Les derniers jours d’Orbán ?
Également dans l'édition de vendredi : l'Ukraine à Bruxelles, l'OTAN, Sánchez en Chine, l'accord d'association UE-Israël, Telegram
Vous lisez Rapporteur ce vendredi 10 avril. Ici Eddy Wax à Budapest, en compagnie de Nicoletta Ionta à Bruxelles.
Si vous êtes en Hongrie et souhaitez discuter des élections, n’hésitez pas à nous contacter.
À savoir :
🟢 Faut-il se fier aux sondages hongrois ?
🟢 Un centre communautaire ukrainien ferme ses portes à Bruxelles
🟢 À quoi ressemblerait un « pilier » européen de l’OTAN
Sur le rond-point-Schuman : « Daddy » ou pas, Rutte met les choses au clair
L’Europe, vue de Bruxelles
Ici, en Hongrie, on a le sentiment palpable qu’un événement historique se profile. Le temps serait-il vraiment compté pour Viktor Orbán ?
À trois jours des élections, le chef de l’opposition Péter Magyar organise plusieurs fois par jour des rassemblements bondés à travers tout le pays. Il est bien placé dans les sondages, et des scandales sans précédent impliquant le gouvernement s’accumulent : allégations de collusion avec la Russie, tentatives de paralyser le système informatique du parti Tisza de Magyar, et même un homme d’affaires de premier plan lié à Orbán accusant le Fidesz d’être des traîtres et appelant à un « changement de régime ».
Orbán, ébranlé, mène une campagne avec une intensité jamais vue depuis 2002, date de sa dernière défaite électorale. Tout cela, selon des observateurs électoraux chevronnés, suggère que son emprise de 16 ans sur le pays commence à fléchir.
Les sondages indépendants confortent cette opinion. Un sondage Median réalisé cette semaine auprès de 5 000 personnes suggère que Magyar pourrait obtenir une majorité parlementaire des deux tiers, suffisante pour réécrire la Constitution et rétablir fermement la relation fracturée du pays avec le reste de l’UE.
Certains commentateurs des grands médias sont allés jusqu’à écarter d’emblée le Premier ministre. Mais ne sont-ils pas en train de répéter une erreur bien connue ?
La plupart des sondages indépendants se sont lourdement trompés lors des dernières élections de 2022, surestimant le soutien à Péter Márki-Zay, le dernier homme à avoir rallié tous les partis d’opposition contre Orbán. Il a échoué.
Median, notamment, a fait figure d’exception, prédisant avec justesse une victoire écrasante du Fidesz peu avant le scrutin. Mais la plupart se sont lamentablement trompés. Même si les sondages sont exacts, cela ne signifie pas pour autant que Tisza l’emportera nécessairement.
Un autre sondeur indépendant respecté, Dániel Róna, du 21 Research Center, a systématiquement placé Tisza devant le Fidesz. Pourtant, plus tôt cette année, il a averti dans un podcast que « les chances sont égales ou presque égales », invoquant un système électoral qui, selon lui, favorise le parti au pouvoir, notamment grâce au redécoupage des circonscriptions effectué en 2010.
Le scepticisme ne se limite pas aux analystes. Lukács, un libraire de 29 ans et électeur de Tisza à qui j’ai parlé à Budapest, a affirmé ne pas faire confiance aux sondages.
« Beaucoup de gens à la campagne, si vous les appelez, ne diront pas pour qui ils votent. Pourquoi le feraient-ils ? », a déclaré cet homme qui se décrit comme de gauche et qui vendait des livres depuis une remorque. Il a évoqué un documentaire réalisé par des militants, « The Price of a Vote », qui a enregistré 2 millions de vues au cours des deux dernières semaines pour ses révélations sur l’achat de voix en milieu rural par le Fidesz.
Frank Furedi, directeur exécutif de la branche bruxelloise du groupe de réflexion MCC, proche du Fidesz, a fait valoir que les sondages devaient être considérés avec circonspection, suggérant que les personnes interrogées pouvaient dissimuler leurs véritables préférences, « en particulier si elles estiment que ceux qui les interrogent sont susceptibles de les présenter sous un mauvais jour ».
Les élections hongroises en sont un exemple extrême, a-t-il indiqué. « Il ne faut faire confiance qu’à très peu de sondages, voire aucun, car ils sont tous politisés, commandités par des organisations à des fins spécifiques et pour servir leurs propres agendas. »
Orbán lui-même insiste sur le fait que le Fidesz gagne du terrain en ligne, et a souligné que les candidats sortants atteignent généralement leur pic de popularité en fin de campagne « car ils doivent à la fois diriger le pays et faire campagne en même temps ».
