Les dirigeants européens s’enfoncent davantage dans la contradiction [FR]

Dans la confusion qui a suivi l’échec du référendum sur le traité de Lisbonne en Irlande, les dirigeants européens continuent d’envoyer des messages contradictoires, rendant la situation encore plus chaotique. Parallèlement, la présidence slovène a confirmé qu’aucune décision importante sur la façon de faire face à la crise ne devrait être prise lors du sommet européen des 19 et 20 juin.

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Dans la confusion qui a suivi l’échec du référendum sur le traité de Lisbonne en Irlande, les dirigeants européens continuent d’envoyer des messages contradictoires, rendant la situation encore plus chaotique. Parallèlement, la présidence slovène a confirmé qu’aucune décision importante sur la façon de faire face à la crise ne devrait être prise lors du sommet européen des 19 et 20 juin.

La question des futurs élargissements de l’UE s’avère particulièrement délicate, étant donné que la présidence slovène actuelle de l’UE et les prochaines présidences ont exprimé des positions contradictoires sur le sujet. Le président du Parlement européen a ensuite contredit le commissaire européen à l’Elargissement et le responsable de la politique étrangère de l’Union d’une façon similaire.

Alors que le ministre slovène des Affaires étrangères Dmitrij Rupel, parlant au nom de la présidence actuelle de l’UE, a exclu tout changement au processus d’élargissement suite au référendum irlandais, le prochain président du Conseil européen Nicolas Sarkozy a martelé que «pour qu’on s’ouvre aux Balkans et à la Croatie, il faut le traité de Lisbonne». C’est lors d’une visite à Prague, où il essayait de convaincre ses hôtes eurosceptiques que la République tchèque ne devrait pas stopper le processus de ratification, qu’il a émis ses commentaires. Dans le pays, la ratification reste en effet bloquée dans l’attente d’une décision de la Cour constitutionnelle.

Dans le même temps, alors que le commissaire à l’Elargissement Olli Rehn et le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune Javier Solana ont tenté de rassurer les pays aspirant à la candidature que leur adhésion n’est pas menacée par le « non » irlandais, le président du Parlement européen Hans-Gert Pöttering a déclaré que, selon lui, la Croatie serait le dernier pays à rejoindre l’UE tant que le traité ne sera pas en vigueur.

Mais l’élargissement n’est pas le seul sujet de discorde entre les dirigeants. L’un des leaders européens les plus expérimentés, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a accusé les grands pays de l’UE, en particulier l’Allemagne, de tenter d’ignorer le vote négatif en Irlande. Dans un article du Financial Times Deutschland, M. Juncker a critiqué les dirigeants français et allemands de dissimuler le fait que la ratification pourrait se poursuivre malgré le « non » irlandais.

Il visait principalement le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, qui avait suggéré que l’Irlande devrait prendre une pause et se retirer quelques temps de l’Union. M. Steinmeier avait également déclaré que le destin du traité de Lisbonne était incertain et que les pays de l’UE devaient donc rapidement trouver une solution. Ce point de vue contraste encore une fois avec celui du ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband, qui a affirmé qu’il faut donner davantage d’espace aux Irlandais. 

Le jeu de la responsabilité 

Le jeu de la responsabilité du résultat négatif en Irlande prend de la vitesse. Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner avait été fortement critiqué pour avoir déclaré que les Irlandais seraient les « premières victimes » en cas de rejet du traité, dans la mesure où l’Irlande n’a pas reçu un grand soutien de l’UE ces dernières années. 

Parallèlement, le leader du groupe socialiste au Parlement européen, Martin Schulz, a attaqué le commissaire européen irlandais Charlie McCreevy pour avoir admis, à la veille du référendum, que lui-même n’avait pas lu le traité de Lisbonne.

Une action extérieure affaiblie

L’initiative destinée à lever les sanctions sur Cuba avait été abandonnée par les ministres des Affaires étrangères et ne sera pas à l’ordre du jour du sommet, principalement pour ne pas frustrer un autre pays « problématique » concernant la ratification du traité, la République tchèque. Prague s’oppose à l’initiative espagnole visant à lever les restrictions imposées sur les visites des fonctionnaires de haut niveau. La question pouvait sembler d’importance mineure, puisque le ministre suédois aux Affaires étrangères, Carl Bildt, a expliqué que Cuba elle-même n’était de toute façon pas très intéressée par les négociations avec l’Union. Mais ce point confirme de façon anticipée les prévisions selon lesquelles l’UE serait affaiblie sur la scène internationale après un « non » irlandais au référendum.