Les agriculteurs polonais menacent de perturber la visite de Volodymyr Zelensky

Les producteurs de céréales polonais pourraient bloquer les rues de Varsovie lors de la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky si le gouvernement ne prend aucune mesure immédiate pour mettre fin à l’afflux de céréales ukrainiennes sur le marché polonais.

EURACTIV Pologne
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Les producteurs de céréales polonais accusent le ministre de l’Agriculture de ne pas avoir mis en œuvre l’accord qu’il a signé avec eux pour résoudre le problème auquel le secteur est confronté : l’inondation du marché polonais par les céréales ukrainiennes. [Orientaly/Shutterstock]

Les producteurs de céréales polonais pourraient bloquer les rues de Varsovie lors de la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky si le gouvernement ne prend aucune mesure immédiate pour mettre fin à l’afflux de céréales ukrainiennes sur le marché polonais.

M. Zelensky se rendra en Pologne mercredi (5 avril), a déclaré lundi matin à la radio RMF FM Marcin Przydacz, chef du bureau de la politique internationale au sein du cabinet du président polonais. Le prédisent ukrainien devrait rencontrer son homologue polonais Andrzej Duda et remercier le pays pour l’aide apportée à l’Ukraine par le gouvernement et la société polonaise depuis le premier jour de la guerre contre la Russie.

Entre-temps, les producteurs de céréales polonais accusent le ministre de l’Agriculture, Henryk Kowalczyk, de ne pas avoir mis en œuvre l’accord qu’il a signé avec eux pour résoudre le problème auquel le secteur est confronté : l’inondation du marché polonais par les céréales ukrainiennes.

« Varsovie devrait réfléchir à la question. Si le ministre veut [que nous] le gâtions ce mercredi à Varsovie, nous sommes prêts à le faire. Idem pour la visite du président ukrainien », a déclaré Marcin Sobczuk, chef de l’association locale des agriculteurs de Zamość, au média Interia.

« Nous avons beaucoup d’idées, mais il est trop tôt pour en parler », a-t-il déclaré à propos de la manière dont les agriculteurs forceront le ministre à prendre des mesures pour lutter contre les perturbations sur le marché des céréales.

L’année dernière, l’Union européenne a mis en place des « corridors de solidarité » pour faciliter les exportations de céréales depuis l’Ukraine, ravagée par la guerre, dont les ports étaient bloqués. D’importants flux de céréales ukrainiennes bon marché se sont donc déversés dans les pays d’Europe centrale, ce qui a eu une incidence sur les prix des céréales pour les agriculteurs locaux, notamment en Pologne, en Roumanie et en Bulgarie.

À l’issue d’une table ronde organisée la semaine dernière, le ministère de l’Agriculture et les représentants du mouvement des agriculteurs ont signé un accord commun énumérant plusieurs mesures pour mettre fin à l’afflux excessif des céréales ukrainiennes et indemniser les producteurs locaux pour les pertes subies.

« Nous pensions que le ministre nous prenait au sérieux, mais il n’en est rien », a déclaré M. Sobczuk, insistant sur le fait que M. Kowalczyk n’a mis en œuvre aucune des promesses qu’il avait faites aux agriculteurs. Il a ajouté que les importations de céréales en provenance d’Ukraine se sont non seulement poursuivies, mais ont même augmenté.

« Depuis la signature de l’accord, nous avons constaté un afflux accru de céréales ukrainiennes. Les entreprises importent avidement des céréales en Pologne. On dirait qu’elles stockent les céréales », a déclaré Michał Kołodziejczak, un militant agricole polonais de premier plan, lors d’un point de presse improvisé lundi.

Le Conseil de l’UE a récemment approuvé une mesure de soutien d’une valeur de 56,3 millions d’euros pour les agriculteurs bulgares, polonais et roumains touchés par l’inondation des marchés par les céréales ukrainiennes. Le ministère polonais de l’Agriculture a annoncé qu’il ajouterait des millions supplémentaires provenant du budget de l’État, ce qui portera la somme totale destinée à indemniser les producteurs pour leurs pertes à 280 millions de zlotys (59,6 millions d’euros).

Cependant, M. Kołodziejczak estime que la somme proposée « est une goutte d’eau dans l’océan, comparée aux pertes » causées par les flux de céréales ukrainiennes. « Ce que l’UE est en train de faire, c’est fuir le problème », a-t-il déclaré à EURACTIV Pologne.