Les Catalans fixent des conditions pour soutenir un nouveau mandat de Pedro Sánchez
Les partis indépendantistes catalans ont fixé des conditions pour soutenir un nouveau mandat de Pedro Sánchez, alors que le roi d’Espagne entame un cycle de consultations avec plusieurs partis afin de déterminer qui a le plus de chances de prendre la tête du nouvel exécutif.
Les partis indépendantistes catalans ont fixé des conditions pour soutenir un nouveau mandat du Premier ministre socialiste en fonction, Pedro Sánchez, alors que le roi d’Espagne Felipe VI entame cette semaine un cycle complexe de consultations avec plusieurs partis politiques afin de déterminer qui a le plus de chances de prendre la tête du nouvel exécutif.
Le choix semble se porter sur M. Sánchez ou sur le chef de l’opposition de centre droit, Alberto Núñez Feijóo (Partido Popular, PP).
Bien que M. Núñez Feijóo, chef du PP (Parti populaire européen), ait remporté les élections anticipées du 23 juillet, il n’a pas obtenu la majorité requise pour gouverner seul — à savoir 176 sièges sur 350 au parlement.
Le parti d’extrême droite Vox (Conservateurs et Réformistes européens), troisième force du parlement, a exprimé la semaine dernière sa volonté de le soutenir, bien qu’il ne dispose pas d’assez de sièges pour former une coalition stable, même en unissant ses forces à celles du PP.
Même si ses chances sont quasiment nulles, le chef du PP souhaite se présenter devant le roi pour tenter de prêter serment, un geste essentiellement symbolique, selon les médias espagnols.
D’un autre côté, la clé d’un nouveau gouvernement progressiste est entre les mains des sept députés de Junts per Catalunya (Ensemble pur la Catalogne, JxCat), le parti séparatiste catalan le leader et ancien président régional Carles Puigdemont, exilé en Belgique, ayant posé plusieurs conditions au soutien de M. Sánchez.
En effet, les votes de JxCat sont essentiels pour que le Parti socialiste ouvrier espagnol de M. Sánchez (PSOE, Socialistes et Démocrates européens) et le nouveau bloc progressiste Sumar, dirigé par Yolanda Díaz, puissent à nouveau former — avec le soutien de plusieurs partis nationalistes basques et catalans également — un exécutif progressiste, après l’alliance entre le PSOE et Unidas Podemos.
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La première étape pour ouvrir la voie à un nouveau gouvernement de gauche a été franchie jeudi dernier (17 août), avec une majorité absolue (178 voix) au parlement soutenant la nomination de Francina Armengol (PSOE) en tant que présidente du parlement. Ce résultat a été possible grâce au soutien de JxCat et du parti indépendantiste catalan Gauche républicaine de Catalogne (ERC), allié de M. Sánchez dans la législature précédente.
Le choix de Mme Armengol, qui parle couramment catalan et est considérée comme une habile négociatrice, a été interprété par les analystes politiques comme une main tendue vers les nationalistes catalans pour leur faire plaisir et modérer leurs exigences.
Afin de parvenir à cette première étape, M. Sánchez a dû faire quelques concessions, notamment en faisant du catalan une langue officielle au même titre que l’espagnol au parlement et en demandant formellement — ce que Madrid a déjà fait au Conseil de l’UE — que la langue catalane soit une langue officielle dans les institutions de l’Union européenne.
Cependant, ni M. Sánchez ni Sumar n’ont un chemin facile devant eux, selon EFE.
La « ligne rouge »
Depuis la ville de Waterloo, près de Bruxelles, M. Puigdemont a clairement indiqué qu’avant de voter pour M. Sánchez, il voulait des « faits vérifiables ». Ces mots qui pourraient faire référence à son éventuelle amnistie, à la garantie de l’autodétermination de la Catalogne et à une « loi d’amnistie » pour les personnes impliquées dans le référendum illégal d’autodétermination organisé en Catalogne le 1er octobre 2017.
ERC et JxCat, dont les relations ne sont pas toujours au beau fixe, ont souligné que cette loi d’amnistie « est une ligne rouge » pour donner le feu vert à un gouvernement « Sánchez-III ».
Il s’agit d’un dossier politiquement sensible qui représente un défi de taille pour le PSOE et Sumar, car les deux partis ont réaffirmé qu’ils ne sortiraient pas du cadre de la Constitution espagnole.
Bien que les accords de nomination de Mme Armengol ne mentionnent pas le mot « amnistie », ils parlent de « dé-judiciarisation » (desjudicialización) du conflit politique en Catalogne. ERC et JxCat veulent tirer parti de ce concept pour arrêter les procès encore en cours pour les événements de 2017 et effacer complètement les casiers judiciaires liés à l’échec du processus d’indépendance, a rapporté El País.
Bien qu’en principe, M. Sánchez ait plus de chances que M. Núñez Feijóo de devenir Premier ministre, à l’heure actuelle, aucun des deux n’a obtenu un soutien suffisant au parlement.
Si aucun des deux candidats ne parvient à prêter serment en tant que nouveau Premier ministre, l’Espagne pourrait tenir de nouvelles élections au début du mois de décembre, quelques jours avant la fin de la présidence espagnole du Conseil de l’UE.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]