Les Capitales : L’Europe perd patience avec Israël
Aujourd’hui dans Les Capitales : Israël perd ses soutiens en Europe, l’accord commercial UE-États-Unis critiqué, un contrat entre Madrid et Huawei sur le stockage de données inquiète Bruxelles et Washington, et des affiches politiques controversées retirées à Rome.
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À LA UNE
Pendant plus de deux ans, la plupart des États membres de l’UE ont soutenu Israël dans sa guerre contre le Hamas, alors même que le nombre de victimes civiles grimpait en flèche à Gaza. Aujourd’hui, alors que les images de famine et de dévastation font le tour du monde, les capitales européennes perdent patience, et le gouvernement de Benyamin Netanyahou perd peu à peu ses alliés.
Lundi 28 juillet, les commissaires européens ont soutenu une proposition visant à exclure les entreprises israéliennes d’une partie du programme de recherche et d’innovation Horizon Europe, en particulier les volets liés à la défense et aux technologies à double usage, y compris les start-ups militaires. Si elle est adoptée par les États membres, ce sera la première mesure de rétorsion officielle de l’UE contre Israël depuis le début de la guerre.
Cette après-midi, les ambassadeurs des États membres discutent de la proposition, qui doit encore être approuvée à la majorité qualifiée, soit 55 % des États membres représentant les deux tiers de la population de l’UE.
Le ministère israélien des Affaires étrangères a promis de lutter contre cette mesure, affirmant qu’elle « ne servira qu’à renforcer le Hamas ». Cependant, Tel-Aviv dispose de moins en moins de soutien à Bruxelles, certains de ses plus proches alliés en Europe étant en train de changer de camp.
Aux Pays-Bas, par exemple, le Premier ministre, Dick Schoof, a déclaré que son pays soutiendrait la proposition de la Commission si Israël était reconnu coupable d’avoir enfreint les règles du programme de recherche.
Le revirement à Bruxelles a été rapide. Il y a deux semaines encore, la Commission européenne promouvait l’accord sur l’aide humanitaire pour Gaza conclu avec Israël, et les États membres ne s’étaient ralliés à aucune des options de sanctions proposées par la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas.
Lundi, la commissaire européenne Dubravka Šuica a reconnu que l’accord d’aide humanitaire n’avait été « que partiellement mis en œuvre », imputant l’échec à des conditions de distribution dangereuses.
L’UE attend désormais « qu’Israël coopère pour garantir la livraison de l’aide humanitaire », a-t-elle ajouté.
Même l’Allemagne, l’allié le plus fidèle d’Israël en Europe, durcit sa position. Cette semaine, le chancelier Friedrich Merz n’a pas exclu de suspendre l’accord commercial entre l’UE et Israël à l’issue d’une réunion du cabinet de sécurité consacrée à la situation à Gaza. Il a également confirmé que les ministres des Affaires étrangères allemand, français et britannique envisagaient un voyage conjoint en Israël.
Au-delà de l’Europe, la tension monte également.
Le président américain Donald Trump, qui, jusqu’ici, ne s’était pas beaucoup prononcé sur la situation humanitaire à Gaza, a déclaré lundi voir des signes d’une « vraie famine », et a promis davantage d’aide.
En parallèle, la France et l’Arabie saoudite co-organisent une conférence à l’ONU, à New York, visant à donner un élan politique à la « solution à deux États » à laquelle Israël s’oppose fermement. Dix États membres de l’UE reconnaissent déjà l’État palestinien — l’Espagne, l’Irlande et la Slovénie l’ayant fait après le début de la guerre. La France a récemment annoncé qu’elle ferait de même en septembre, adressant une réprimande cinglante à Israël, même si celle-ci n’a guère de poids dans la pratique.
Le département d’État américain a rejeté cette conférence, la qualifiant de « coup médiatique qui ne fera que renforcer le Hamas ». Israël n’y participera pas non plus.
Avant la réunion, le président palestinien Mahmoud Abbas a indiqué que les premières élections depuis 2006 se tiendraient l’année prochaine et a appelé le Hamas à se désarmer, déclarant que le futur État palestinien serait démilitarisé.
