Les Balkans occidentaux sont encore bien loin des critères d’adhésion à l’UE [FR]
Hier 5 novembre, le commissaire européen à l’Elargissement Olli Rehn a annoncé que la Serbie, le Monténégro, la Macédoine, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo étaient encore bien loin d’obtenir des perspectives tangibles d’adhésion à l’UE.
Hier 5 novembre, le commissaire européen à l’Elargissement Olli Rehn a annoncé que la Serbie, le Monténégro, la Macédoine, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo étaient encore bien loin d’obtenir des perspectives tangibles d’adhésion à l’UE.
Présentant au Parlement européen les rapports d’étape de la Commission européenne sur les pays candidats et les nouveaux entrants potentiels, M. Rehn a fait une distinction claire entre la Croatie et le reste des pays candidats des Balkans occidentaux.
Faisant allusion à Winston Churchill, qui a déclaré que les Balkans produisent plus d’histoire qu’ils ne peuvent en consommer, M. Rehn a indiqué que l’histoire n’a pas de fin pour les Balkans occidentaux.
Selon lui, il y a une différence, soulignant que la Croatie a réalisé de plus grands progrès que les autres. M. Rehn a ainsi répondu aux critiques émises par un certain nombre d’eurodéputés, qui considèrent que la Commission avait mis à l’écart la Macédoine, le Monténégro et la Serbie.
La Croatie est le seul pays des Balkans occidentaux pour qui une date provisoire pour la conclusion des négociations d’adhésion a été fixée : fin 2009.
Mais même la Croatie a la vie dure dans les négociations, la Slovénie ayant bloqué l’ouverture de quatre chapitres au sujet d’une dispute liée à la délimitation d’une frontière.
Les Balkans occidentaux se sont rapprochés de l’UE l’année dernière, a révélé la Commission, mais les progrès ont été inégaux selon les pays.
Essoufflement de l’élargissement
Malgré l’insistance de l’exécutif européen sur le fait que son appréciation est fondée sur des critères objectifs, les pays de la région sont de plus en plus conscients que l’élargissement n’est plus à la mode en Europe, en particulier dans le contexte actuel de la crise financière et de l’incertitude suite au rejet du traité de Lisbonne par l’Irlande.
Mardi, le président du Parlement européen Hans-Gert Poettering a déclaré qu’à l’exception de la Croatie, il n’y avait pas d’élargissement possible sans traité de Lisbonne. Cette déclaration contredit les positions fortes exprimées à plusieurs reprises par le président français Nicolas Sarkozy, qui exclut tout élargissement avant l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne (EURACTIV 20/06/08). En effet, le traité de Nice prévoit des arrangements institutionnels pour seulement 27 Etats membres, mais certains pays croient qu’il serait possible de trouver un compromis pour satisfaire la Croatie.
Points positifs et négatifs
Point positif, l’exécutif européen a exprimé sa satisfaction quant à la situation calme qui prévaut généralement dans la région suite à la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo. Par ailleurs, il a fait remarquer que le successeur régional du Pacte de stabilité pour l’Europe du Sud-Est – le Conseil de coopération régionale, dont le siège est situé à Sarajevo – était devenu opérationnel entre-temps.
Point négatif, la réforme et la réconciliation ne sont pas encore bien établies, et dans de nombreux pays, il s’agit encore d’améliorer la construction de l’Etat et la gouvernance. Selon les rapports, le compromis est encore insuffisant sur les questions interethniques, alors que la corruption et la criminalité organisée restent particulièrement préoccupantes.
Si la crise financière internationale a jusqu’ici eu un impact limité sur la région, la Commission estime que l’investissement étranger direct devrait baisser.
La Macédoine semble avoir fait un pas en arrière. Les violences relatives aux élections anticipées de juin dernier (EURACTIV 02/06/08) ont incité la Commission à faire pression sur le pays pour qu’il se conforme aux critères politiques de Copenhague pour l’adhésion à l’UE.
Mais M. Rehn a rejeté les accusations des eurodéputés qui estiment que si la Commission a durci le ton à l’égard de la Macédoine, c’est en raison de la dispute qui oppose le pays à la Grèce à propos de sa dénomination. Récemment, la Macédoine a laissé passer l’occasion de décrocher un compromis fondé sur une série de propositions du médiateur de l’ONU Matthew Nimetz. Le Premier ministre macédonien Nikola Gruevski, partisan de la ligne dure, a également agacé la Grèce en demandant de promouvoir les droits de la minorité macédonienne de Grèce (EURACTIV 17/07/08).
De son côté, la Bosnie-Herzégovine semble avoir régressé, principalement en raison du vocabulaire de plus en plus véhément et nationaliste de ses anciens ennemis avant les accords de paix de Dayton et à cause des profondes divergences sur la portée de la future réforme constitutionnelle. Dernièrement, la présidence française de l’UE a mis en avant cette impasse en des termes encore plus sévères (EURACTIV 23/10/08).
A propos de la Serbie, la Commission a indiqué que l’évolution de la situation dépendait de l’entière coopération du pays avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Le pays est également encouragé à adopter une approche constructive par rapport à la participation du Kosovo à la coopération régionale et à la mission européenne EULEX.
L’UE a en outre demandé à l’Albanie de s’assurer d’une préparation et d’une organisation adéquates des élections parlementaires 2009. Quant au Monténégro, l’UE lui a demandé d’intensifier sa réforme judiciaire.