Les candidats à l’élection présidentielle polonaise débattent d'une potentielle restriction de X dans l’UE

Les candidats à l’élection présidentielle polonaise sont divisés sur le fait de limiter le réseau social X d’Elon Musk dans l’Union européenne (UE).

EURACTIV Pologne
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Elon Musk's repost of a call for UK general elections is seen in this illustration photo taken in Warsaw, Poland on 26 November, 2024. (Photo by Jaap Arriens/NurPhoto via Getty Images) [[Jaap Arriens/NurPhoto via Getty Image]

VARSOVIE – Les candidats à l’élection présidentielle polonaise sont divisés sur le fait de limiter le réseau social X d’Elon Musk dans l’Union européenne (UE).

Même si le milliardaire et propriétaire de X n’a pas évoqué la Pologne dans ses récents commentaires, ses remarques ont trouvé un écho chez les responsables politiques polonais.

Dans une interview accordée à la chaîne privée Radio ZET, Magdalena Biejat (la Gauche, Socialistes et Démocrates européens) a déclaré qu’elle était favorable à ce que la Pologne envisage une fermeture temporaire de X. Elle a ajouté qu’elle avait déjà discuté de la question avec les autorités polonaises.

Elle a indiqué qu’elle avait également discuté de la question avec le ministre du Numérique, Krzysztof Gawkowski, du même bord politique que le sien.

Dans une autre interview, Magdalena Biejat a déclaré à RMF FM que la Pologne « devrait entamer des discussions au sein de l’Union européenne sur la restriction de l’accès à X en Europe ».

« Nous devrions montrer très clairement à Elon Musk que l’Europe n’est pas sa colonie », a réagi la candidate à la présidence de la Gauche, l’un des petits partis de coalition du gouvernement de Donald Tusk (Plateforme civique, Parti populaire européen).

Son rival dans la course à la présidence polonaise, Karol Nawrocki — le candidat du parti d’extrême droite Droit et Justice (PiS, Conservateurs et Réformistes européens) — a quant à lui rejeté cette idée.

Il a publié une déclaration vidéo en ligne accusant le gouvernement d’essayer d’imposer la censure sur les réseaux sociaux, citant les propos de Magdalena Biejat comme preuve.

Le DSA n’est pas synonyme de censure

Contrairement à la rhétorique de l’extrême droite, le règlement sur les services numériques (DSA), qui traite de la question de l’ingérence électorale dans l’UE, n’impose pas de censure aux réseaux sociaux et n’interdit pas à leurs propriétaires d’approuver un parti politique ou un autre.

Cette position a été clairement exprimée lorsque la Commission a déclaré que la récente discussion entre Elon Musk et Alice Weidel, codirigeante du parti allemand d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD, Europe des nations souveraines), n’était pas illégale au regard de la législation de l’UE.

En revanche, le DSA interdit de modifier les algorithmes afin d’amplifier les contenus qui favorisent un parti ou une option politique en particulier.

Le règlement européen exige également que les plateformes évaluent le risque que les élections soient influencées par leur intermédiaire, principalement par des campagnes de désinformation, et qu’elles prennent des mesures pour réduire ce risque au minimum.

La Commission peut imposer une amende pouvant aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires annuel global de la plateforme en cas d’infraction au DSA.

Une telle décision peut également déclencher une période de surveillance prolongée afin d’assurer le respect des mesures prises par le fournisseur pour remédier à l’infraction.

La Commission peut également imposer des astreintes pouvant aller jusqu’à 5 % du chiffre d’affaires journalier moyen mondial pour chaque jour de retard dans le respect des mesures correctives, des mesures provisoires ou des engagements.

La Commission ne peut demander la suspension temporaire du service que si l’infraction persiste, cause un préjudice grave aux utilisateurs et implique des infractions pénales qui menacent la vie ou la sécurité des personnes.

L’Allemagne et la Pologne envisagent des mesures supplémentaires

Alors que l’Allemagne a fait l’objet de l’attention d’Elon Musk ces dernières semaines, le débat porte, outre-Rhin, sur la question de savoir si le DSA est suffisant pour protéger le processus électoral. L’Allemagne prend la question « très au sérieux » et est « toujours en mesure d’agir de manière décisive et d’adapter les réglementations existantes » si elles sont jugées inadéquates, selon les mots du ministre allemand du Numérique, Volker Wissing.

« Nous ne nous permettrons pas de remettre en cause notre démocratie », a déclaré le ministre à Euractiv, ajoutant qu’il faisait confiance à la Commission pour enquêter rigoureusement sur la question.

Bien que la Pologne ait reçu moins d’attention de la part d’Elon Musk, le pays envisage également des mesures supplémentaires.

Jasper Steinlein a contribué à la rédaction de cet article.