Les élections hongroises entachées par l’absence d’égalité entre les candidats
L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a publié un rapport sur les élections générales et le référendum récemment organisés en Hongrie dans lequel il est fait état de multiples problèmes liés au processus électoral.
L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a publié un rapport sur les élections générales et le référendum récemment organisés en Hongrie dans lequel il est fait état de multiples problèmes liés au processus électoral.
Dimanche 3 avril, les citoyens hongrois se sont rendus aux urnes pour voter lors de deux événements électoraux majeurs : le référendum sur les questions LGBTQI concernant les mineurs, et les élections générales, qui ont vu le Premier ministre sortant Viktor Orbán remporter la majorité absolue.
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Kari Henriksen, coordinateur spécial de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour le Parlement norvégien, a confié lundi aux journalistes que si les deux événements ont été bien organisés et gérés de manière professionnelle, ils ont été « entachés par l’absence d’égalité des conditions de concurrence ».
En février, le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’OSCE avait annoncé qu’il répondrait aux appels du public demandant une mission d’observation électorale à grande échelle pour les prochaines élections en Hongrie, au lieu de la mission d’observation « limitée » habituellement réservée aux États membres de l’Union européenne.
Le rapport se base sur la mission d’observation des élections menée par les délégués de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, composée de 91 observateurs provenant de 27 États membres du bloc, ainsi que par les 200 observateurs temporaires du BIDDH.
Dans la période précédant les élections, les commentateurs ont averti qu’il était peu probable que les élections soient équitables en raison des modifications apportées à la loi électorale, des règles d’enregistrement des adresses qui pouvaient permettre le « tourisme électoral », de l’utilisation abusive des ressources administratives, des problèmes de transparence dans le financement des campagnes et de la domination écrasante du Fidesz dans les médias.
Des messages polarisés et des attaques personnelles
Selon le rapport de l’OSCE, la campagne des élections générales a été marquée par des problèmes de transparence et un contrôle insuffisant du financement, ce qui a finalement profité au parti de Viktor Orbán, le Fidesz.
Bien que les participants aient pu faire campagne librement, les débats se sont déroulés sur « un ton très négatif », a indiqué M. Henriksen, soulignant également une couverture médiatique déséquilibrée et l’absence de débats politiques ouverts, puisque le Fidesz a refusé de prendre part à des face-à-face publics avec la coalition.
Tout au long de sa campagne, le principal candidat de la coalition d’opposition, Péter Márki-Zay, n’a eu droit qu’à cinq minutes de parole à la télévision publique, soit la durée requise par la loi.
Tout en saluant le bon déroulement de la procédure, les observateurs étrangers ont critiqué la manière dont les commissions et les tribunaux électoraux ont traité les litiges électoraux, déclarant qu’ils « ne sont pas parvenus à fournir un recours juridique efficace ».
« Pour que les électeurs puissent faire un choix éclairé, il est fondamental que les candidats aient un accès égal aux médias et à des campagnes informatives, plutôt que de se concentrer sur des messages polarisants et des attaques personnelles, comme cela a malheureusement été le cas ici », a expliqué M. Henriksen.
Améliorer la confiance dans le processus électoral
Mark Pritchard, le député britannique conservateur qui a dirigé l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, a déclaré que d’anciens problèmes persistaient et a encouragé le prochain gouvernement à donner suite aux recommandations.
À tout le moins, « permettre aux citoyens de s’engager dans l’observation indépendante des élections fera beaucoup pour améliorer la confiance dans le processus électoral », a-t-il dit. Actuellement, seuls les délégués des partis peuvent participer en tant qu’observateurs électoraux nationaux.
Dans la période préélectorale, M. Orbán a accusé l’OSCE de se transformer d’un instrument de paix en une « institution militante ». Invité à répondre à ces commentaires, M. Pritchard a déclaré que « l’OSCE a été invitée par le gouvernement hongrois » et n’a « pas fait irruption ».
Soulignant la diversité politique des membres chargés de l’observation de l’élection, l’homme politique britannique a ajouté : « Ce que nous avons ici… c’est une assemblée très, très large à gauche et à droite. Je rejette donc cette accusation […] dans son intégralité ».
L’ancienne ambassadrice canadienne Jillian Stirk, qui a dirigé la mission d’observation électorale, a également critiqué le référendum que le gouvernement a nommé « référendum sur la protection des enfants ».
« La loi ne garantit pas l’égalité des chances entre partisans et adversaires de la proposition et, contrairement aux bonnes pratiques, ne prescrit pas la neutralité des autorités publiques », a-t-elle déclaré, soulignant le manque d’informations objectives et équilibrées sur le référendum.
Le vote controversé avait été largement condamné comme une attaque à peine voilée contre la communauté LGBTQI de Hongrie.
Interrogée par les journalistes pour savoir si la mission pouvait affirmer que les élections étaient « libres », Mme Stirk a répondu : « Nous disons parfois que “libres et équitables” est un peu un raccourci, car [ces termes ne tiennent] pas compte de l’évaluation globale. Le jugement d’une élection est vraiment [une tâche] pour le peuple du pays — dans ce cas, pour le peuple de Hongrie ».