Un responsable de Tisza proche de Magyar est toutefois resté optimiste à l’approche du scrutin de dimanche, déclarant à Rapporteur : « Rien n’est joué tant que les bureaux de vote ne ferment pas à 19 h, mais si tous ceux qui envisagent actuellement de voter pour Tisza le font, alors nous obtiendrons une solide majorité de deux tiers. »
Le centre communautaire ukrainien de Bruxelles ferme ses portes
Après près de quatre ans d’activité, le plus grand centre communautaire ukrainien de Bruxelles a fermé ses portes le 1er avril à la suite d’un avis d’expulsion émis par le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale.
Situé au 89, rue de la Loi, le centre du Ukrainian Voices Refugee Committee proposait un accompagnement psychologique en ukrainien, des cours de langue et des consultations juridiques, notamment sur le statut de protection temporaire, ainsi que des activités culturelles, sportives et un soutien aux enfants.
Cette décision a été prise dans un contexte de vide politique prolongé dans la région, qui a passé 613 jours sans gouvernement élu. Selon le comité, c’est pendant cette période qu’un gouvernement intérimaire a supprimé le financement du centre dans le cadre de réductions budgétaires plus larges.
Le bâtiment de huit étages, propriété privée mais mis à disposition gratuitement par le gouvernement bruxellois, était financé par des fonds régionaux. « Nous ne considérons pas ce projet comme un simple travail, c’est vraiment un deuxième foyer pour nous. Ce n’est pas seulement un bâtiment », a expliqué Pavlo Koshka, coordinateur du comité.
Lisez l’article complet de Nicoletta.
L’Europe repense le rôle de l’OTAN
Les nouvelles attaques de Donald Trump contre l’OTAN redonnent vie à une vieille idée floue : un « pilier européen » plus fort au sein de l’alliance.
Après des mois de pression sur les dépenses de défense, de critiques envers les alliés et de signaux indiquant que Washington pourrait se désengager de la sécurité européenne, les capitales à travers le continent réévaluent ce qu’elles peuvent, et doivent, faire seules.
Le concept n’est pas nouveau, mais il n’a jamais été clairement défini. Pour certains, cela signifie que l’Europe doit enfin se doter de ses propres capacités militaires. Pour d’autres, cela soulève des questions plus épineuses concernant le leadership, la prise de décision et la capacité des Européens à agir sans le soutien des États-Unis. Mon collègue Charles Cohen analyse la situation dans notre dossier explicatif.
Sánchez se rend à Pékin, encore une fois
Pedro Sánchez se rend aujourd’hui en Chine pour la quatrième fois en trois ans, une initiative qui risque de mettre Washington et Bruxelles en désaccord.
Le Premier ministre espagnol s’est heurté à plusieurs reprises à Washington ces derniers mois, s’imposant comme le critique le plus virulent de l’UE à l’égard de l’intervention militaire américano-israélienne en Iran.
Son rapprochement avec la Chine pourrait déclencher de nouvelles tensions avec Trump et mettre l’Espagne de plus en plus en décalage avec ses partenaires européens, alors que l’UE s’efforce de réduire sa dépendance économique vis-à-vis de Pékin.
Ma collègue Inés Fernández-Pontes vous propose l’article complet.
Les frappes israéliennes au Liban ravivent le débat sur l’accord UE-Israël
Les frappes israéliennes au Liban relancent les appels à la suspension du principal accord commercial et diplomatique de l’Union avec ce pays. La France a déclaré que l’Union pourrait reconsidérer l’accord d’association UE-Israël à la suite de ce qu’elle a qualifié de frappes « disproportionnées ».
Le Premier ministre espagnol Sánchez a déjà appelé à une suspension, une initiative également soutenue jeudi par le Slovène Robert Golob.
Dans une lettre adressée jeudi aux dirigeants de l’UE et consultée par Rapporteur, la chef du groupe des Socialistes et Démocrates au Parlement européen, Iratxe García Pérez, a exigé la suspension immédiate de l’accord, exhortant l’Union à agir de manière décisive.
Plus tard, Benjamin Netanyahu a déclaré qu’il avait donné instruction à ses responsables d’entamer des négociations directes avec le Liban à la suite de demandes répétées de Beyrouth.
L’année dernière, la Commission européenne avait proposé de suspendre partiellement l’accord commercial UE-Israël pour des raisons liées aux droits de l’homme, mais les capitales n’étaient pas parvenues à dégager une majorité.
Rond-point Schuman
Une erreur de traduction : Interrogé sur sa désormais tristement célèbre remarque « daddy » (papa) adressée à Trump, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a balayé l’incident en le qualifiant d’erreur de traduction. « C’était en juin de l’année dernière, et j’ai traduit du néerlandais une expression courante : “Parfois, papa doit se mettre en colère”. Je ne l’appelais pas mon papa. »
Affaire de drogue Hassan classée sans suite : L’avocat de la députée européenne française d’extrême gauche Rima Hassan, Vincent Brengarth, a déclaré que l’affaire concernant des stupéfiants qui auraient été trouvés parmi les effets personnels de la députée européenne lors de sa garde à vue le 2 avril avait été classée sans suite. Le parquet de Paris a indiqué que l’enquête n’avait pas permis d’établir l’existence d’une infraction suffisamment fondée, selon les médias nationaux. Rima Hassan sera tout de même jugée le 7 juillet pour « apologie du terrorisme ».
