Les dépenses de défense des États membres atteignent 1,9 % du PIB de l’UE

Les États membres de l’UE auront dépensé un total de 326 milliards d’euros pour la défense en 2024, selon l’Agence européenne de défense. Un record qui représente 1,9 % du PIB du bloc.

EURACTIV.com
EU Military Committee Chiefs of Staff Meeting in Hungary
Des véhicules militaires démontrent des compétences de combat pour marquer la réunion des chefs d'état-major du Comité militaire de l'UE (CMUE) qui se tient actuellement en Hongrie, sur un terrain d'entraînement militaire près de Hajmasker, dans l'ouest de la Hongrie, le 16 octobre 2024, pendant la présidence hongroise du Conseil européen. [EPA-EFE/Zoltan Mathe HUNGARY OUT]

Les États membres de l’Union européenne (UE) auront dépensé un total de 326 milliards d’euros pour la défense en 2024, selon l’Agence européenne de défense (AED). Un record qui représente 1,9 % du produit intérieur brut (PIB) du bloc.

« Les dépenses de défense des États membres devraient atteindre 326 milliards d’euros, ce qui représente 1,9 % du PIB de l’UE en 2024 », a partagé l’Agence européenne de défense (AED) avec les 27 ministres de la Défense de l’UE réunis à Bruxelles ce mardi 19 novembre.

« Par rapport à 2021, avant la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine, les dépenses de cette année ont augmenté de 31 % », peut-on lire dans un communiqué de presse.

L’AED recueille des données auprès des 27 États membres de l’UE — dont 23 sont également membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), au sein de laquelle ils ont accepté de consacrer au minimum 2 % de leur PIB national à la défense.

Cette augmentation marque la neuvième année consécutive d’augmentation des dépenses européennes en matière de défense. En 2022, les États membres de l’UE avaient déjà dépensé un montant record de 240 milliards d’euros, selon l’AED.

Cette année, la majeure partie de l’argent a été consacrée à la recherche et au développement de nouvelles technologies et à l’achat de nouveaux équipements, car les pays européens réapprovisionnent leurs entrepôts, constituent des réserves et poursuivent leurs livraisons à l’Ukraine.

En 2023, la majeure partie des investissements dans la défense a été consacrée à l’achat de nouveaux équipements ou produits, qui a augmenté de 19 % en glissement annuel, atteignant environ 61 milliards d’euros, note l’AED.

Pour 2024, 24 États membres de l’UE devraient consacrer plus de 100 milliards d’euros à l’investissement, atteignant ainsi leur objectif de consacrer 20 % des dépenses de défense à l’investissement.

Les gouvernements européens se sont engagés à augmenter le budget de la défense après l’invasion russe en Ukraine en février 2022. Le chancelier allemand Olaf Scholz a par exemple annoncé une enveloppe de 100 milliards d’euros pour financer la modernisation des forces armées du pays.

Presque tous les pays ont augmenté leurs dépenses de défense, comme le montrent les chiffres de l’AED.

11 États membres ont augmenté leurs dépenses de 10 % ou plus en 2023 par rapport à 2022, à savoir les Pays-Bas, le Danemark, la Finlande, la Pologne, l’Autriche, la Hongrie, la Bulgarie et les pays baltes.

Seuls cinq pays ont réduit leurs dépenses de défense au cours de cette période : la Grèce, la Roumanie, la Croatie, la Slovaquie et Chypre.

En mobilisant un total de 1,9 % du PIB pour la défense, les Européens se rapprochent de l’objectif de 2 % du PIB national qui doit être consacré aux dépenses de défense fixé par l’OTAN.

Des dépenses de défense inégales au sein de l’OTAN

Lors de sa campagne électorale, le candidat républicain Donald Trump a déclaré que Washington — dont la sécurité européenne dépend fortement — ne viendraient pas en aide aux membres de l’OTAN qui ne dépenseraient pas assez pour la défense en cas d’attaque. Une remise en question du principe de défense collective de l’Alliance qui a suscité l’inquiétude en Europe.

En réponse à cela, les Européens s’efforcent depuis plusieurs mois d’augmenter leurs contributions pour assurer une meilleure répartition des responsabilités au sein de l’alliance militaire. Ils cherchent ainsi à démontrer à celui qui a désormais été élu président que l’Europe prend au sérieux les enjeux de défense et qu’elle s’efforce de rompre avec sa dépendance vis-à-vis des États-Unis.

Bien que les États membres de l’UE soient sur le point d’atteindre l’objectif de 2 % souhaité par l’OTAN, les dépenses restent inégalement réparties entre les différents pays membres de l’Alliance.

Parallèlement à cela, des discussions ont également été entamées entre certains membres de l’OTAN — les États-Unis, le Canada, la Turquie et le Royaume-Uni notamment — en vue de porter l’exigence minimale à 3 % voire plus.

Les pays baltes et la Pologne sont à l’origine de cette initiative, ces derniers insistant sur le fait que les dépenses ont atteint des niveaux bien plus élevés pendant la guerre froide.

« Le rapport est clair : les efforts nationaux, bien qu’indispensables, ne sont pas suffisants. Le paysage géopolitique rend notre coopération, ainsi que l’augmentation des dépenses, essentielles afin d’être prêt pour une guerre de haute intensité », a déclaré Josep Borrell, Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, dans un communiqué.

« Les fonds supplémentaires alloués à la défense doivent être dépensés de la manière la plus efficace possible, et l’utilisation d’une partie de ces fonds par le biais d’investissements européens collaboratifs pour répondre aux besoins en matière de capacités serait utile », a-t-il ajouté.

Les dirigeants européens envisagent d’orienter les fonds de l’UE vers la défense et de stimuler les achats conjoints. Cependant, à ce stade, il est incertain si les financements nécessaires proviendront des budgets de défense des États membres ou des marchés privés.

Dans son rapport, l’AED recommande d’investir dans les systèmes de défense terrestre et aérienne, la cyberdéfense, les systèmes de commandement et de contrôle (C2), la connaissance de la situation cybernétique et spatiale et les communications par satellite.

« Pour devenir un fournisseur de sécurité crédible, l’UE doit développer des capacités stratégiques, y compris pour les scénarios de guerre de haute intensité », avertit Jiří Šedivý, directeur exécutif de l’AED, dans une déclaration.

Presque tous les États membres se sont mis d’accord pour travailler ensemble au développement de quatre types d’armes : la défense aérienne et antimissile intégrée, les capacités de guerre électronique et munitions rôdeuses, ainsi que les navires de combat européen, a également indiqué l’Agence européenne de défense.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]