Les électeurs grecs et français rejettent l'austérité à l'allemande
Dimanche, les électeurs grecs ont porté un coup sévère au consensus politique fragile qui a permis de protéger la zone euro durant plus de deux années de crise en rejetant les politiques d'austérité qui ont permis au pays d'échapper à la faillite et à la sortie de l'euro.
Dimanche, les électeurs grecs ont porté un coup sévère au consensus politique fragile qui a permis de protéger la zone euro durant plus de deux années de crise en rejetant les politiques d'austérité qui ont permis au pays d'échapper à la faillite et à la sortie de l'euro.
Le résultat des élections en Grèce et la victoire en France du socialiste François Hollande contre le président sortant, Nicolas Sarkozy, vont intensifier les pressions sur le plus grand contributeur de l'Europe, l'Allemagne, quant à l'adoption d'une approche axée sur la croissance pour enrayer la crise.
Personne ne sait toutefois si la chancelière, Angela Merkel, dont la position sur des mesures de réduction du déficit dans les pays au sud de la zone euro demeure populaire en Allemagne, prendra des mesures plus que symboliques en ce sens, et ce malgré le résultat des scrutins de ce dimanche.
« Ceci montre que la politique n'est plus sous contrôle en Europe, l'écart entre les dirigeants et les électeurs se creuse, on le voit en Grèce et en France », a expliqué Steen Jakobsen, économiste en chef à la Saxo Bank de Copenhague.
« Il est clair que les électeurs européens commencent à véhiculer le message suivant : « nous ne sommes pas prêts à mettre en oeuvre ces réformes » et c'est inquiétant. »
Les difficultés que rencontreront les deux grands partis grecs pro-renflouement (le parti conservateur Nouvelle Démocratie et le parti socialiste PASOK) pour former une majorité parlementaire mettent dans la balance la sortie de la Grèce de la zone euro à terme et pourraient entraîner une nouvelle vague de contagion dans les autres Etats membres.
Les résultats du scrutin en Grèce placent M. Hollande, un novice sur la scène internationale qui n'a jamais occupé de poste ministériel ou même rencontré Mme Merkel, sur la sellette dès le début de son mandat.
Les investisseurs s'inquiètent quant à l'avenir de la Grèce et à l'arrivée du premier socialiste à l'Elysée en 17 ans. Ils pourraient bien décider de punir les marchés financiers européens dès ce lundi, ce qui replongerait toute l'Union dans la crise.
M. Hollande devra rapidement former un nouveau gouvernement et prouver que la France, au premier plan de la lutte contre la crise aux côtés de l'Allemagne, sera capable de prendre les décisions qui s'imposent pour conserver l'unité de la zone euro.
« Sa marge de manœuvre sera très étroite », a déclaré Fabrice Couste, à la tête de CMC Markets à Paris.
L'Espagne est la clé
Au cours des prochains jours, l'enjeu sera surtout de savoir si les marchés, secoués par les élections, renouvelleront leurs attaques contre l'Espagne qui se soumet à d'importantes réductions budgétaires et met en oeuvre des réformes économiques dans une tentative désespérée de regagner la confiance des investisseurs.
L'Espagne et l'Italie sont deux pays considérés comme « trop importants pour échouer ». Les ressources de l'Europe seraient mises à rude épreuve si l'un d'entre eux devait avoir recours à un renflouement du type de ceux que l'UE a déjà accordés à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal.
« A bien des égards, l'Espagne représente un problème plus conséquent que la Grèce en raison de sa taille », a affirmé Charles Grant, le directeur du Centre for European Reform, un groupe de réflexion londonien.
Craignant la contagion de la crise, les dirigeants européens ont décidé cette année d'augmenter la capacité de leur pare-feu à 700 milliards d'euros pour protéger les Etats les plus vulnérables. Le mois dernier, le Fonds monétaire international (FMI) est parvenu à obtenir 430 milliards d'euros supplémentaires de la part de ses membres pour constituer de nouvelles réserves de lutte contre la crise.
La Banque centrale européenne a quant à elle mis à disposition des banques vulnérables d'importantes liquidités, une initiative qui a calmé les marchés début 2012, avant que les craintes sur la situation économique de l'Espagne ne se manifestent de plus belle.
La Grèce et l'Espagne ont mené des mesures d'austérité qui ont fait grimper leur taux de chômage à près de 25 % et entraîné une grave contraction de leur activité économique. Les retraites ont été diminuées, des fonctionnaires renvoyés et les impôts augmentés.
