Les compléments alimentaires contre le cholesterol bénéficient du flou législatif européen

Les compléments alimentaires sont de plus en plus utilisés par les Européens pour réduire leur taux de cholestérol. Ils ne sont pas régulés, alors que leurs effets secondaires peuvent être graves.

EURACTIV.fr
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Les compléments alimentaires sont de plus en plus utilisés par les Européens pour réduire leur taux de cholestérol. Ils ne sont pas régulés, alors que leurs effets secondaires peuvent être graves.

D’après la Fédération Française de Cardiologie (FFC), 400 personnes décèdent de maladies cardiovasculaires chaque jour. L'une des causes de cette épidémie silencieuse serait le cholestérol. Pour combattre l’hypercholestérolémie, les Européens ont notamment recours aux compléments alimentaires, des produits naturels considérés comme des denrées alimentaires, et non comme des médicaments.

Selon la dernière étude individuelle nationale des consommations alimentaires menée pendant 12 mois,  21,8% des 18-34 ans et 20,4% des 35-54 ans avaient consommé des compléments alimentaires. Y compris de la levure de riz rouge, et du guggul. Pourtant, n’étant pas soumis à la réglementation sur les médicaments, leur composition peut s’avérer dangereuse.

Utilisée comme un produit alimentaire en Asie, la levure de riz rouge est une variété de champignon microscopique cultivée sur du riz. En France, c’est le plus vendu des compléments alimentaires en pharmacie, parapharmacie et sur internet selon une étude de l’UFC –Que Choisir de 2012.

Le guggul, quant à lui, est une gomme extraite d’un arbuste indien, utilisée dans la médecine traditionnelle indienne.

Flou législatif

En Europe les compléments alimentaires échappent à la réglementation sur les médicaments puisqu’ils sont soumis à celle sur les denrées alimentaires.

Au niveau national, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES)  précise que « les compléments alimentaires ne nécessitent pas d’autorisation individuelle de mise sur le marché fondée sur l’évaluation par une instance d'expertise d'un dossier soumis par l’industriel souhaitant les commercialiser ».  C’est donc l’industriel  qui est responsable de la bonne conformité des compléments alimentaires avec les dispositions en vigueur.

La solution n’est pas nécessairement plus de réglementation au niveau européen selon Jean Ferrières, secrétaire général de la Fédération Française de Cardiologie (FFC). « Une réglementation plus stricte sur les compléments alimentaires au niveau européen ne changerait que peu de choses. La levure de riz rouge et le guggul seraient toujours en vente libre sur internet, et échapperaient ainsi à la réglementation. Il faut davantage se concentrer sur l’information des patients. Les médecins doivent prendre le temps d’expliquer les risques liés à la prise des compléments alimentaires dans le traitement de l’hypercholestérolémie ».  

Compléments alimentaires ou médicaments ?

Pourquoi les Européens utilisent-ils ce type de compléments alimentaires plutôt que de recourir aux statines pour réduire leur taux de cholestérol ?

Pour Jean Ferrières, secrétaire général de la Fédération Française de Cardiologie (FFC), le succès de ces remèdes s’explique par leur aspect naturel. Même si ils sont loin d’être sans risque.

« La levure de riz rouge et le guggul sont utilisés par certains patients pour remplacer les statines dans le traitement de l’hypercholestérolémie.  Ils semblent plus naturels aux yeux de certains patients, pourtant il ne s’agit pas de produits anodins. Les deux ingrédients ont des effets indésirables sur le long terme, comparables à ceux des statines » assure Jean Ferrières à Euractiv.fr. C’est aussi ce que soulignait l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) dans une mise en garde de février 2013.

« La levure de riz rouge est également une statine, mais une statine en plus faible dose qui est en vente libre. Ce n’est donc pas un complément alimentaire c’est un médicament. Moins efficace que les statines, car moins dosé. La raison pour laquelle il faut s’en méfier, c’est qu’ils échappent à tout contrôle qualité. Leur composition peut être dangereuse » poursuit Jean Ferrières, secrétaire général de la FFC.

Selon lui les statines restent le vrai traitement pour combattre le cholestérol.