Les enquêtes sur les entreprises chinoises ne sont pas un message adressé à Pékin, affirme Margrethe Vestager

La récente série d’enquêtes de l’UE sur les subventions d’État et les pratiques de passation des marchés des entreprises chinoises n’est pas un avertissement adressé à Pékin, mais sert plutôt à montrer que la Commission protège les intérêts des entreprises européennes, a déclaré la commissaire à la Concurrence.

Euractiv.com
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Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence.

La récente série d’enquêtes de l’UE sur les subventions d’État et les pratiques de passation des marchés des entreprises chinoises n’est pas un avertissement adressé à Pékin, mais sert plutôt à  montrer que la Commission européenne protège les intérêts des entreprises européennes, a déclaré vendredi (26 avril) Margrethe Vestager, commissaire à la Concurrence.

« Le message que nous voulons envoyer n’est pas un message à la Chine [sur l’impossibilité de faire des affaires en Europe]. [C’est] un message aux entreprises européennes pour leur dire : « Nous sommes derrière vous » », a déclaré Mme Vestager à Euractiv en marge d’un évènement organisé à Bruxelles par le gouvernement belge.

« Nous vous demandons une concurrence loyale. Donc si nous constatons qu’il y a un risque que quelqu’un vous fasse une concurrence déloyale, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir non seulement pour enquêter, mais aussi pour mener cette enquête à une décision », a-t-elle poursuivi.

Alors que les tensions commerciales entre Bruxelles et Pékin s’intensifient, la Commission a lancé des enquêtes sur les marchés publics internationaux et des subventions étrangères. L’exécutif européen a notamment annoncé mercredi (24 avril) l’ouverture d’une enquête sur la discrimination chinoise en matière de marchés publics à l’encontre des fournisseurs européens de dispositifs médicaux. Elle sera menée pour la première fois dans le cadre de l’instrument international relatif aux marchés publics (IPI) adopté en 2022.

La décision fait suite à une perquisition effectuée mardi (23 avril) par des fonctionnaires européens dans les bureaux de Varsovie et de Rotterdam de l’entreprise chinoise d’équipements de sécurité Nuctech, soupçonnée d’avoir bénéficié illégalement de subventions de l’État.

Le mois dernier, le fabricant chinois de trains CRRC Qingdao Sifang s’est retiré d’un appel d’offres public bulgare après le lancement, en février, d’une enquête anti-subventions.

Lors de l’inspection de Nuctech et de l’enquête sur les trains chinois, la Commission a exercé pour la première fois les pouvoirs qui lui sont conférés par le règlement sur les subventions étrangères de l’UE, entré en vigueur en juillet de l’année dernière.

Ce règlement a également été invoqué par l’organe exécutif de l’UE à deux autres occasions ce mois-ci : la première dans le cadre d’une enquête sur le soutien apporté par Pékin aux fournisseurs de turbines éoliennes en Espagne, en Grèce, en France, en Roumanie et en Bulgarie ; la seconde dans le cadre d’une enquête sur deux entreprises chinoises soupçonnées de pratiquer des prix inférieurs à ceux pratiqués par les fabricants locaux de panneaux solaires en Roumanie.

Ces annonces font suite à une autre enquête de la Commission annoncée en septembre dernier, sur le soutien de l’État chinois à la production de véhicules électriques.

En janvier, la Chine a également ouvert une enquête antidumping sur les importations de brandy européen.

Après les scandales d’espionnage et d’influence étrangère impliquant le parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD), le Rassemblement national (RN) a annoncé jeudi (25 avril), par l’intermédiaire de son directeur de campagne, qu’il resterait « vigilant » et qu’il réévaluerait ses liens avec le parti après les élections de juin.

Peu après l’arrestation d’un assistant de l’eurodéputé d’extrême droite allemande Maximilian Krah (AfD), accusé d’espionnage pour le compte de la Chine, des médias ont révélé que les autorités enquêtaient également sur M. Krah lui-même.

Parallèlement à cela, Petr Bystron, membre éminent de l’AfD et second sur la liste électorale pour les Européennes, a été accusé début avril d’avoir reçu des fonds de la Russie.

Interrogé par Euractiv, Alexandre Loubet, directeur de campagne du RN pour les élections européennes, a affirmé que le RN « n’exclut rien » et reste « très vigilants sur les prises de position [de l’AfD] ».

Condamnant « toutes les formes d’ingérence, quelle que soit la puissance », M. Loubet a ajouté que le RN refuserait « d’une manière ou d’une autre » de « s’affilier à des personnes qui peuvent en être à l’origine ».

Il a toutefois précisé que toute décision sur la rupture des liens avec le parti allemand serait prise après le scrutin de juin.

« Il y a une présomption d’innocence », a-t-il déclaré, ajoutant que « des explications sont en cours avec les cadres de l’AfD et par conséquent nous aviserons le lendemain des élections européennes sur la manière dont nous  entretiendrons des relations avec ce parti ».

