Les Capitales : Pourquoi l’UE est « absente » à Gaza

Aujourd’hui dansLes Capitales : l’ancien commissaire Nicolas Schmit s’exprime sur les raisons de la position confuse de l’UE sur la guerre à Gaza, des notes d’un ex-assistant de Maximilian Krah pourraient éclabousser l’AfD allemande, Kiev demande 120 millions d’euros à la Pologne, et le géant ukrainien du poulet rachète un grand producteur espagnol de volaille et de porc.

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À LA UNE

Nicolas Schmit, membre de la Commission européenne lors de l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, estime que la position confuse de l’Union européenne sur la guerre à Gaza ne s’explique pas uniquement par des désaccords politiques, mais aussi par une inertie institutionnelle et un pilotage trop centralisé de la Commission par sa présidente, Ursula von der Leyen.

Dans un entretien accordé à l’équipe des Capitales, le socialiste luxembourgeois déplore l’absence de débat au sein de la Commission sur les relations entre l’UE et Israël dans les treize mois qui ont suivi le début de la guerre.

« Nous n’avons jamais eu de véritable discussion stratégique sur la question du Moyen-Orient sous différents angles », note-t-il. « Nous aurions dû débattre des relations avec Israël, [mais] nous ne l’avons pas fait. »

Selon Nicolas Schmit, cela résulte en partie du fait que la présidente Ursula von der Leyen s’était alignée sur la position de l’Allemagne — dont elle est ressortissante — et des États-Unis. Les autres commissaires ont eu peu de place pour exprimer des opinions divergentes.

« Si vous ne pouvez pas identifier et formuler collectivement en tant que Commission, alors vous ne faites que patauger et verser des larmes sur le sort des pauvres habitants de Gaza. »

Le mandat de Nicolas Schmit en tant que commissaire à l’Emploi et aux Droits sociaux s’est achevé fin 2024, avec l’investiture de la nouvelle Commission von der Leyen.

La semaine dernière, son « très bon ami » et ex-collègue Josep Borrell, Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité sous la dernière législature, a vivement critiqué les dirigeants de l’UE. Dans une tribune publiée dans les médias britanniques, français, italiens, espagnols et belges, l’ancien chef de la diplomatie européenne les accuse d’être « complices » des crimes de guerre commis par Israël.

Contactée par Euractiv, la Commission a refusé de commenter ces déclarations.

Le ton adopté par Josep Borrell, qui est espagnol, n’est pas surprenant au vu de la position critique de l’Espagne envers Israël. La semaine dernière encore, dans une rare réprimande publique à l’égard de ses collègues, la commissaire espagnole Teresa Ribera, l’une des vice-présidentes de la Commission européenne, a déclaré à la radio espagnole qu’elle avait exhorté Ursula von der Leyen à réagir avec plus de fermeté.

Ancien ministre luxembourgeois du Travail, Nicolas Schmit, dont le pays est également critique vis-à-vis des agissements d’Israël, prend toutefois ses distances avec la charge de Josep Borrell : il ne s’agit pas selon lui de « complicité, mais simplement de faiblesse ». Et d’ajouter qu’« il existe manifestement des divisions au sein de l’Union européenne » et que « Josep Borrell doit les connaître mieux que » lui.

La semaine dernière, les États membres de l’UE ont débattu de la proposition de la Commission visant à suspendre partiellement Israël du programme de l’UE pour la recherche et l’innovation, Horizon Europe, ce qui pourrait constituer la première sanction officielle du bloc contre Tel-Aviv depuis le début de la guerre. Toutefois, aucune majorité qualifiée ne s’est dégagée en faveur de cette mesure à ce stade.

Une dizaine de pays, dont la France, l’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas et la Belgique, ont soutenu l’initiative, mais la Hongrie, l’Autriche et la République tchèque s’y sont fermement opposés. L’Allemagne et l’Italie, deux des plus grands pays susceptibles de faire pencher la balance, ont déclaré avoir besoin de plus de temps pour analyser la situation.