Au Parlement européen, l’attention se tourne vers la Cisjordanie. Après l’adoption par la Knesset israélienne d’une résolution non contraignante soutenant l’annexion, 58 députés européens ont envoyé une lettre aux dirigeants de l’UE pour les exhorter à prendre des « mesures significatives » en réponse.
INSTITUTIONS EUROPÉENNES
Un accord commercial UE-États-Unis qui passe mal. Peu de personnes en Europe se réjouissent de l’accord conclu dimanche 27 juillet entre l’UE et les États-Unis.
Le Premier ministre français François Bayrou évoque un « jour sombre » et estime que l’Europe « se résout à la soumission », tandis que l’Espagnol Pedro Sánchez déclare soutenir l’accord « sans aucun enthousiasme ». Le chancelier allemand Friedrich Merz a quant à lui mis en garde contre les dommages considérables que ce deal pourrait causer à l’économie allemande.
Le commissaire européen au Commerce Maroš Šefčovič, qui s’était rendu dix fois à Washington pour négocier l’accord, a laissé entendre que d’autres considérations — pas seulement commerciales — avaient été prises en compte dans le cadre de cet accord. Il s’agissait notamment du maintien des États-Unis dans le camp pro-Ukraine. Et dès le lendemain de la signature de l’accord, Donald Trump a déclaré que la Russie n’avait plus que « 10 ou 12 jours » pour mettre fin à la guerre.
Dans une interview accordée à l’équipe des Capitales, l’ancienne commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, a déclaré que Bruxelles avait commis une « erreur » en ne ripostant pas lors des précédentes négociations commerciales, en particulier lorsque Donald Trump avait imposé des droits de douane sur l’acier et l’aluminium européens. « Elle n’aurait pas dû retirer les droits de douane de rétorsion du 5 avril », a-t-elle estimé.
Cecilia Malmström a fait valoir que l’UE n’avait pas tiré les leçons du premier mandat de Donald Trump, lorsqu’elle-même et l’ancien président de la Commission, Jean-Claude Juncker, avaient conclu un mini-accord pour apaiser les tensions.
« Nous aurions dû tirer les leçons de la personnalité du président Trump : il respecte la force, il méprise la faiblesse, et nous aurions dû nous montrer plus fermes dès le début. »
Elle a toutefois reconnu que la Commission subissait de fortes pressions de la part d’industries clés en Allemagne et en Italie pour éviter une guerre commerciale totale.
Bernd Lange, l’eurodéputé qui préside la commission du Commerce international (INTA) au Parlement européen, n’a pas mâché ses mots. Il a qualifié l’accord d’« asymétrie gravée dans le marbre » et a insisté pour que les législateurs ait leur mot à dire sur cet accord. D’autres eurodéputés, travaillant notamment sur les questions pharmaceutiques, se sont fait l’écho de cet appel. Pour l’instant, les détails du deal conclu dimanche ne sont pas connus.
L’exonération de droits de douane sur les produits pharmaceutiques reste en place pour l’instant, mais une enquête américaine sur la dépendance vis-à-vis des importations de médicaments en provenance de l’UE pourrait changer le statu quo. Parallèlement à cela, Bruxelles a accepté de faciliter l’accès de certains produits agricoles américains tels que les noix, le soja et la viande de bison, et de prolonger l’accord sur le homard. Toutefois, les exportations agroalimentaires de l’UE restent soumises à la barrière tarifaire de 15 % imposée par Donald Trump.
Découvrez les implications de l’accord pour les secteurs de l’énergie, la défense ou encore des technologies dans cet article.
Pharma : Ursula von der Leyen critiquée par sa famille politique pour s’être engagée à investir aux États-Unis. Des eurodéputés de tous bords accusent la présidente de la Commission d’avoir cédé aux intérêts américains et d’avoir outrepassé son mandat dans le cadre de l’accord commercial récemment conclu avec Donald Trump, notamment dans le domaine pharmaceutique. Thomas Mangin nous en dit plus.
