Les enseignants hongrois en grève après des licenciements pour « désobéissance civile »
En Hongrie, des centaines d’enseignants ont entamé une grève en violation de la règlementation gouvernementale après que le ministère de l’Intérieur a licencié huit enseignants pour avoir participé à des « actions de désobéissance civile » visant à réclamer de meilleures conditions de travail.
En Hongrie, des centaines d’enseignants ont entamé, jeudi (1er décembre), une grève illimitée dans tout le pays en violation de la règlementation gouvernementale après que le ministère de l’Intérieur a licencié huit enseignants pour avoir participé à des « actions de désobéissance civile » visant à réclamer de meilleures conditions de travail.
Jusqu’à présent, 497 enseignants de 53 écoles à travers toute la Hongrie ont arrêté de travailler pour une durée indéterminée, selon les données publiées par l’association Teachers for Teachers, rapporte le média Telex.
Cette grève constitue une violation de la règlementation gouvernementale. En effet, un décret publié le 11 février par le gouvernement empêche les enseignants d’exercer leur droit à la grève. Selon les éducateurs, le décret vide de son sens le droit de manifester puisque les restrictions du gouvernement imposent de prester des heures quasi équivalentes à celles des journées normales.
Depuis lors, des centaines d’enseignants à travers le pays ont continué à participer à des actions de « désobéissance civile » en enfreignant ces règles.
Jusqu’à présent, le gouvernement a refusé de tenir compte des revendications formulées depuis des mois par les éducateurs des systèmes d’enseignement primaire et secondaire du pays, qui sont majoritairement publics. Ces revendications portent sur l’augmentation des salaires et l’amélioration des conditions de travail.
Mercredi (30 novembre), le ministre hongrois de l’Intérieur a annoncé dans un communiqué de presse le licenciement avec effet immédiat de huit enseignants.
Six d’entre eux faisaient partie du personnel du lycée Karinthy Frigyes High School (KFHS) de Budapest, le premier établissement secondaire d’Europe de l’Est à avoir été accrédité par le comité du Baccalauréat international (IB) en 1992. Le directeur de l’établissement, László Hutai, a ensuite informé le personnel, les élèves et les parents d’une interruption extraordinaire des cours du 1er au 2 décembre, rapportent les médias 444.hu et Népszava.
« Le refus illégal de travailler par un enseignant restreint la capacité de l’élève à remplir son obligation d’aller à l’école et à exercer son droit à l’éducation tel qu’il est inscrit dans la Constitution », a déclaré le ministère de l’Intérieur.
Le ministère a également ajouté que les élèves vont à l’école pour apprendre et que « les comportements illégaux ne sont pas de bons exemples pour eux ».
Après l’annonce, des centaines de personnes ont manifesté devant le bâtiment du ministère de l’Intérieur et, jeudi matin, des articles faisaient état de grèves massives des enseignants dans tout le pays.
Le mois dernier, les enseignants licenciés de la KFHS avaient rejoint les manifestations organisées à l’occasion de la Journée mondiale des enseignants. En parallèle, une vidéo montrant l’état du bâtiment de l’école publique, notamment des fuites et des moisissures, avait été diffusée en ligne.
Depuis, les syndicats d’enseignants ont déclaré qu’ils poursuivraient le gouvernement devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) de Strasbourg.
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Ces licenciements ont eu lieu le même jour que la décision de la Commission européenne de conditionner le versement des 5,8 milliards d’euros du plan de relance hongrois. En effet, le versement de ceux-ci a été lié au respect des 27 conditions visant à renforcer l’indépendance du pouvoir judiciaire, les règles d’audit et le contrôle de la gestion des fonds européens.
Dans le cadre du plan d’investissement convenu avec l’exécutif européen, le gouvernement de Viktor Orbán s’est engagé à mettre en œuvre une loi portant le salaire des enseignants à au moins 80 % du salaire moyen des diplômés universitaires d’ici la fin du premier trimestre de 2023.
Toutefois, cette loi, dont la date limite d’entrée en vigueur est fixée au 1er janvier 2025, ne fait pas partie des 27 conditions sine qua non posées par la Commission européenne pour commencer à verser l’argent du plan de relance de la Hongrie.
« Les étudiants vont à l’école pour apprendre, disent-ils. Je demande : comment pouvons-nous apprendre s’ils nous enlèvent nos enseignants ? » a confié à Telex un étudiant de l’école Eötvös József Gimnázium de la capitale qui participait aux manifestations d’hier soir, ajoutant qu’il était outré que le salaire des enseignants dépende des fonds de l’UE.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]