Alors que la crise humanitaire à Gaza s’aggrave, Nicolas Schmit estime que la destruction approche un seuil que l’UE ne peut ignorer. « Ce qui est fait actuellement au peuple de Gaza est tout simplement inacceptable. Je ne veux pas entrer dans ce débat juridique pour savoir s’il s’agit ou non d’un génocide, mais si ce n’est pas le cas, cela s’en rapproche beaucoup », déclare-t-il.

Le Luxembourgeois doute que des mesures telles que la suspension d’Israël du programme Horizon puissent avoir un impact direct sur le Premier ministre Benyamin Netanyahou. Il suggère plutôt de suspendre l’accord d’association UE-Israël, expliquant qu’il s’agit de la « seule arme » dont dispose l’Europe.

Par ailleurs, il renouvelle ses critiques envers Ursula von der Leyen, l’accusant d’avoir muselé les débats politiques sur des sujets controversés au sein du Collège des commissaires — une critique qu’il avait déjà formulée pendant sa campagne malheureuse pour la présidence de la Commission en 2024.

La guerre a également évolué de manière radicale depuis le départ de Nicolas Schmit et Josep Borrell de la Commission, ce qui pourrait également expliquer pourquoi il a fallu attendre juillet 2025 pour que l’organe exécutif propose des sanctions officielles contre Israël.

Désormais, le bilan s’alourdit, et Ursula von der Leyen a, bien que tardivement, durci le ton ces derniers mois. Elle a appelé Israël à autoriser l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza et qualifié d’« insoutenables » les images de victimes civiles qui circulent sur Internet.

Les critiques de Nicolas Schmit à l’égard de la présidente de la Commission vont au-delà de la guerre à Gaza. Il souligne que sous sa direction, les commissaires débattaient « très rarement » lors des réunions du Collège.

« Avec cette organisation verticale du pouvoir, les commissaires ne sont que les secrétaires de la présidente. Ce sont de hauts fonctionnaires », conclut-il.


INSTITUTIONS EUROPÉENNES

L’UE face aux menaces commerciales américaines. Alors que des rumeurs circulent selon lesquelles la Commission européenne s’apprêterait à annoncer officiellement un accord commercial finalisé avec les États-Unis, les États membres de l’UE décident de repousser ce mardi 5 août l’adoption de leur paquet de mesures de rétorsion contre Washington. Ce dispositif, qui n’a jamais été activé, sera ainsi reporté de six mois.

L’Union européenne met donc de côté ses contre-mesures visant 93 milliards d’euros d’importations américaines, et ce, alors que le principal avantage de l’accord très controversé conclu le 27 juillet entre Donald trump et Ursula von der Leyen reste encore à concrétiser : les exportateurs automobiles européens continuent de subir un droit de douane de 27,5 %, bien que l’accord prévoie une baisse à 15 %. Cette réduction devrait entrer en vigueur le vendredi 8 août.

En parallèle, le président de la commission du Commerce international (INTA) du Parlement européen, Bernd Lange, a expliqué à Euractiv qu’il existe un risque que les législations numériques de l’UE (DSA et DMA) soient abandonnées pour apaiser Washington. De son côté, la Commission se veut rassurante : ces législations ne sont pas sur la table des négociations.

Pour d’autres, l’UE se fait humilier par Washington. Une humiliation qui fait partie de la stratégie, selon Nicolai von Ondarza, de la Fondation pour la science et la politique (SWP). En savoir plus (en anglais).


LES CAPITALES

BERLIN

Des notes d’un ex-assistant de Maximilian Krah pourraient éclabousser l’AfD. Le procès pour espionnage visant un ancien assistant parlementaire de Maximilian Krah s’ouvre ce mardi 5 août. Dans le cadre de ce procès, des notes rédigées par l’ancien assistant pourraient révéler des informations embarrassantes pour le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Nick Alipour nous en dit plus.

