Les Capitales — UE-États-Unis : un accord signé avant d’être négocié
Aujourd’hui dans Les Capitales : les négociations commerciales se poursuivent entre Washington et Bruxelles, le Parlement européen veut enrayer l’absentéisme, LFI relance une motion de censure contre la Commission et Robert Fico accuse Paris de faire pression sur sa justice.
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À LA UNE
Même si Bruxelles s’apprête à entrer dans une pause estivale bien méritée, les tractations diplomatiques, elles, ne connaissent pas de répit. Au 13e étage du Berlaymont, Ursula von der Leyen continue de négocier une déclaration conjointe avec Donald Trump qui donnerait enfin un peu de substance à l’accord commercial annoncé en grande pompe dimanche 27 juillet.
La présidente de la Commission espère finaliser ce texte cette semaine. Mais cela n’est pas garanti. Le Royaume-Uni a signé son propre accord avec les États-Unis le 16 juin, et six semaines plus tard, aucune déclaration commune n’a encore vu le jour.
La poignée de main échangée entre von der Leyen et Trump ce week-end en Écosse a rapidement été suivie d’une cacophonie de commentaires.
Certains affirment que Bruxelles a capitulé : la Commission a accepté des droits de douane de 15 % sur la plupart des exportations européennes, des investissements colossaux aux États-Unis, et sa stratégie de représailles est arrivée trop tard pour avoir un impact.
Fidèle à lui-même, le président américain s’est réjoui haut et fort de ses victoires dans cet accord. Son négociateur, le secrétaire américain au Commerce Howard Lutnick, a même pouffé de rire lorsqu’un journaliste de la CNBC a mentionné le fait que la France et l’Allemagne étaient mécontentes du deal.
D’autres observateurs pensent quant à eux que la Commission a en réalité joué un coup de maître. Acculée, elle a obtenu le meilleur accord possible : elle a habilement proposé des investissements qu’elle ne pourra pas réaliser, a délibérément flatté l’ego de Donald Trump en public et a accepté l’humiliation publique afin de garder Washington de son côté sur la question ukrainienne.
Cette interprétation est reprise par plusieurs voix critiques de Donald Trump aux États-Unis, notamment l’économiste Paul Krugman. Le média américain Politico est même allé jusqu’à qualifier cet accord de « triomphe personnel » pour Ursula von der Leyen.
Jean-Luc Demarty, qui a dirigé la direction générale du commerce de la Commission européenne pendant huit ans et a négocié avec Donald Trump pendant son premier mandat, estime que ces deux visions contiennent leur part de vérité.
S’adressant à l’équipe des Capitales, il a fait valoir que l’UE avait conclu le moins mauvais accord possible, mais uniquement parce qu’elle avait déjà affaibli sa position de négociation en ne ripostant pas beaucoup plus tôt aux pressions américaines.
« Cet accord permet de limiter les dégâts à court et moyen terme », a-t-il déclaré, mais pour l’UE, « c’est un désastre à long terme, car la Commission a cédé aux exigences de Trump, qui s’apparentent à du chantage et à de la coercition mafieuse. Pourquoi d’autres pays, comme la Chine, ne tenteraient-ils pas de contraindre l’UE à leur tour ? »
Il conteste également l’idée selon laquelle faire des concessions à Donald Trump serait une stratégie habile dans le cadre du soutien à l’Ukraine. « À un moment donné, Trump abandonnera l’Ukraine et conclura un accord avec [le président russe Vladimir] Poutine », a-t-il déclaré, avertissant que miser sur la bonne volonté du président américain relevait davantage du pari que de la stratégie.
À Paris, on ne cherche pas tant à nuancer. Le président Emmanuel Macron s’est plaint que l’UE n’était « pas assez crainte » pour obtenir un meilleur accord, tandis que le ministre chargé des Affaires européennes continue de brandir la menace du « bazooka » commercial, le mécanisme anti-coercition de l’Union.
Emmanuel Macron estime que la bataille n’est pas encore terminée. Et en effet, mercredi 30 juillet, les États-Unis ont semblé de nouveau viser les législations numériques de l’UE, Howard Lutnick ayant déclaré que « l’attaque [de l’UE] contre nos entreprises technologiques » serait à l’ordre du jour des discussions.
Jean-Luc Demarty, qui est français, accuse son pays d’origine d’amnésie stratégique. « Critiquer aujourd’hui le déséquilibre [de l’accord], après avoir demandé un cadre qui aurait conduit à des résultats déséquilibrés, c’est presque tautologique », a-t-il observé.
INSTITUTIONS EUROPÉENNES
Le Parlement européen veut lutter contre l’absentéisme. Le Parlement européen, à Strasbourg comme à Bruxelles, est vide pendant l’été. Mais même lorsque le Parlement est en session, les salles sont rarement pleines. Par exemple, la présence de la Première ministre danoise Mette Frederiksen ce mois-ci a été peu suivie, même par sa propre famille politique, les socialistes européens.
La présidente de l’institution, Roberta Metsola, a demandé aux responsables des groupes politiques de proposer des idées pour améliorer la participation des députés européens. Celles-ci seront discutées après l’été, selon trois sources.
Une séance de brainstorming organisée l’année dernière a donné naissance à un système de « carte bleue », qui permet aux députés européens de s’interpeller mutuellement au milieu d’un discours. Le Parlement a également testé la suppression de l’accès à la liste des orateurs à l’avance, obligeant les députés européens à passer plus de temps dans la salle à attendre leur tour de parole.