La Chine condamne des députés européens pour un voyage à Taïwan. Pékin a condamné la visite effectuée la semaine dernière à Taïwan par un groupe de députés européens, y voyant une « violation grave du principe d’une seule Chine » et dénonçant une « ingérence flagrante dans les affaires intérieures de la Chine ». Ce voyage, mené par la Française Nathalie Loiseau (Renew), prévoyait des réunions avec des responsables taïwanais et des dirigeants de la société civile, et se tenait en parallèle du sommet UE-Chine.
« La Chine s’oppose fermement à toute forme d’interaction officielle entre le Parlement européen et les autorités taïwanaises », a fait savoir un porte-parole de la mission chinoise auprès de l’UE.
« Nous exhortons le Parlement européen, en tant qu’institution centrale de l’UE, à honorer les engagements politiques de l’UE envers la Chine et à corriger immédiatement ses erreurs. »
Pékin cherche à dissuader les autres pays de reconnaître Taïwan comme un État indépendant, par le biais de menaces et de coercition. Alors qu’elle considère l’île comme une province rebelle, Taïwan fonctionne comme une démocratie autonome.
LES CAPITALES
MADRID
En Espagne, un accord avec Huawei sur le stockage de données inquiète l’UE et les États-Unis. Le gouvernement espagnol reste silencieux face aux critiques sur un contrat controversé conclu avec Huawei pour le stockage de données. Bruxelles et Washington ont exprimé leurs inquiétudes, évoquant des risques sécuritaires en raison des liens entre Huawei et le régime chinois. Elisa Braun, Inés Fernández-Pontes et Théophane Hartmann.
BERLIN
Déficit budgétaire de 172 milliards en Allemagne pour la période 2027-2029. L’Allemagne devrait faire face à un déficit budgétaire de 172 milliards d’euros sur la période 2027-2029, selon des informations publiées par les médias allemands citant des sources gouvernementales.
Ce déficit s’est creusé d’environ 28 milliards d’euros ces dernières semaines, en raison de la hausse des paiements d’intérêts, de la stagnation économique et des compromis internes sur des plans d’allègements fiscaux coûteux.
Le gouvernement devrait adopter mercredi 30 juillet le projet de budget pour 2026.
ROME
Des affiches politiques controversées retirées à Rome. La municipalité de Rome a fait retirer une série de panneaux générés par l’IA affichés par le parti de Matteo Salvini, la Lega, dans la ville.
Ces derniers faisaient la promotion d’un projet de loi controversé sur la sécurité, invoquant des stéréotypes ethniques et des violations des normes publicitaires.
Les affiches représentaient des migrants, des Roms et des jeunes avec des dreadlocks.
La Lega a fustigé la « censure communiste » qui a conduit à cette décision.
VARSOVIE
Un nouveau sondage CBOS montre que 68 % des Polonais savaient que leur pays assurait la présidence du Conseil de l’UE au premier semestre 2025. Toutefois, seuls 28 % estimaient qu’elle avait donné des résultats.
Si les opinions variaient selon les tendances politiques, le soutien à l’adhésion à l’UE restait fort, 81 % des personnes interrogées approuvant la place de la Pologne dans l’Union malgré les doutes quant à son influence lorsque le pays était à la tête du Conseil.
CHIȘINĂU
Un eurodéputé expulsé de Moldavie. La Moldavie a expulsé l’eurodéputé tchèque Ondřej Dostál (non affilié au Parlement européen) pour des raisons de sécurité alors que celui-ci devait s’exprimer lors d’une conférence organisée par l’opposition pro-russe du pays.
L’eurodéputé a critiqué cette décision, qu’il juge motivée par des considérations politiques.
Les autorités ont également empêché d’autres personnalités d’extrême droite d’entrer dans le pays, invoquant leurs liens avec le réseau criminel de l’oligarque fugitif Ilan Shor et les tentatives présumées de déstabilisation émanant de Russie.
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Basé sur la version en anglais The Capitals, par Eddy Wax et Nicoletta Ionta.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]