Les élections européennes à Malte eclipsées par d'innombrables scandales

Malgré sa petite taille, Malte est au cœur de controverses importantes à l’approche des élections européennes, car son candidat au poste de commissaire et de nombreux fonctionnaires ont été inculpés d’infractions pénales, éclipsant ainsi tous les autres aspects du scrutin à venir.

Euractiv.com
This article is part of our special report "Tour d’horizon des capitales à l’approche des élections européennes"
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(De gauche à droite) Chris Fearne, Joseph Muscat et Robert Abela [EPA-EFE/DOMENIC AQUILINA]

Malgré sa petite taille, Malte est au cœur de controverses importantes à l’approche des élections européennes. En effet, son candidat au poste de commissaire, l’ancien Premier ministre, et de nombreux fonctionnaires, anciens et actuels, ont été inculpés d’infractions pénales, éclipsant ainsi tous les autres aspects du scrutin à venir.

Le 8 juin, les Maltais éliront leurs représentants aux conseils locaux et leurs députés au Parlement européen. Selon de récents sondages publiés par les médias locaux, le Parti travailliste (PL) de centre gauche est en tête dans les deux scrutins.

Les sondages prévoient un taux de participation d’environ 69 % des 355 000 électeurs éligibles pour les élections locales et européennes, dont environ 51 % devraient voter pour le Parti travailliste (PL, Socialistes et Démocrates européens/S&D), au pouvoir depuis 2013, 40 % pour le Parti nationaliste (PN, Parti populaire européen/PPE), 4,5 % pour le parti néofasciste Imperium Europa, et 4 % pour d’autres partis et candidats.

Par ailleurs, les données d’Europe Elects montrent que seuls le PL et le PN parviendront à envoyer des représentants au Parlement européen, avec trois sièges chacun, et que les autres forces ont peu de chances d’en gagner, étant donné que Malte ne dispose que de six sièges dans l’hémicycle de Strasbourg.

Les candidats en lice

Les électeurs maltais ont le choix entre 39 candidats : neuf du PL, dont l’eurodéputé sortant Alex Agius Saliba, huit du PN, dont l’actuelle présidente du Parlement européen Roberta Metsola et l’eurodéputé sortant David Casa, quatre candidats de l’ADPD (Parti vert européen), deux candidats de l’ABBA (Mouvement politique chrétien européen), un de Volt, deux candidats du parti d’extrême droite Imperium Europa (IE), ainsi que 13 candidats indépendants.

Malgré l’avance globale du PL, Roberta Metsola a obtenu le plus de voix, avec 16 %, d’après un sondage local, devançant Alex Agius Saliba et ses 8 %. Tous les autres candidats ont moins de 2 % chacun. La popularité de Mme Metsola s’explique par la force de l’électorat du PN, ainsi que par son passage à la présidence du Parlement européen, qui a été bien accueilli dans un si petit pays.

Parmi les autres candidats du PN susceptibles d’occuper un siège figurent l’eurodéputé sortant David Casa et Peter Agius. Du côté de la gauche, Daniel Attard et Clint Flores semblent prêts à occuper les deux sièges restants.

Selon d’autres sondages locaux, les deux candidats de l’IE, Norman Lowell, condamné pour incitation à la haine raciale en 2008, et Terrence Portelli devraient obtenir plus de voix que les autres petits partis et indépendants réunis, mais il est peu probable qu’ils parviennent à siéger au Parlement.

Toutefois, la montée de l’extrême droite et les débats politiques sont relégués au second plan par un scandale qui secoue depuis longtemps le parti au pouvoir et compromet la désignation de la personne qui prendra la relève de la commissaire à l’Égalité Helena Dalli (PL).

Chris Fearne

Chris Fearne, vice-Premier ministre, ministre des Fonds européens et ancien ministre de la Santé, a été accusé de fraude et de détournement de fonds publics sanitaires, dans le cadre d’une concession qui a vu trois hôpitaux publics cédés à une société privée ; une affaire baptisée scandale Vitals.

Les poursuites pénales engagées contre lui font suite à une enquête magistrale impliquant le vice-Premier ministre, l’ancien Premier ministre Joseph Muscat, son ex-chef de cabinet Keith Schembri, l’ancien ministre de l’Énergie et de la Santé Konrad Mizzi, l’actuel gouverneur de la Banque centrale maltaise Edward Scicluna et plusieurs autres fonctionnaires et personnes privées, qui devront tous répondre d’accusations similaires.

Chris Fearne a retiré sa candidature au poste de commissaire, mais maintient son innocence et n’a pas exclu de revenir en politique une fois son nom blanchi.

Joseph Muscat

Des rumeurs courent également quant à un possible poste à Bruxelles attribué à l’ancien Premier ministre Joseph Muscat. Ce dernier a été contraint de démissionner en 2019 pour ses liens avec l’homme accusé d’avoir orchestré l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia en 2017 et, en 2016, il a été couronné personne la plus corrompue par l’Organised Crime and Corruption Reporting Network.

Actuellement confronté à des accusations criminelles de blanchiment d’argent dans le cadre du scandale Vitals et soupçonné d’être impliqué dans d’autres scandales, notamment Electrogas le meurtre de Mme Caruana Galizia, Joseph Muscat ne semble pas être un candidat plausible.

Malgré cette situation, l’ancien Premier ministre jouit d’un soutien important au sein de l’électorat du PL, plus encore que le Premier ministre sortant, Robert Abela, selon certains observateurs.

Miriam Dalli

La ministre de l’Énergie, Miriam Dalli, a démenti les suggestions selon lesquelles elle était pressentie pour remplacer Chris Fearne, les qualifiant de « spéculations » et affirmant qu’elle n’y avait « même pas pensé ».

Elle a également réfuté les affirmations des élus de l’opposition selon lesquelles elle ne survivrait pas à l’interrogatoire des eurodéputés — qui fait partie du processus d’examen pour devenir commissaire — en raison de son rôle dans le financement d’Electrogas, une société embourbée dans un scandale et faisant l’objet d’une enquête publique en cours.

Elle a également perdu la confiance des députés en raison des défaillances du réseau électrique national sous sa direction, de l’absence de mesures visant à éviter la répétition du désastre, des accusations de népotisme et de la controverse autour d’une nouvelle centrale électrique au diesel d’une valeur de 46 millions d’euros destinée à combler les lacunes actuelles de la demande.

Ian Borg

Un autre candidat potentiel est Ian Borg, actuel ministre des Affaires étrangères et président tournant de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), auparavant secrétaire parlementaire pour la présidence de l’UE et les fonds européens et ministre des Transports et des Infrastructures.

M. Borg n’est pas non plus à l’abri des scandales. En effet, le Times of Malta a révélé en 2023 qu’il avait personnellement fait pression sur le directeur de Transport Malta pour faire réussir les examens de conduite à des candidats loyaux envers lui et le PL. En mars 2023, un tribunal local a également constaté pour la deuxième fois qu’un permis de construire une piscine sur sa propriété avait été délivré illégalement.

[Édité par Anna Martino]