Bonn accueille des enfants gazaouis. La ville de Bonn a rejoint plusieurs autres villes allemandes, dont Düsseldorf et Hanovre, pour accueillir des enfants de Gaza et d’Israël, à l’instar d’initiatives similaires en France et en Espagne.

Mais Berlin reste prudent, affirmant que la priorité est d’apporter une aide plus large au niveau local. Le ministre de la Chancellerie, Thorsten Frei, a souligné lundi 4 août que les transferts ne permettraient d’aider que des « cas individuels ».

PARIS-LONDRES

L’accord franco-britannique sur l’échange de migrants entre en vigueur. L’accord migratoire franco-britannique visant à limiter les traversées de la Manche annoncé en juin entre en vigueur ce mardi 5 août.

Le dispositif a pour objectif de renvoyer chaque année jusqu’à 2 600 demandeurs d’asile déboutés du Royaume-Uni vers la France, ce qui correspond, au rythme actuel, à environ trois semaines de traversées de petits bateaux dans la Manche.

La Commission européenne fera partie d’un groupe de suivi chargé de veiller à ce que ce projet pilote respecte le droit de l’Union européenne et prévoit qu’il ne durera que jusqu’à l’entrée en vigueur du nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile, en juin 2026.

ROME

Giorgia Meloni étend les allègements fiscaux au centre de l’Italie avant les élections régionales. À l’approche d’élections régionales clés, Giorgia Meloni a annoncé des avantages fiscaux pour deux régions du centre de l’Italie, les Marches et l’Ombrie. Une décision perçue par certains comme une tentative d’influencer le scrutin en renforçant l’attractivité de son parti dans ces territoires. Par Sara Bertolli pour Euractiv Italie.

MADRID

Le Partido Popular demande des réponses concernant un accord du gouvernement avec Huawei. Le Partido Popular (PP) a exigé des réponses concernant les contrats de plusieurs millions d’euros attribués par le gouvernement de gauche au géant technologique chinois Huawai pour le stockage d’enregistrements judiciaires, appelant les principaux ministres derrière cette décision à témoigner devant le Congrès après l’été.

Juan Bravo, poids lourd du PP, a accusé le gouvernement d’ignorer les avertissements de l’UE et des États-Unis concernant les risques liés au choix de Huawei pour ce contrat.

KIEV-VARSOVIE-LA  HAYE

Kiev demande 120 millions d’euros à la Pologne. Lors d’une visite officielle à Varsovie, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, a annoncé que Kiev avait demandé un prêt de 120 millions d’euros à la Pologne pour acheter du matériel militaire de fabrication polonaise, notamment des lance-missiles Piorun et des obusiers automoteurs Krab.

En parallèle, les Pays-Bas ont annoncé la livraison d’un premier paquet d’armes américaines (notamment des missiles Patriot) à l’Ukraine, d’une valeur de 500 millions d’euros, dans le cadre d’une nouvelle initiative de l’OTAN appelée PURL (Prioritised Ukraine Requirements List). L’accord prévoit que les pays européens fournissent des armes issues de leurs stocks, que les États-Unis s’engagent à reconstituer rapidement.

Une initiative saluée par le secrétaire général de l’Alliance, Mark Rutte, qui devrait être suivi par d’autres livraisons, notamment de l’Allemagne, et potentiellement d’autres pays comme la Finlande, le Danemark, la Suède, la Norvège, le Royaume-Uni et le Canada.

KIEV-MADRID

Le géant ukrainien du poulet MHP rachète un grand producteur espagnol de volaille et de porc. MHP a annoncé lundi 4 août avoir conclu un accord pour acquérir 92 % des parts d’Uvesa, l’un des principaux producteurs espagnols de volaille et de porc, consolidant ainsi son contrôle sur le marché européen du poulet. Un article de Sofia Sanchez Manzanaro.


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Basé sur la version en anglais The Capitals, par Eddy Wax.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]