Les candidats pour reprendre le poste de Médiateur européen auditionnés par le Parlement

Six candidats espérant devenir le prochain Médiateur européen, gardien de la transparence et de l’éthique au sein de l’UE, sont auditionnés par la commission des Pétitions du Parlement européen ce mardi 3 décembre.

EURACTIV.com
Ombudsman candidates
Les six candidats, de gauche à droite : Emilio De Capitani, Claudia Mahler, Marino Fardelli, Teresa Anjinho, Reinier Van Zutphen, Julia Laffranque. [Illustration par Esther Snippe pour Euractiv. Crédit photo : Union européenne, Wikipedia Commons, Marino Fardelli, Emilio De Capitani.]

Six candidats espérant devenir le prochain Médiateur européen, gardien de la transparence et de l’éthique au sein de l’Union européenne (UE), sont auditionnés par la commission des Pétitions (PETI) du Parlement européen à Bruxelles mardi 3 décembre.

Après dix ans, l’actuelle Médiatrice, Emily O’Reilly, quitte ses fonctions. Le Parlement élira son remplaçant ou sa remplaçante lors de sa prochaine séance plénière à Strasbourg, le 17 décembre.

Le rôle du Médiateur européen est d’enquêter sur les cas de mauvaise administration dans les actions des institutions, organes et organismes de l’UE. Le Médiateur européen dispose de peu de pouvoirs officiels, mais il se doit de compenser cette limite par une influence notable fondée sur son pouvoir de persuasion.

Trois des candidats pour exercer cette fonction — Reinier van Zutphen, Marino Fardelli et Teresa Anjinho — ont déjà occupé des fonctions de médiateur dans leurs pays respectifs.

Reinier van Zutphen est médiateur des Pays-Bas. Marino Fardelli est médiateur de la région italienne du Latium et médiateur de facto de l’Italie, puisqu’il est responsable de la coordination de tous les médiateurs régionaux du pays. Teresa Anjinho est l’ancienne médiatrice du Portugal, ainsi qu’une ancienne membre du parlement national.

Les trois autres candidats en lice sont Claudia Mahler, universitaire austro-allemande et spécialiste des droits humains qui travaille actuellement pour l’Institut allemand des droits humains ; Emilio De Capitani, fonctionnaire du Parlement européen à la retraite et professeur d’Université ; et Julia Laffranque, juge estonienne.

Les candidats seront auditionnés individuellement par le Parlement européen au cours de la journée de mardi.

Priorités des candidats

Lors d’entretiens avec Euractiv, les candidats ont tous insisté sur les deux mêmes points fondamentaux : la nécessité de rendre le processus décisionnel de l’UE plus transparent et de sensibiliser les citoyens européens au rôle du Médiateur. Pour Claudia Mahler, la transparence constitue le plus grand défi « parce que tout le monde veut protéger sa propre niche ».

Mais sans pouvoir coercitif significatif, les candidats devront s’appuyer sur leurs compétences en matière de communication et de persuasion pour cela. Ils devront démontrer ces aptitudes lors de leurs auditions au Parlement, preuve de leur efficacité à remplir le rôle de Médiateur.

« Il faut savoir parler », et il faut également « savoir à qui parler », explique Teresa Ajinho.

De son côté, Marino Fardelli plaide pour un renforcement du rôle du Médiateur inspiré du modèle italien, où il dispose du pouvoir de désigner un enquêteur pour examiner les réponses insuffisantes des institutions, notamment sur les questions budgétaires.

« La Commission [européenne] devrait être plus réceptive à ce que dit le Médiateur », explique-t-il, affirmant que le système actuel — où l’exécutif de l’UE a 90 jours pour répondre aux demandes du médiateur — devrait être remplacé par un dialogue bien plus précoce.

Il pense également que le Médiateur devrait avoir un plus grand droit d’initiative, plutôt que d’attendre d’agir sur la plainte d’un citoyen.

Pour l’instant, le règlement relatif à la fonction de Médiateur précise qu’il est « souhaitable de permettre au Médiateur de procéder à des enquêtes de sa propre initiative chaque fois qu’il l’estime justifié, notamment dans les cas répétés, systémiques ou particulièrement graves de mauvaise administration, sans préjudice de sa fonction principale, qui est de traiter les plaintes ».

Claudia Mahler, experte des Nations unies sur les droits des personnes âgées, souhaite pour sa part toucher davantage de personnes vulnérables, telles que les personnes handicapées, parce qu’elles font peu appel aux services du Médiateur européen à l’heure actuelle.

Quant à Reinier van Zutphen, il se dit préoccupé par la discrimination, en particulier par l’antisémitisme, à la suite des émeutes antisémites qui ont eu lieu à Amsterdam le mois dernier. Dans la communauté juive de la ville néerlandaise, « je vois à quel point la situation est grave et quelles mesures doivent être prises pour assurer leur sécurité et celle de leurs enfants à l’école et lorsqu’ils vont à la synagogue », explique-t-il. « Leur mode de vie est menacé. »

Vote au Parlement

Chaque candidat doit obtenir le soutien d’au moins 39 membres du Parlement européen pour pouvoir figurer sur le bulletin de vote des eurodéputés le 17 décembre.

Le Médiateur est censé être indépendant sur le plan politique, et la plupart des candidats ont réussi à obtenir une répartition assez homogène des signatures pour être nominés de la part de tous les groupes politiques du Parlement européen.

Les exceptions les plus évidentes sur ce point sont les deux candidats italiens : Marino Fardelli et Emilio De Capitani.

La plupart des signatures de Marino Fardelli proviennent du groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), qui est le groupe le mieux représenté en Italie par l’intermédiaire du parti Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni. Le candidat italien a reçu 34 signatures des CRE, huit des Socialistes & Démocrates (S&D) — qui disposent également d’une très importante délégation italienne — quatre du groupe de La Gauche (GUE/NGL), et une du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, une des Verts ainsi qu’une du groupe nationaliste des Patriotes pour l’Europe.

Emilio De Capitani, en revanche, bénéficie d’un soutien massif de la gauche : 19 voix du S&D, quatre des Verts et une du groupe libéral Renew Europe.

Dans un entretien avec Euractiv, le candidat italien, âgé de 78 ans, a expliqué qu’il n’avait pas fait de campagne intense et qu’il avait trouvé une grande partie de ses signatures à la dernière minute avec l’aide d’un législateur S&D. « Je ne fais pas campagne », a affirmé Emilio de Capitani, arguant que sa longue carrière devrait parler d’elle-même.

Nicoletta Ionta a contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]