Les capitales
BERLIN 🇩🇪
Friedrich Merz a annoncé jeudi que Berlin avait renoué le dialogue avec l’Iran à la suite d’une trêve fragile entre Téhéran et Washington, suscitant l’espoir de négociations plus larges. Il a déclaré que les discussions reprenaient après une longue pause « pour des raisons sérieuses » et se dérouleraient « en coordination avec les États-Unis et nos partenaires européens ».
– Charles Szumski
MADRID 🇪🇸
Le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares a déclaré jeudi que l’Espagne rouvrirait son ambassade à Téhéran à la suite d’un cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran. « J’ai donné instruction à notre ambassadeur de retourner sur place et de reprendre ses fonctions », a-t-il indiqué aux députés, ajoutant que cette mesure visait à soutenir les efforts de paix. Albares a précisé qu’il en avait informé son homologue iranien, Abbas Araghchi, lors d’un entretien téléphonique.
– Inés Fernández-Pontes
PARIS 🇫🇷
La France envisage un char de transition, car les retards pris par son programme conjoint de nouvelle génération avec l’Allemagne repoussent le déploiement aux années 2040, ce qui fait craindre que la flotte Leclerc ne devienne obsolète. La ministre de la Défense, Catherine Vautrin, a précisé que KNDS pourrait être impliqué dans cette solution provisoire. Paris prévoit également 36 milliards d’euros supplémentaires de dépenses de défense au cours de cette décennie, alors que le projet SPCT prend plus de dix ans de retard.
– Kjeld Neubert
ROME 🇮🇹
Giorgia Meloni a déclaré mercredi que si le choc des prix de l’énergie déclenché par le conflit avec l’Iran s’intensifiait, l’UE devrait envisager de suspendre le pacte de stabilité et de croissance, estimant que cette mesure « ne devrait pas être taboue ». S’exprimant devant le Parlement, elle a ajouté que toute mesure devrait prendre la forme d’une réponse à l’échelle de l’UE, et non d’une dérogation nationale, faisant écho à la suspension des règles budgétaires par l’Union pendant la pandémie de Covid-19.
– Alessia Peretti
BUDAPEST 🇭🇺
L’opposition hongroise a placé les pénuries dans le secteur de la santé au cœur de sa campagne en vue des élections du 12 avril, le chef de file Péter Magyar ayant livré des fournitures de base aux hôpitaux pour mettre en évidence le sous-financement chronique. Les données de l’OCDE montrent que les dépenses s’élèvent à environ 6,4 % du PIB, soit à peu près la moitié de la moyenne de l’UE. Alors que le gouvernement minimise ces problèmes, le mécontentement croissant, y compris parmi les électeurs du Fidesz, pourrait faire de la santé un facteur électoral plus déterminant.
– Magdalena Kensy
BRATISLAVA 🇸🇰
La police slovaque a classé sans suite l’enquête sur une ingérence britannique présumée dans les élections législatives de 2023, ouverte à la suite des allégations de Robert Fico en juillet 2025, a rapporté le média Aktuality. Fico avait affirmé que le Royaume-Uni cherchait à influencer le scrutin en faveur de l’opposition, citant un article de Declassified UK – des allégations rejetées tant par l’auteur que par l’ambassade britannique en Slovaquie.
– Natália Silenská
BELGRADE 🇷🇸
Le président Aleksandar Vučić a rencontré jeudi le représentant spécial de l’UE pour le dialogue entre le Kosovo et la Serbie, Peter Sørensen, selon un communiqué de son bureau. Il a réitéré la volonté de la Serbie de poursuivre les discussions tout en exprimant ses préoccupations concernant la situation de la minorité serbe au Kosovo, qui, selon Belgrade, est victime de discrimination et de mesures unilatérales de la part du gouvernement kosovar.
– Bronwyn Jones
Également sur Euractiv
Telegram, un angle mort pour la réglementation numérique de l’UE
Telegram fait l’objet d’une nouvelle enquête à Bruxelles après que des chercheurs d’AI Forensics ont découvert que ses chaînes publiques hébergeaient des images à caractère sexuel générées par l’IA sans le consentement des personnes concernées, y compris des contenus pouvant constituer des abus sexuels sur mineurs.
Malgré ces découvertes, la plateforme de messagerie instantanée a jusqu’à présent échappé à la désignation de « très grande plateforme en ligne » au titre de la loi européenne sur les services numériques, laissant la surveillance aux autorités nationales et soulevant des questions quant aux lacunes dans l’application des règles technologiques phares de l’Union.
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributrices.teurs : Charles Cohen, Inés Fernández-Pontes, Alice Tidey, Pietro Guastamacchia, Addison Zanger, Elisa Braun
Traductrice : Clara Vassent