vice-président de la Banque européenne d'investissement, qui soutient certains projets de fermes éoliennes au Royaume-Uni, a déclaré que la lettre envoyée à M. Cameron faisait planer l'incertitude, ce qui est néfaste pour l'investissement.

Matthew Clayton, gestionnaire de fonds chez Triodos Investment Management, a ajouté : « Je m'inquiète du niveau de compréhension des députés qui dirigent ce pays. Les arguments [avancés] sur les coûts semblent n'avoir jamais été pris en compte dans la hausse prévue des prix du pétrole et du gaz, tout comme le fait que l'éolien, une fois en place, fournit de l'électricité presque gratuite. »

M. Clayton a affirmé que, selon certaines données, l'éolien sur terre représentait 7 % des coûts du pétrole et du gaz, même si l'on prend en compte les subventions pour les turbines, sans compter les réductions fiscales consenties pour le secteur des carburants fossiles. « Je ne pense pas que cette [opposition] soit une question d'économie. Il s'agit surtout de l'aspect esthétique de l'éolien et de son impact sur la campagne », a-t-il affirmé. « Nous devons être plus honnêtes dans ce débat. »

Keith Anderson, le directeur de Scottish Power, s'est montré plus nuancé, dans la mesure où en Ecosse, les décideurs politiques, les médias et la population semblent plus en faveur de l'énergie éolienne. La plus grande part de l'investissement d'1 milliard de livres (1,2 milliard d'euros) prévu par l'entreprise ira en Ecosse.

Il a prévenu les hommes politiques que des investissements massifs seraient nécessaires au Royaume-Uni pour les infrastructures énergétique, « malgré les esclandres politiques » contre l'éolien. « Nous vivons sur des actifs [de génération d'énergie] vieux de 40, 50 ou 60 ans », a-t-il affirmé. « Nous aurons besoin de 100-150 milliards de livres (118-178 milliards d'euros) d'investissement au cours des 10 prochaines années. C'est un sérieux problème. »

Plusieurs investisseurs potentiels ont également soulevé d'autres problèmes liés aux infrastructures britanniques qui doivent être résolus, comme le vieillissement des réseaux électriques qui devront être modernisés pour pouvoir gérer un flux massif d'énergie éolienne intermittente. M. Engel a déclaré : « Disposer d'un plan à long terme pour le réseau est très important. »

Les ports sont un autre problème à régler. Bien que le gouvernement ait promis 60 millions de livres (71 millions d'euros) pour la modernisation des ports sur la côte est, aucun détail n'a encore été dévoilé. M. Eldaief a expliqué : « Du point de vue du secteur, ce [financement] pourrait se révéler insuffisant. » M. Fukui a ajouté que les ports de la côte est britannique avaient besoin de « plus d'espace que prévu dans le projet actuel » pour gérer l'éolien en mer.

Le gouvernement devrait également prendre en compte la question des compétences, a déclaré M. Chinn. « Nous manquons cruellement de capacités d'ingénierie de base, ainsi que de compétences au Royaume-Uni », a-t-il affirmé.

Le secrétaire à l'énergie, Ed Davey, a déclaré hier : « Une politique énergétique responsable pour ce pays serait une politique qui porterait sur toutes les technologies faibles en carbone et qui nous permettrait de continuer à bénéficier de l'électricité tout en réduisant nos émissions. Exclure l'une de ces technologies serait de la folie. »