Le RN pourrait attendre l’issue des élections pour décider du futur de ses relations avec l’AfD, afin de mieux évaluer ses options pour de nouvelles alliances et en attendant de nouvelles informations sur l’affaire d’espionnage.

Une rupture éventuelle entre l’AfD et le RN, deux des plus grandes délégations d’extrême droite Parlement européen, poserait un problème majeur au groupe Identité et Démocratie (ID), auquel appartient également la Lega italienne. L’un des deux partis pourrait en effet devoir quitter le groupe.

Tandis que l’AfD marche sur la voie de l’ostracisation, le RN de Marine Le Pen attire les convoitises notamment de l’ancien Premier ministre polonais et leader du parti Droit et Justice (PiS), Mateusz Morawiecki, qui a exprimé son désir de resserrer les liens avec le RN.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán (Fidesz) est lui aussi intéressé par le RN et est très désireux de remanier les forces de droite et d’extrême droite du Parlement afin de créer une « contre-force efficace » à la majorité traditionnelle pro-UE composée des socialistes (S&D), des libéraux (Renew), et du centre droit (PPE), a déclaré son directeur politique, Balázs Orbán.

En janvier, le RN avait déjà remis en question son alliance européenne au sein du groupe ID avec l’AfD en raison d’allégations selon lesquelles certains responsables du parti allemand étaient impliqués dans des discussions sur l’expulsion de citoyens allemands issus de l’immigration, ou « remigration ».

Plus récemment, Mme Le Pen s’en est pris à l’AfD après les critiques sur le statut territorial du département français d’outre-mer de Mayotte.


Paul Messad a contribué à la rédaction de cet article

Après certains contretemps, le Parti des Conservateurs et Réformistes européens (Parti CRE) a finalement approuvé mardi (23 avril) son manifeste pour les élections européennes, sans toutefois parvenir à se mettre d’accord sur un Spitzenkandidat (candidat tête de liste), en raison de divergences au sein du parti.

À l’exception d’Identité et Démocratie (ID), autre parti d’extrême droite, tous les principaux partis politiques européens ont déjà présenté leur programme pour les cinq années à venir.

Contrairement aux autres partis qui ont annoncé publiquement leurs têtes de liste et présenté leurs manifestes lors de grands rassemblements, les conservateurs a adopté leur manifeste à huis clos.

Si certains se sont portés garants de l’élection d’un représentant de campagne pour affronter les adversaires des autres partis, une majorité a préféré garder ses distances du système du Spitzenkandidat.

Dans un entretien récemment accordé à Euractiv, Nicola Procaccini, co-président du parti CRE et bras droit de la Première ministre italienne Giorgia Meloni à Bruxelles, a déclaré qu’il était favorable à la nomination d’une tête de liste, espérant que cela permettrait au parti d’avoir une voix cohérente durant la campagne.

Il a toutefois souligné que son parti ne considérait pas le système du Spitzenkandidat comme légitime, car il n’est pas repris dans les traités de l’UE.

Selon M. Procaccini, la désignation d’une tête derrière laquelle se rallier sert à être clair sur son programme, sa vision et ses objectifs.

Jan Zahradil, eurodéputé tchèque et Spitzenkandidat du parti CRE lors des élections de 2019, a soutenu que le processus n’en valait pas la peine, arguant que le temps et la capacité de lancer une véritable campagne européenne sont limités, car les candidats doivent se concentrer sur les débats nationaux. Comme M. Procaccini, il rejette également ce processus puisqu’il n’est pas inscrit dans les traités de l’UE.

Un personne proche du parti CRE a également souligné que cette décision avait été prise en raison des désaccords sur le choix du candidat et à l’opposition ferme du parti polonais Droit et Justice (PiS).

Quant au manifeste, il comprend des points clés de la campagne similaires à tous les partis politiques, tels que la compétitivité, le soutien à l’Ukraine, le renforcement des efforts de défense, la réduction de la charge administrative et le soutien aux agriculteurs.

Bien qu’il partage certaines priorités générales avec d’autres partis européens, en particulier le Parti populaire européen (PPE) de centre droit et l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), le CRE reste attaché à son programme « souverainiste », s’engageant à limiter le pouvoir de Bruxelles par rapport aux États membres.

« Nous pensons que l’UE doit faire moins mais mieux. Nous rejetterons toute centralisation inutile du pouvoir à Bruxelles, car les décisions doivent être prises le plus près possible des citoyens », peut-on lire dans le manifeste.

Le système de Spitzenkandidat permet aux partis européens de présenter un candidat tête de liste qui serait également candidat à la présidence de la Commission européenne. Le candidat du parti ayant obtenu le plus de voix peut ensuite prétendre à ce poste, mais doit être confirmé par le Parlement européen.

Ce système a été remis en question dans son ensemble après les élections de 2019, lorsque les États membres ont préféré proposer Ursula von der Leyen, une « outsideuse« , au vote des eurodéputés, plutôt que la tête de liste du parti ayant obtenu le plus de voix.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]