Mais un député européen a confié à l’équipe des Capitales que les législateurs avaient déjà trouvé une solution. Certains attendent un SMS de leurs assistants qui regardent la retransmission en direct pour leur dire quand ils peuvent y aller.
Le prochain « test de présence » aura lieu en septembre, lorsqu’Ursula von der Leyen prononcera son discours annuel sur l’état de l’Union.
Une nouvelle tentative pour faire tomber la Commission. Les députés européens français de La France insoumise (LFI) veulent lancer une nouvelle tentative visant à faire tomber la Commission en raison de la gestion par Ursula von der Leyen de l’accord commercial avec les États-Unis.
Cette initiative ferait suite à une motion de censure contre la présidente de la Commission, qui a échoué à Strasbourg au début du mois, alors que le mécontentement grandit sur tout le spectre politique. La députée européenne Manon Aubry a publié sur X que sa délégation de 9 députés européens cherchait le soutien d’autres groupes, à savoir les socialistes, les verts et Renew.
Cette initiative n’a pas encore été officiellement discutée au sein du groupe de La Gauche que copréside Manon Aubry, ce qui soulève la question suivante : s’agit-il d’un simple coup de pub visant à canaliser la colère des Français à l’égard de l’accord tarifaire ou bien d’une tentative sérieuse de recueillir des signatures ?
Pendant deux mois après le dernier vote, un seuil plus élevé — un cinquième des députés européens (144) — est nécessaire pour que la motion soit recevable. La Gauche n’avait déjà pas réussi à obtenir les 72 signatures nécessaires pour déposer une motion de censure après l’approbation de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur l’année dernière.
La Commission retire le projet de loi sur la responsabilité en matière d’IA. La Commission européenne a confirmé qu’elle retirait son projet de loi sur la responsabilité en matière d’IA, qui visait à clarifier qui est responsable lorsque l’IA cause un préjudice. Cette décision avait suscité une vive réaction au Parlement lorsqu’elle avait été reportée en février. L’exécutif est revenu sur d’autres projets de loi qu’il avait retirés, comme une loi anti-discrimination. Maximilian Henning nous en dit plus (en anglais).
Zone euro : croissance de 0,1 % au deuxième trimestre malgré les perspectives incertaines. Le PIB de la zone euro a progressé de 0,1 % au deuxième trimestre, selon Eurostat. Ce résultat, bien que modeste, dépasse les prévisions des analystes qui tablaient sur une stagnation, dans un contexte d’incertitude économique accentué par le nouvel accord commercial UE-États-Unis. Thomas Moller-Nielsen.
LES CAPITALES
BRUXELLES
Les procureurs belges ont renvoyé devant la Cour pénale internationale (CPI) les allégations de crimes de guerre visant deux ressortissants israéliens, quelques jours après leur interrogatoire par la police belge alors qu’ils se trouvaient dans le pays pour assister au festival de musique électronique Tomorrowland.
Les suspects, deux militaires, auraient été vus brandissant le drapeau de la brigade Givati, une unité d’infanterie israélienne, lors d’un concert du festival se déroulant à Boom, selon l’ONG pro-palestinienne Hind Rajab Foundation, qui a déposé plainte mi-juillet. Ils ont été libérés peu après leur audition par la police.
BERLIN
L’Allemagne aux prises avec un important déficit budgétaire. Le cabinet allemand a adopté mercredi 30 juillet son projet de budget pour 2026, sans toutefois préciser comment le gouvernement comptait combler le déficit pour les années à venir. Par Nick Alipour.
ROME
L’Italie qualifie la liste des « russophobes » de Moscou de « propagande ». L’Italie a convoqué l’ambassadeur russe mercredi 30 juillet après que le président italien, le ministre des Affaires étrangères et le ministre de la Défense ont été inscrits par le Kremlin sur une liste de personnes présumées « russophobes ». Alessia Peretti depuis Rome.
LISBONNE
Le Portugal pourrait reconnaître la Palestine en septembre. Le Portugal a déclaré qu’il « pourrait reconnaître » l’État palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, se ralliant ainsi à un nombre croissant de pays qui font pression en faveur de la reconnaissance. Dans une déclaration commune publiée à l’issue d’une conférence des Nations unies sur la solution à deux États, les responsables portugais ont également promis de soutenir la reconstruction de Gaza après la guerre et souligné la nécessité d’exclure le groupe terroriste du Hamas de tout futur accord gouvernemental palestinien.
La France, le Royaume-Uni et Malte ont déclaré la semaine dernière qu’ils reconnaîtraient un État palestinien. De l’autre côté de l’Atlantique, le Canada a également annoncé mercredi soir son intention de faire de même.
VARSOVIE
La Pologne établit un lien entre deux incendies criminels et Moscou. Les autorités polonaises affirment qu’un ressortissant colombien a été recruté par les services secrets russes pour commettre des incendies criminels en Pologne, dans le cadre d’une vaste campagne de sabotage à l’échelle européenne. Un article de Aleksandra Krzysztoszek.
BRATISLAVA
Robert Fico accuse Paris de pressions sur la justice slovaque. Le Premier ministre slovaque Robert Fico a accusé plusieurs ambassadeurs étrangers — dont celui de France — d’avoir tenté d’influencer la Cour constitutionnelle dans une affaire hautement politique. Des allégations catégoriquement rejetées par l’ambassade de France et la juridiction concernée. Les détails avec notre correspondante à Bratislava, Natália Silenská.
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Basé sur la version en anglais The Capitals, par Eddy Wax et Nicoletta Ionta.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]