Les élections italiennes cristallisent l'opposition entre Paris et Berlin sur les réformes

A demi-mot, la France estime que le résultat du scrutin montre la nécessité de lever le pied sur les réformes trop dures. Le parti d'Angela Merkel et la Commission européenne maintiennent leur discours.

EURACTIV.fr

A demi-mot, la France estime que le résultat du scrutin montre la nécessité de lever le pied sur les réformes trop dures. Le parti d’Angela Merkel et la Commission européenne maintiennent leur discours.

Les élections italiennes mettront-elles un frein aux réformes profondes des finances publiques soutenues en Europe par les pays du Nord, Allemagne en tête, et par la Commission européenne. 

Tout dépend de quel côté on se place. Pour le gouvernement français, le message des Italiens est clair : il faut orienter l’Europe vers plus de croissance.

Une manière de critiquer la politique européenne de l’Allemagne, fondée sur l’austérité et les réformes structurelles.

« Autre perspective »

En plus de la nécessité du sérieux budgétaire, l’Europe a besoin « d’une autre perspective, celle de la croissance », a déclaré Pierre Moscovici lors d’un forum organisé par Reuters.

« Les Européens ne croiront de nouveau à l’Europe que s’ils voient des perspectives de croissance et d’emploi. S’ils jugent que l’Europe est trop éloignée d’eux, qu’elle n’est synonyme que de sacrifices et qu’elle ne crée pas d’équité, alors il n’y a aucun besoin d’institutions plus solides », a-t-il ajouté.

Moins diplomate, le ministre du Redressement productif s’en est pris directement à la chancelière allemande. Selon lui, la politique européenne menée par Angela Merkel est en grande partie responsable de la réaction des électeurs italiens. 

« Les Italiens ont dit qu’ils n’étaient pas d’accord avec la politique imposée par les marchés », a déclaré Arnaud Montebourg devant la presse économique.

Selon le ministre, qui plaide pour une « politisation de l’euro » et un financement des dettes publiques par la Banque centrale européenne, les Italiens ont sanctionné la politique économique imposée par l’Allemagne, qui refuse de discuter de la valeur de l’euro, jugée trop forte par les Français pour des économies encore fragiles. « Madame Merkel ne peut diriger seule l’Europe et fixer la parité », a ajouté Arnaud Montebourg.

« Encourager le nationalisme »

En Allemagne, la campagne électorale a modifié le ton de certains dirigeants sociaux-démocrates du SPD. Selon le représentant des travailleurs au sein du parti, Klaus Barthel, la politique européenne d’Angela Merkel a alimenté les propos nationalistes de Silvio Berlusconi. Favoriser les intérêts allemands permet de rassembler des voix dans son pays, mais les effets négatifs chez les voisins sont démultipliés, a-t-il déclaré en substance au Handelsblatt. 

Il faut investir au lieu d’économiser pour donner un avenir aux hommes au lieu de courir après les marchés financiers, a-t-il ajouté. 

A la Commission européenne, tout comme dans le parti d’Angela Merkel, la rhétorique est pour le moins différente. L’absence de majorité claire « est le pire des scénarios » explique une source allemande. Pour autant, les réformes doivent continuer à être mises en oeuvre. Assainir les finances publiques est le seul moyen de parvenir, à terme, à relancer la compétitivité du pays. 

« Pas d’alternatives aux réformes »

« Il n’y a pas d’alternative aux réformes structurelles déjà en cours et qui prévoient la consolidation du budget et la stimulation de la croissance », a déclaré le ministre de l’Economie Philipp Rösler dans un communiqué, ajoutant que tous les partis devaient aider à stabiliser l’Etat, lourdement endetté.

Selon la CDU, les réformes ne peuvent faire sentir leurs effets en 1 an et demi et il est par ailleurs normal que la population ne les apprécie pas. En 2003 et 2004, date à laquelle le chancelier Schröder a mis en oeuvre les lois Hartz sur le marché du travail, « les réformes étaient très impopulaires », rappelle une source allemande. 

A Bruxelles, la Commission européenne partage ce point de vue. « Nous entendons bien le message d’inquiétude émis par les citoyens italiens », a déclaré lors d’un point de presse Olivier Bailly, porte-parole de la Commission. Rappelant que l’Italie avait pris des engagements en matière budgétaire et de réformes structurelles, il a malgré tout assuré que ces « engagements demeurent ».