Les controverses liées à la Russie s’accumulent en Slovaquie

La Slovaquie se retrouve de plus en plus au cœur de controverses liées à ses relations avec la Russie. Récemment, les États-Unis ont étendu leur liste de sanctions contre la Russie à des centaines de personnes et d’entités, dont une société slovaque.

EURACTIV Slovaquie
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En l’espace de quelques mois en 2023, la société aurait effectué plus de 350 expéditions de matériel électronique, notamment des modules électroniques, des circuits et des microprocesseurs. [Shutterstock/William Potter]

La Slovaquie se retrouve de plus en plus au cœur de controverses liées à ses relations avec la Russie. Mercredi (1er mai), les États-Unis ont étendu leur liste de sanctions contre la Russie à des centaines de personnes et d’entités, dont une société slovaque.

Le ministère slovaque de l’Intérieur a récemment accordé sa protection à un acteur pro-russe, et un fonctionnaire du parlement a donné une interview à la télévision russe dans laquelle il a diffusé des récits favorables au Kremlin.

Les nouvelles mesures approuvées par Washington mercredi visent à contourner les restrictions déjà en place. Dans le cas de la Slovaquie, les sanctions sont imposées à Carovilli Trading SRO, qui, selon les États-Unis, vend du matériel informatique et des logiciels à des entreprises russes.

En 2023, la société aurait, en quelques mois, effectué plus de 350 expéditions de matériel électronique, notamment des modules électroniques, des circuits et des microprocesseurs.

Les sanctions s’appliquent également à 20 sociétés basées en Chine et à Hong Kong et à 60 entités en Russie, en Azerbaïdjan, en Belgique, en Turquie et dans les Émirats arabes unis. Les États-Unis les accusent, en effet, de permettre à Moscou d’acheter la technologie et les équipements nécessaires pour mener la guerre contre l’Ukraine.

Protection de l’État pour les Ukrainiens pro-russes

Mardi (30 avril), le journal tchèque Deník N a rapporté que le gouvernement slovaque avait accordé une protection à l’acteur pro-russe Artyom Marchevsky. Ce dernier, impliqué dans des tentatives d’influence sur les élections européennes, avait quitté l’Ukraine car il faisait l’objet d’une enquête pour collaboration avec Moscou.

Il s’est rendu en République tchèque, qui l’a inscrit sur sa propre liste de sanctions fin mars et était sur le point de lui retirer son permis de séjour. Cependant, M. Marchevsky est ensuite parti pour la Slovaquie, où le ministère de l’Intérieur lui a accordé une protection temporaire.

Son avocat, Leonid Kushnarenko, a confirmé que son client se trouvait bien en Slovaquie, tandis que le ministre slovaque de l’Intérieur, Matúš Šutaj Eštok, n’a pas souhaité commenter la situation. « En raison des actions en cours, nous ne ferons pas d’autres commentaires sur cette affaire. Nous fournirons des informations après la fin de l’enquête », a-t-il indiqué.

M. Marchevsky ainsi que l’homme d’affaires ukrainien pro-russe Viktor Medvedchuk auraient fait partie d’un réseau d’influence pro-russe qui a financé la plateforme médiatique Voice of Europe et a donné de l’argent à certains hommes politiques de l’UE, écrit le Deník N.

Le vice-président du Parlement à la télévision russe

En début de semaine, le principal parti d’opposition, Slovaquie progressiste (Progressive Slovakia, PS), a déclaré que Ľuboš Blaha, le vice-président du Parlement, avait accordé un entretien à la télévision publique russe RT au cours duquel il a diffusé de la propagande pro-Kremlin.

M. Blaha, connu pour ses opinions anti-UE et pro-russes, est actuellement candidat du parti Smer du Premier ministre Robert Fico aux élections européennes (en deuxième position).

« La guerre en Ukraine a pour but l’expansion de l’OTAN et de ses alliés américains jusqu’aux frontières de la Russie », a affirmé M. Blaha.

« Nous pouvons voir que la Chambre des représentants a adopté un projet de loi de 61 milliards de dollars (56,9 milliards d’euros) pour l’Ukraine le même jour, le 20 avril, où Adolf Hitler est né », a-t-il laissé entendre, ajoutant qu’il ne « pense pas que ce soit une coïncidence ».

« La russophobie d’Hitler était si forte qu’il a attaqué l’Union soviétique. Je ne pense donc pas qu’il s’agisse d’une coïncidence. Je pense qu’il y a un intérêt dans les cercles libéraux américains à pousser de plus en plus cette guerre contre la Russie », conclut-il.

Le président de PS, Michal Šimečka, a qualifié le contenu de l’entretien de dix minutes de M. Blaha de « scandaleux » et « en contradiction absolue avec la politique étrangère et les intérêts nationaux de la Slovaquie ».

« Il insulte nos alliés avec des conspirations insensées sur l’anniversaire d’Hitler », a déclaré M. Šimečka, ajoutant que M. Blaha devrait s’excuser.

Pendant ce temps, des dizaines de milliers de Slovaques tentent de protester contre le gouvernement, qui refuse d’envoyer du matériel militaire à Kiev, en se ralliant à une collecte de fonds pour l’achat d’armes destinées à l’Ukraine.

« Aidons l’Ukraine malgré notre gouvernement pro-russe », ont écrit les organisateurs sur le site officiel d’une campagne de collecte de fonds intitulée « Munitions pour l’Ukraine ». Elle a déjà  récolté plus de 4,1 millions d’euros.