Les avancées du Kazakhstan dans le domaine des terres rares incitent l'UE à agir plus rapidement et plus intelligemment

L'Europe peut encore rivaliser dans la course aux minéraux en Asie centrale, mais seulement si elle soutient ses promesses ESG par des actions rapides et stratégiques.

Euractiv's Advocacy Lab
[Getty Images: mikulas1]

Alors que la course aux matières premières critiques s’intensifie, le Kazakhstan consolide sa position d’acteur parmi les plus ambitieux d’Asie centrale, une région de plus en plus courtisée par les puissances mondiales qui cherchent à stabiliser leurs chaînes d’approvisionnement en minerais.

La Semaine européenne des matières premières de cette année a reflété cette évolution. Pour la première fois, Bruxelles a consacré une session entière à la coopération avec l’Asie centrale, signalant ainsi que l’Europe réévalue ses dépendances et se prépare à s’engager plus sérieusement auprès de partenaires riches en ressources.

Le Kazakhstan a profité de cette plateforme pour mettre en avant le potentiel de développement de son secteur des minéraux critiques et des terres rares. Les réunions en marge de l’événement avec des entreprises européennes ont souligné que l’UE considérait le Kazakhstan comme l’un de ses fournisseurs les plus fiables.

Accélération des capacités

Le timing coïncide avec la dynamique industrielle du Kazakhstan. Le gouvernement a identifié quatre domaines prioritaires pour les nouvelles entreprises de transformation : les matériaux pour batteries, les composants pour semi-conducteurs, les alliages résistants à la chaleur pour les moteurs à réaction et le recyclage des aimants permanents.

Au moins trois installations de transformation de haute technologie devraient voir le jour au cours des trois prochaines années, conformément à la directive du président Kassym-Jomart Tokayev visant à faire progresser le pays dans la chaîne de valeur.

Plusieurs projets sont déjà en cours. Les plans prévoient une production annuelle de 15 tonnes de gallium, l’expansion du sulfate de manganèse de haute pureté et l’augmentation de la production de graphite pour les composants de batteries. Les installations de Zhezkazgan et de l’usine métallurgique d’Ulba commenceront bientôt à produire des alliages de nickel résistants à la chaleur et à recycler des aimants permanents en coopération avec des partenaires de l’UE.

S’ils aboutissent, ces projets pourraient positionner le Kazakhstan comme une plaque tournante de la transformation intermédiaire, une capacité dont l’Europe a besoin pour atteindre les objectifs de sa loi sur les matières premières critiques (CRMA).

Les ambitions du Kazakhstan attirent les États-Unis

Les ambitions du Kazakhstan dépassent ses frontières. La société minière nationale Tau-Ken Samruk a lancé une exploration géologique pour trouver des métaux rares et des terres rares au Rwanda et en Afghanistan, propulsant ainsi le pays dans la concurrence mondiale en amont.

Cette poussée vers l’extérieur coïncide avec le regain d’intérêt des États-Unis pour la région. Les analystes affirment que « Trump 2.0 » a ramené l’Asie centrale dans le champ de vision stratégique de Washington, en grande partie à cause des minéraux critiques. L’US Geological Survey répertorie 54 minéraux essentiels à la sécurité nationale, dont les terres rares, dont la Chine domine toujours le traitement mondial.

Le rôle du Kazakhstan dans cette équation est important. Il dispose de réserves ou de capacités de production pour environ la moitié des minéraux figurant sur la liste américaine, est le deuxième producteur mondial de chrome, se classe 11e pour le cuivre et fournit environ 40 % des exportations mondiales d’uranium.

Les développements récents, notamment l’ouverture d’une usine de traitement du tungstène dans la région d’Almaty et les offres soutenues par les États-Unis pour les gisements de tungstène kazakhs, soulignent les efforts de Washington pour réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine en se tournant vers les fournisseurs d’Asie centrale.

Le défi de l’Europe

Pour l’Europe, cette concurrence croissante est à la fois une opportunité et un avertissement. L’UE a renforcé ses outils grâce au Global Gateway et au CRMA, mais les experts notent que Bruxelles avance toujours plus lentement que ses concurrents.

Un programme de financement de 12 milliards d’euros annoncé en début d’année reste en grande partie non attribué, ce qui soulève des questions quant à la capacité de traduire l’intention politique en dynamique industrielle.

Les analystes régionaux affirment que l’ESG est le seul avantage concurrentiel durable de l’UE en Asie centrale. Les entreprises chinoises gèrent déjà des dizaines de projets CRM dans la région et importent environ 70 % de sa production minière.

Pourtant, les investisseurs européens bénéficient d’une prime de réputation, car ils apportent des normes environnementales, sociales et de gouvernance applicables que d’autres entreprises considèrent souvent comme facultatives.

Cette prime, préviennent les analystes, ne persistera que si l’ESG devient la colonne vertébrale de l’engagement de l’UE. Cela signifie qu’il faut intégrer des plans de remise en état audités, des redevances transparentes, des consultations communautaires et des technologies de traitement modernes (usines économes en eau, systèmes de gestion des déchets en circuit fermé et fonderies alimentées par des énergies renouvelables) dans chaque euro de financement.

Prendre l’avantage

La même analyse identifie trois mesures que l’Europe doit prendre pour rester compétitive. Premièrement, assortir les capitaux de conditions ESG strictes afin que les investissements favorisent des normes environnementales et de gouvernance plus élevées plutôt que de simplement développer l’extraction.

Deuxièmement, donner la priorité aux co-investissements dans le traitement et le recyclage en aval, qui créent des emplois, transfèrent des technologies et conservent davantage de valeur dans la région.

Troisièmement, supprimer les obstacles à la circulation des talents en assouplissant les règles en matière de visas afin que les ingénieurs et métallurgistes kazakhs puissent participer aux réseaux de recherche européens.

Ces mesures permettraient de transformer les références de l’Europe en matière de durabilité, son expertise industrielle et ses partenariats en matière de capital humain en un avantage concurrentiel.

Les États d’Asie centrale agissent de plus en plus comme des puissances régionales capables d’équilibrer les offres concurrentes des acteurs mondiaux. Si l’Europe souhaite s’assurer des chaînes d’approvisionnement stables et fondées sur des règles avec des partenaires qui valorisent la transparence et le renforcement des capacités nationales, elle doit agir rapidement, et selon des conditions qui lui confèrent un véritable avantage.