Les députés chypriotes rejettent un accord de renflouement, la zone euro est affaiblie
Chypre a rejeté hier (19 mars) de manière écrasante une proposition de taxe sur les dépôts bancaires en échange d’un plan de sauvetage européen, ce qui sème le désordre dans les efforts internationaux visant à sauver la dernière victime de la crise de la dette de la zone euro.
Chypre a rejeté hier (19 mars) de manière écrasante une proposition de taxe sur les dépôts bancaires en échange d’un plan de sauvetage européen, ce qui sème le désordre dans les efforts internationaux visant à sauver la dernière victime de la crise de la dette de la zone euro.
Rompant avec la pratique précédente de l'UE sur la sacralisation des économies des déposants, les ministres des finances de la zone euro ont annoncé ce week-end qu’une taxe exceptionnelle sur les comptes bancaires chypriotes serait imposée dans le cadre d'un renflouement de 10 milliards d'euros de l'Union européenne.
Cette mesure a irrité les Chypriotes ordinaires, qui ont envahi la capitale, Nicosie, pour manifester bruyamment.
Alors que des centaines de manifestants scandaient « Ils pompent notre sang » devant le parlement, le parti au pouvoir s'est abstenu et les 36 législateurs restants ont tous voté contre le projet. L'île méditerranéenne se retrouve donc au bord de la crise financière.
Le vote constitue une défaite cuisante pour les 17 États membres de la zone euro, irrite les partenaires européens et fait craindre une propagation de la crise. Les législateurs espagnols, grecs, italiens, portugais, irlandais ont tous accepté des mesures d'austérité ces trois dernières années afin d’obtenir une aide de l'UE.
Quelque 37 % des 53 milliards d’euros de dépôts dans les banques chypriotes appartiendraient à des étrangers, dont la plupart sont des investisseurs et des entreprises russes, selon des experts. Les Chypriotes ne sont donc pas les seuls épargnants à perdre de l'argent en vertu de l'accord.
Le ministre des finances Michael Sarris s'est déjà rendu à Moscou. Certains estiment que le Russie pourrait proposer son aide étant donné la grande quantité de dépôts russes dans les banques chypriotes. Le président Nicos Anastasiades, en fonction depuis moins d'un mois, s'est entretenu par téléphone avec le président russe, Vladimir Poutine, après le vote.
M. Anastasiades devrait rencontrer les dirigeants de partis ce matin afin d'envisager des solutions.
Les États membres de l'UE ont prévenu qu'ils suspendraient les 10 milliards d'euros de renflouement à moins que les déposants à Chypre, dont les petits épargnants, ne partagent le coût du plan de sauvetage, une étape sans précédent dans la crise tenace de la dette.
La Banque centrale européenne avait menacé de mettre fin à son aide d’urgence sous forme de prêt pour les banques chypriotes vacillantes, gravement touchées par la crise financière de la Grèce limitrophe.
L'Allemagne est confrontée à des élections cette année et de plus en plus frustrée par le coût croissant du renflouement de ses partenaires du sud. Berlin a indiqué que Chypre était la seule responsable de la gravité de la situation.
La frustration de l'Allemagne
« Chypre a demandé un programme d'aide », a déclaré le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble sur la chaîne de télévision ZDF. « Pour un programme d'aide, il nous faut savoir comment Chypre pourra retourner sur les marchés financiers. Pour cela, les dettes de Chypre sont trop élevées. »
Jeroen Dijsselbloem, ministre néerlandais des finances et président de l'Eurogroupe, a déclaré que l'offre de renflouement tenait toujours si les conditions étaient remplies. Ewald Nowotny, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a demandé à Chypre de faire preuve de « discipline et de promptitude afin d'agir de manière rationnelle ».
La grande quantité de dépôts détenus dans les banques de l'île par des citoyens et entreprises non européens, notamment russes, constituait un problème très important soulevé lors des négociations. Chypre s'est en effet positionnée en tant que fournisseur principal des services financiers extraterritoriaux.