Les entreprises chinoises dénoncent l’importance excessive accordée par l’UE à la sécurité économique
Les entreprises chinoises condamnent l’importance excessive accordée par l’UE à la sécurité économique, affirmant que les efforts de Bruxelles pour réduire sa dépendance stratégique à l’égard de Pékin nuiront en fin de compte aux consommateurs européens.
Les entreprises chinoises condamnent l’importance excessive accordée par l’Union européenne (UE) à la sécurité économique, affirmant que les efforts de Bruxelles pour réduire sa dépendance stratégique à l’égard de Pékin nuiront en fin de compte aux consommateurs européens et aux transitions environnementales et numériques que le bloc souhaite opérer.
Neuf entreprises chinoises sur dix opérant en Europe pensent que la « stratégie européenne en matière de sécurité économique » et la politique de « réduction des risques » de l’UE ont un impact négatif sur leurs affaires, a rapporté la Chambre de commerce chinoise auprès de l’UE dans son enquête annuelle.
64 % des 200 entreprises interrogées dans le cadre de l’enquête ont déclaré avoir été victimes d’un « traitement injuste », d’un « fort sentiment anti-chinois » et de tensions géopolitiques accrues, entraînant une dégradation du climat des affaires pour la cinquième année consécutive.
« Les entreprises chinoises estiment que l’importance excessive accordée à la sécurité économique perturbera la division du travail dans les réseaux de chaînes d’approvisionnement mondiales, ralentira la transformation de l’UE en matière de durabilité et de numérisation, et nuira au développement économique mondial », peut-on lire dans le rapport de la Chambre du commerce.
« Elles exhortent l’UE à éviter de politiser les questions commerciales, à ne pas appliquer de manière aléatoire les initiatives de “réduction des risques” à toutes les industries, et à s’assurer que le marché de l’UE [reste] ouvert et équitable. »
« L’incertitude est le nouveau mot à la mode pour les entreprises chinoises opérant dans l’UE », est-il également précisé dans le rapport, qui note que 78 % des entreprises s’accordent à dire que le terme reflète fidèlement leur perception de l’environnement commercial actuel dans l’UE.
L’UE s’inquiète de plus en plus de l’influence de la Chine sur des pans stratégiquement essentiels de l’économie européenne. Elle craint notamment que l’économie chinoise, dirigée par l’État et axée sur l’exportation, ne fragilise davantage les entreprises européennes, en particulier dans les secteurs des « technologies propres » tels que les véhicules électriques, les turbines éoliennes et les panneaux solaires.
L’incertitude économique grandit, et beaucoup redoutent les conséquences de la promesse du président américain récemment réélu Donald Trump d’imposer des droits de douane élevés sur les produits étrangers, dont ceux provenant de l’UE. Cela pourrait conduire à ce que les produits chinois soient redirigés vers l’UE et fassent l’objet d’un dumping, ce qui déclencherait une guerre commerciale totale entre Washington, Bruxelles et Pékin.
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Une nouvelle « doctrine »
Récemment , certaines capitales européennes ont elles aussi critiqué les politiques de l’UE en matière de sécurité économique.
En avril, l’autorité suédoise du commerce (Kommerskollegium) indiquait que la stratégie européenne en matière de sécurité économique, publiée en juin 2023, « ne comporte aucune trace d’une approche fondée sur des preuves de l’importance de la politique commerciale à des fins de sécurité ».
« Le commerce renforce la résilience et la sécurité économique. La fragmentation, en revanche, ne parvient pas à renforcer la sécurité », estimait le Kommerskollegium.
Réaffirmant les plans de l’UE, Sabine Weyand, responsable de la direction générale du Commerce (DG TRADE) de la Commission européenne, a expliqué le 5 décembre que la Commission développait une nouvelle « doctrine » qui inclurait une approche plus « coordonnée et cohérente » de l’examen des investissements directs étrangers (IDE) et des contrôles à l’exportation des biens à double usage.
Cette doctrine, dont la préparation est dirigée par le nouveau commissaire au Commerce et à la Sécurité économique Maroš Šefčovič, fait suite à la publication par l’exécutif européen en janvier de son paquet sur la sécurité économique, qui proposait une série de mesures visant à limiter le contrôle de Pékin sur les technologies les plus sensibles de l’Union.
Sabine Weyand a toutefois nié que les frictions entre Bruxelles et Pékin étaient la seule raison pour laquelle Bruxelles se concentre de plus en plus sur la sécurité économique.
Elle a suggéré que la réélection de Donald Trump outre-Atlantique, les attaques hybrides présumées de la Russie sur les infrastructures de l’UE et l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par Moscou étaient d’autres motivations clés.
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Un optimisme prudent ?
Par ailleurs, la Chambre de commerce chinoise a constaté que les entreprises chinoises étaient particulièrement critiques à l’égard du règlement de l’UE relatif aux subventions étrangères faussant le marché intérieur, qui est entré en vigueur en juillet 2023. Elles considèrent être ciblées de manière disproportionnée. 73 % d’entre elles ont ainsi fait savoir que le règlement sur les subventions étrangères avait nui à leurs activités au cours de l’année écoulée.
« [Les entreprises chinoises] exhortent l’UE à définir clairement ce qui déclenche une enquête [en vertu du règlement], à adopter une approche raisonnable de la définition des subventions et à faire preuve de prudence en lançant des raids soudains afin que les entreprises chinoises puissent mieux évaluer leurs risques et maintenir la cohérence de leurs opérations commerciales », souligne le rapport.
Les entreprises ont également vivement critiqué la récente décision de l’UE d’imposer des droits de douane allant jusqu’à 35,3 % sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, 83 % des fabricants chinois de véhicules électriques affirmant que « leur confiance dans l’investissement dans l’UE a été ébranlée » par cette décision.
Le président de la CCCEU, Liu Jiandong, a affiché un optimisme prudent concernant l’avenir des relations entre l’UE et la Chine.
« Regardons au-delà des nuages sombres à l’horizon et envisageons un avenir de coopération et de prospérité à long terme », a-t-il déclaré. Et d’ajouter que « les entreprises chinoises […] se consacrent à la promotion de la coopération économique, technologique et culturelle et à la création d’un avenir meilleur pour le partenariat Chine-UE ».
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]