La campagne de M. Hollande était fondée sur une nouvelle approche à la crise qui mettrait l'accent sur la croissance.
Il devrait se rendre à Berlin dès son investiture dans le but d'entamer des négociations sur un nouveau pacte de croissance pour l'Europe qui complèterait le pacte budgétaire de Mme Merkel.
Les nouvelles mesures visant à stimuler la croissance devraient comprendre l'augmentation de la puissance de feu de la Banque européenne d'investissement (BEI), rendre plus flexibles les fonds structurels et la mise en place d'emprunts obligataires pour le financement de projets (ou « project bonds ») tels que des autoroutes, des ponts ou encore des réseaux énergétiques.
Un accord franco-allemand devrait être conclu lors du sommet des dirigeants européens qui se tiendra à Bruxelles fin juin. Peu d'économistes pensent toutefois que ce pacte fera réellement la différence pour les pays les plus durement touchés par la crise au sud de l'Europe.
Ils doutent également que M. Hollande puisse se permettre d'affaiblir l'engagement de la France envers la réduction de son déficit ou mettre en péril sa relation avec l'Allemagne en tentant d'imposer des mesures plus audacieuses qui demeurent taboues à Berlin (euro-obligations, grands programmes de relance ou encore report des objectifs budgétaires).
« L'Allemagne reste l'hégémonie politique et économique de la zone euro. M. Hollande devra composer avec cette réalité », ont écrit des analystes d'Eurasia.
« Il est très probable que nous assistions à une foule d'annonces et d'initiatives qui n'auront aucun impact réel sur les perspectives de croissance à court ou moyen terme. »
Sortie de la zone euro
Cette situation pourrait mener à un retour de bâton qui risquerait de déclencher des soulèvements populaires incontrôlables.
En Grèce, le pays où la crise a émergé en 2009, les électeurs ont sanctionné les partis qui dominaient la scène politique depuis des décennies.
Nouvelle démocratie et le PASOK, les seuls partis en faveur des renflouements de l'UE et du FMI qui ont permis à la Grèce d'éviter la faillite, ne sont pas parvenus à récolter 40 % des voix à eux deux et pourraient donc peiner à former une majorité parlementaire.
Les partis extrêmes tant à droite qu'à gauche ont enregistré des scores sans précédent, une tendance qui semble se confirmer ailleurs en Europe.
La Grèce va très probablement être confrontée à des semaines d'incertitude politique. Le mois prochain, le parlement devra approuver plus de 11 milliards d'euros de nouvelles réductions des dépenses pour 2013 et 2014 pour que le pays puisse recevoir sa dernière tranche d'aide.
« Avant les élections, nous prévoyions un risque de 40 % que le flux d'aide à la Grèce puisse prendre fin et que le pays soit donc forcé de quitter la zone euro plus tard dans l'année », a déclaré Holger Schmieding, économiste en chef à la Berenberg Bank. « Les sondages à la sortie des urnes montrent que ce risque n'a certainement pas décru. »
Les dirigeants européens ont fait savoir lors du sommet du G20 à Nice en novembre dernier qu'ils seraient prêts à laisser la Grèce quitter l'union monétaire si le peuple grec ne soutenait pas les conditions du renflouement.
Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a évoqué cette sortie de la zone euro vendredi, affirmant que la Grèce devrait assumer les conséquences de l'élection d'un gouvernement qui ne se conformerait pas aux exigences des prêteurs internationaux.
La sortie d'un membre de l'union monétaire serait un sérieux revers pour la zone euro. Par ailleurs, dans la mesure où aucun mécanisme juridique ne prévoit un tel scénario, les obstacles demeurent importants. La sortie de la Grèce représenterait en outre un dangereux précédent, étant donné que les marchés pourraient rapidement décider de parier sur la sortie d'autres pays.
Le départ de la Grèce n'est donc sans doute pas pour tout de suite, même si l'électorat en colère semble rejeter les politiques qui permettent au pays de bénéficier d'aides et de rester dans la zone euro.
« Je pense qu'il est très difficile d'envisager que la Grèce demeure au sein de la zone euro sur le long terme. C'est le seul pays où les remèdes proposés semblent ne pas fonctionner », a déclaré M. Grant du CER. « Mais même si la Grèce voulait partir, cela prendrait très longtemps. »