Les entreprises chinoises critiquent la stratégie de « réduction des risques » de l’UE

Malgré les garanties émises par l’Union européenne sur le fait qu’elle ne souhaite pas opérer un découplage commercial avec la Chine, les entreprises chinoises se disent préoccupées par l’incertitude qui entoure leur avenir dans l’UE, mais continuent néanmoins d’y investir.

Euractiv.com
Belgium EU China Summit
Du côté de l’UE, la crainte est qu’il ne s’agisse à nouveau que d’un « dialogue de sourds », terme qui avait été utilisé par Josep Borrell pour qualifier le sommet de l’année dernière. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Malgré les garanties émises par l’Union européenne sur le fait qu’elle ne souhaite pas opérer un découplage commercial avec la Chine, les entreprises chinoises se disent préoccupées par l’incertitude qui entoure leur avenir dans l’UE, mais continuent néanmoins d’y investir.

Suite aux inquiétudes croissantes concernant les dépendances commerciales vis-à-vis de pays tiers, notamment à la suite de l’invasion russe en Ukraine, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré en mars qu’il était nécessaire pour l’UE de « réduire les risques » inhérents à ses relations avec la Chine.

Cette déclaration a été faite dans le but de démentir les rumeurs d’une volonté de « découplage » ou de distanciation totale de l’UE par rapport à l’économie chinoise, comme cela est notamment débattu aux États-Unis. Toutefois, si l’on en croit un sondage réalisé par la Chambre de commerce chinoise auprès de l’UE (CCCEU) et le cabinet de conseil en affaires Roland Berger, ces propos ont interpellé les entreprises chinoises travaillant en Europe.

« Les entreprises chinoises sont très préoccupées par la stratégie de réduction des risques et les barrières commerciales de l’UE. Elles pensent que cette initiative nuira à la Chine et à l’UE et aura un impact sur la reprise de l’économie mondiale », a déclaré Yang Xiaohong, cheffe de projet chez Roland Berger lors de la présentation des résultats du sondage mardi (14 novembre).

Parmi les entreprises interrogées dans le cadre du sondage, 73 % ont déclaré que leur activité avait été affectée par l’approche de « réduction des risques ». Néanmoins, 83 % des entreprises déclarent vouloir étendre leur présence en Europe, et la majorité d’entre elles s’attend à ce que les revenus générés par leurs activités existantes augmentent.

Panneaux solaires made in UE

Depuis l’annonce du principe de « réduction des risques », la Commission européenne a présenté plusieurs mesures visant à réduire la dépendance à l’égard de la Chine, notamment en ce qui concerne les matières premières et les produits essentiels à la transition énergétique, tels que les panneaux solaires et les éoliennes.

Alors qu’environ 70 % des panneaux photovoltaïques sont actuellement produits en Chine, le règlement de l’UE pour une industrie « zéro net » propose que 40 % de ces panneaux et autres technologies nécessaires pour que l’Europe atteigne ses objectifs climatiques d’ici 2030 soient produits dans le bloc.

C’est dans cette optique que la Commission a proposé d’autoriser les États membres à désavantager les produits fabriqués en Chine dans les programmes de subvention pour les énergies renouvelables ainsi que dans les marchés publics, à condition toutefois que cela n’entraîne pas une augmentation des coûts de plus de 10 %.

Au Parlement européen, la commission de l’industrie (ITRE) est allée encore plus loin en proposant d’obliger les États membres à exclure partiellement les technologies vertes fabriquées en Chine des marchés publics pour les énergies renouvelables.

Dans les modifications qu’elle propose d’apporter à la législation, la commission ITRE demande que la part des technologies vertes provenant de pays ayant signé l’accord sur les marchés publics (AMP) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) soit au moins égale à 50 %. Cet accord n’a pas été signé par la Chine.

Par exemple, les offres de technologies vertes utilisant principalement des panneaux solaires fabriqués en Chine ne pourraient plus être acquises dans le cadre de marchés publics, ni soutenues par des subventions aux énergies renouvelables, accordées lors de ventes aux enchères.

La position du Parlement sera votée en plénière la semaine prochaine avant d’être négociée avec les États membres dans le cadre des négociations interinstitutionnelles (trilogues).

Enquête sur les véhicules électriques chinois

« Quand l’UE essaie de réduire sa dépendance externe dans le secteur vert de l’UE et de promouvoir les industries vertes nationales, des barrières sont mises en place dans certains domaines où les entreprises chinoises ont un avantage compétitif », a expliqué Mme Yang, citant l’enquête de l’UE sur les véhicules électriques chinois à titre d’exemple.

En effet, au vu des résultats du sondage réalisé auprès des entreprises, les Chinois « craignent que de telles mesures ajoutent des incertitudes à leur plan environnemental et […] détériorent leur stratégie d’entreprise », a-t-elle ajouté.

L’enquête sur les véhicules électriques chinois a été annoncée par Mme von der Leyen lors de son discours sur l’état de l’Union en septembre, au cours duquel elle a déploré que les marchés mondiaux soient « inondés » de voitures électriques chinoises.

Leurs prix seraient « maintenus artificiellement bas par des subventions publiques massives », a déclaré Mme von der Leyen, annonçant ainsi une enquête qui pourrait conduire à l’imposition de nouveaux droits de douane sur les véhicules électriques chinois.

Lors de la présentation du sondage, la CCCEU a réitéré ses critiques à l’encontre de cette enquête.

« Nous ne pensons pas que le secteur chinois des véhicules électriques nuise au marché de l’UE », a déclaré Liang Linlin, directrice de la communication et de la recherche à la CCCEU.

« Nous sommes très complémentaires mutuellement », a-t-elle déclaré, ajoutant que « les entreprises chinoises et européennes entretiennent également une coopération très approfondie à cet égard ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]