Les cercles d'affaires évoquent une faillite morale de la Grèce

Alors que la Grèce peine à éviter un défaut de paiement malgré les tentatives répétées du gouvernement de George Papandreou pour restructurer la dette du pays, les chefs d'entreprises et les dirigeants politiques, qui se rencontraient à Athènes la semaine dernière, ont exprimé leurs craintes quant à la corruption politique et à la mise en place de mesures inefficaces. Un reportage d'EURACTIV en Grèce.

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Alors que la Grèce peine à éviter un défaut de paiement malgré les tentatives répétées du gouvernement de George Papandreou pour restructurer la dette du pays, les chefs d'entreprises et les dirigeants politiques, qui se rencontraient à Athènes la semaine dernière, ont exprimé leurs craintes quant à la corruption politique et à la mise en place de mesures inefficaces. Un reportage d'EURACTIV en Grèce.

« Le défi n'est pas seulement la crise financière, il s'agit également d'une faillite morale », a déclaré Harris Oikonopoulos, président de la British Hellenic Chamber of Commerce, lors d'un évènement organisé par l'association European Business Press (EBP) à Athènes du 8 au 10 juin.

Les inquiétudes quant à l'incapacité de la Grèce à honorer ses dettes se sont intensifiées dans le pays et en Europe.

La Grèce est devenue le pays le moins bien noté au monde par Standard & Poor's, qui a abaissé la note du pays lundi (13 juin) et a annoncé que toute tentative de restructuration de la dette serait considérée comme un défaut de paiement. Cette question brûlante a été discutée lors d'une réunion de crise des ministres européens des finances hier soir (14 juin).

M. Oikonopoulos a précisé qu'il existait 34 lois et projets de loi voués à accélérer la procédure judiciaire, mais que personne n'avait jamais été condamné suite aux différents scandales.

De nombreux participants grecs à la conférence sont conscients que leur société doit radicalement changer et qu'il ne s'agit pas uniquement d'un problème économique. Certains affirment qu'une faillite de la Grèce pourrait avoir des effets dévastateurs, mais ils soulignent qu'aucun ministre n'a été condamné pour corruption depuis que la Grèce a rejoint l'UE, pour des raisons de prescription et d'immunité.

Selon ces participants, pour modifier la culture du pays, il ne suffit pas d'effacer les dettes. M. Oikonopoulos accuse l'UE de ne pas avoir suffisamment vérifié les données fournies par les autorités grecques.

« L'UE n'a pas suffisamment contrôlé les fonds. Et quand elle a su [pour la corruption ou les pertes], elle n'a pas pris les décisions qu'il fallait », a-t-il déclaré.

Selon Alexandra Vovolini, éditrice du magazine économique Oikonomia, le financement de l’UE a transformé la Grèce ces trente dernières années : des routes, des ports, des musées et de petites entreprises n'existeraient tout simplement pas sans le financement de l’Europe, a-t-elle déclaré à EURACTIV Grèce lors d'un entretien.

« Il existe toujours un pourcentage [des fonds alloués aux infrastructures] qui est gaspillé ou qui part dans la corruption. Mais selon moi, il ne s'agit que d'une partie infime de cet argent […] Nous avons cependant besoin de contrôles plus stricts. L'Europe devrait contrôler davantage, et à temps, la manière dont les fonds de l'UE sont dépensés », a-t-elle ajouté.

Alexander Singros, directeur exécutif d'Invest in Greece, a été plus loin encore et a affirmé que tant que la monnaie unique n'était pas assortie de politiques budgétaires communes, des problèmes similaires continueraient de se poser.

Pour lutter contre la crise actuelle, les entreprises demandent l’accélération des privatisations.

Selon certains analystes, la Grèce dispose de biens vendables dont la valeur serait supérieure à sa dette publique. La vente aux enchères de ces biens pourrait permettre de renflouer les caisses de l'Etat, mais il faudrait pour cela que les acheteurs étrangers reprennent confiance.

Il se dit dans le monde des affaires que le gouvernement est actuellement en train de vendre 10 % de l'opérateur de télécommunications OTE à Deutsche Telekom, et que ce n'est que le début.

Beaucoup sont convaincus que la privatisation devrait être plus agressive, dans la mesure où c'est le seul moyen de trouver des liquidités rapidement, mais aussi pour moderniser l'économie en réduisant les salaires gonflés et en limitant les interférences politiques.

Les experts reconnaissent cependant que cela ne pourrait se réaliser qu'au prix d’un lourd tribut social, comprenant notamment la perte de la majorité du parti de centre-gauche aux prochaines élections.

Devant les membres de l'EBP, Arthorous Zervos, le président de PPC – principale entreprise grecque d'électricité –, a parlé d’investissements dans l'écologie et d’externalisation des services, mais il n'a guère évoqué les projets de privatisation.

Les syndicats se montrent également réticents sur ce sujet. Faisant référence aux bouleversements en Allemagne de l'Est après la révolution, les experts demandent qu'une structure analogue au Treuhand reprenne les entreprises en main pour les vendre, ce qui réduirait l'implication des dirigeants politiques.

Christophe Leclercq – traduit de l'anglais par Amandine Gillet.