Les banques et les marchés opposés à une taxe sur les transactions financières

Les banques opérant dans l’Union européenne ont rejeté les propositions franco-allemandes pour une taxe sur les transactions financières, affirmant qu'une telle taxe ne stabiliserait pas les marchés et pourrait même les fausser.

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Les banques opérant dans l’Union européenne ont rejeté les propositions franco-allemandes pour une taxe sur les transactions financières, affirmant qu'une telle taxe ne stabiliserait pas les marchés et pourrait même les fausser.

L'Association for Financial Markets in Europe (AFME), qui représente les grandes banques, a également déclaré hier (17 août) qu'une telle taxe ne ferait qu'augmenter les coûts pour de nombreux secteurs en Europe et entraverait la croissance.

Les actions en bourse ont baissé après que le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont dévoilé leur projet mardi de taxer les transactions financières.

Les deux dirigeants, pressés de restaurer la confiance dans la zone euro après un effondrement des marchés, n'ont pas donné de détails sur l'application de cette taxe. L’Autriche,  l'Espagne et l'Italie se sont toutefois d’ores et déjà exprimées en faveur de cette idée.

Le ministre irlandais des finances, Michael Noonan, a quant à lui affirmé que toute nouvelle taxe devrait s'appliquer aux 27 membres de l'UE et non pas seulement aux 17 pays membres de la zone euro.

Il faudrait l'accord de la Grande Bretagne, le plus grand centre financier d'Europe, qui est opposé à une action unilatérale de l'UE en ce sens.

La British Bankers' Association, un groupe de pression, a déclaré : « Le Royaume-Uni estime qu'une telle taxe ne serait viable que si elle était appliquée à l'échelle mondiale. Dans le cas contraire, la conséquence serait une distorsion des marchés mondiaux ».

L'Adam Smith Institute de Londres a argué que l'Allemagne et la France devraient abandonner leurs propositions « économiquement ignares » d’une taxe de ce genre, étant donné que de nombreuses études universitaires laissent entendre qu'elle mènerait à davantage de mouvements imprévisibles sur les marchés, à une chute des prix des actions et à une faible liquidité.

L'association allemande des banques coopératives a affirmé qu'aucune taxe ne pourrait ramener la stabilité sur les marchés si elle n'était appliquée que dans la zone euro. « Concernant tous les efforts légitimes visant à stabiliser les marchés financiers, nous pensons qu'une taxe sur les transactions financières limitée à la zone euro ne sera pas efficace », a-t-elle déclaré.

Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, avait précédemment argué qu'à moins que cette taxe ne soit introduite à l'échelle mondiale, cela ne fonctionnerait pas.

Les partisans de cette taxe affirment qu'elle rendrait les marchés plus stables en empêchant la spéculation à court terme, et procurerait une meilleure protection aux pays contre la pression des taux d'intérêt. D'autres soutiennent qu'elle permettrait de fournir aux gouvernements l'argent dont ils ont grandement besoin pour des domaines tels que la santé et l'éducation.

La bourse allemande, la Deutsche Börse, qui avait perdu 6 % à 12 h 50 GMT, a déclaré : « Cette taxe encouragerait les opérateurs à faire leurs transactions dans d'autres juridictions où elle ne s'applique pas », ajoutant qu'il s'agirait d'un cadeau fait aux places financières non réglementées.

Une bourse concurrente, celle de Londres, a perdu 4,7 % après que les actions ont perdu 8 % mardi à la NYSE Euronext.

La LSE et la NYSE Euronext ont refusé de commenter la situation.

Une rêve vieux de 40 ans ?

Une taxe sur les transactions, ou taxe Tobin, d'après le nom de l'économiste James Tobin qui a lancé cette idée pour la première fois dans les années 1970, est un rêve que nourrissent certains dirigeants depuis 40 ans. Les appels pour l'utilisation d'une telle taxe sont de plus en plus fréquents depuis le début de la crise financière il y a quatre ans, qui a forcé les contribuables à renflouer les banques.

Toutefois, le G20 n'est pas parvenu à trouver un accord à cause de l'opposition des Etats-Unis et plusieurs pays, comme la Grande-Bretagne, ont plutôt opté pour l'introduction d'un impôt sur les bilans des banques.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré en juin qu'une proposition législative relative à une taxe sur les transactions financières serait présentée après l'été afin de contribuer aux dépenses annuelles de l'UE.

Des représentants de l'UE ont affirmé que cette taxe serait faible afin d'éviter la fuite des investisseurs. Elle serait par exemple de 0,01 % pour les transactions sur les produits dérivés et de 0,1 % pour les obligations.

Le parti de Mme Merkel avait par le passé laissé entendre qu'une taxe sur les transactions pour certains, voire tous les pays de la zone euro, serait un point de départ.

« Nous ne pensons pas qu'une taxe sur les transactions financières, surtout sur les produits dérivés, sera introduite dans la zone euro étant donné qu'elle porterait atteinte au secteur financier de la région et à l'assiette fiscale sans apporter de réelle solution », a expliqué Christian Muschick, un analyste spécialisé dans les bourses pour Silvia Quandt Research.

EURACTIV avec Reuters – Article traduit de l'anglais par EURACTIV