Les Brics offrent leur aide à la zone euro, mais sous conditions
Les principales nations émergentes ont déclaré hier (22 septembre) qu'elles pourraient envisager de prêter de l'argent au Fonds monétaire international ou à d'autres organismes financiers mondiaux pour les aider à combattre la crise financière. Elles pourraient toutefois demander plus de pouvoir de vote au FMI en contrepartie.
Les principales nations émergentes ont déclaré hier (22 septembre) qu'elles pourraient envisager de prêter de l'argent au Fonds monétaire international ou à d'autres organismes financiers mondiaux pour les aider à combattre la crise financière. Elles pourraient toutefois demander plus de pouvoir de vote au FMI en contrepartie.
L'engagement des pays du Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) n'a pas vraiment répondu aux attentes des pays européens surendettés en termes de soutien direct.
Les ministres des finances de ces pays, lors d'une réunion en marge d'une session du FMI à Washington, ont appelé les nations du G20 à agir résolument et rapidement pour résoudre la crise de la dette dans la zone euro, de la même façon qu'ils ont combattu la crise financière mondiale en 2008.
Le G20, qui regroupe des économies émergentes et développées, est le forum idéal pour mener ces discussions et devrait être renforcé, ont affirmé les ministres.
Cet appel fait écho aux inquiétudes des principales économies émergentes quant à l'escalade de la crise économique dans les pays développés.
Il souligne également un transfert important de richesses entre ces deux groupes de nations, dans la mesure où ce sont les pays en développement qui proposent aujourd'hui leur aide pour dans la lutte contre la crise sévissant dans les grandes puissances traditionnelles.
Une absence d'action pourrait déboucher sur une nouvelle crise financière, qui pourrait entraîner les économies émergentes dans son sillage, a prévenu le ministre brésilien des finances, Guido Mantega.
« Il y a un risque que la crise de la dette souveraine de certains pays devienne une nouvelle crise financière », a déclaré M. Mantega aux journalistes lors d'une conférence de presse avec les autres ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales des Brics.
« Nous avons calmé la crise de 2008 par des actions rapides et coordonnées au sein du G20. Nous devons faire la même chose maintenant ».
Un soutien direct exclu
Il reste à savoir de quelle manière les Brics fourniront ces fonds aux institutions multilatérales et quelles sommes ils prévoient de prêter. Ce mois-ci, des sources du gouvernement brésilien on affirmé que M. Mantega proposerait au groupe de mettre des milliards de dollars à la disposition du FMI.
Dans un communiqué diffusé après la réunion, les ministres ont expliqué que ce soutien financier dépendrait des circonstances propres à chaque pays.
« Nous avons beaucoup de demandes de fonds dans nos pays pour la réduction de la pauvreté, donc il sera très, très difficile de trouver un équilibre entre le fait de prêter de l'argent à une institution multilatérale pour restaurer la stabilité mondiale et l'atteinte de nos objectifs au niveau national », a déclaré le gouverneur de la banque centrale indienne, Duvvuri Subbarao.
L'idée d'une aide directe aux pays européens en crise, une autre proposition formulée par les Brésiliens ces derniers jours, n'a pas été abordée lors de la réunion, aurait affirmé le ministre sud-africain des finances, Pravin Gordhan.
Ce type d'aide, selon des sources brésiliennes, pourrait être apporté via l'achat d'obligations émises conjointement par les membres de la zone euro, les fameuses euro-obligations.
La Russie a toutefois rejeté cette éventualité.
« C'est impossible, j'en suis tout à fait convaincu », s'est exclamé le vice-ministre russe des finances, Sergeï Storchak.
« Nos procédures nationales ne nous permettent pas de faire cela. Nous ne disposons pas de mécanisme [à cette fin], ni en Russie, ni en Chine, ni en Inde. Nous prenons tous nos décisions de manière différente, nous ne pouvons pas mettre notre argent en commun ».
Plus de pouvoir de vote
Toute contribution financière au FMI se ferait sans doute sous condition. Les Brics saisiraient sûrement cette opportunité pour accroître leur pouvoir de vote au sein de cette institution. La prochaine révision des quotas de chaque pays est prévue pour janvier 2014.
« Nous nous inquiétons de la lenteur des réformes au FMI en matière de quotas et de gouvernance », ont déclaré les Brics dans le même communiqué que celui dans lequel ils offrent leur aide. « Il est nécessaire d'accroître la légitimité et l'efficacité du Fonds ».
Environ 80 % des crédits alloués par le FMI à ses membres ont été destinés aux pays européens. Parmi les programmes en cours, la Grèce, l'Irlande et le Portugal représentent deux tiers des programmes non préventifs du FMI, et cette proportion ne prend pas en compte la contribution prévue du Fonds au second renflouement de la Grèce.
Une modification de l'attribution des pouvoirs de vote pourrait avoir un impact décisif sur l'attribution des fonds alloués.
Les Brics ont également demandé aux pays développés d'adopter des politiques « responsables » qui ne génèrent pas des quantités excessives de liquidités, une revendication chère aux pays comme le Brésil qui a souffert de l'afflux de dollars depuis que les Etats-Unis ont entamé leur assouplissement monétaire agressif.
En échange, les Brics ont promis de faire ce qui serait nécessaire pour assurer la croissance économique, maintenir la stabilité financière et contenir l'inflation.
EURACTIV avec Reuters – Article EURACTIV traduit de l'anglais par Amandine Gillet