Les agriculteurs bio défendent la « révolution verte » de la PAC

Dépassés par les grands groupes de pression du secteur de l'agriculture industrielle, les producteurs bio, soutenus par les organisations de protection de la nature, se sont soulevés pour défendre les propositions de la Commission européenne pour une politique agricole commune (PAC) plus verte.

EURACTIV.fr
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Dépassés par les grands groupes de pression du secteur de l'agriculture industrielle, les producteurs bio, soutenus par les organisations de protection de la nature, se sont soulevés pour défendre les propositions de la Commission européenne pour une politique agricole commune (PAC) plus verte.

Les grandes associations agricoles et certains ministres de l'agriculture ont critiqué les propositions de la Commission européenne pour une politique agricole plus verte, par crainte de nouveaux fardeaux administratifs et de rendements réduits alors que la demande alimentaire mondiale ne cesse d'augmenter.

Pour les agriculteurs bio, cependant, les modifications de la politique agricole commune proposées par la Commission représentent une avancée (même si elle reste modeste) vers des pratiques agricoles plus durables.

Le commissaire à l'agriculture, Dacian Ciolo?, a défendu des projets qui incluent notamment un système de rotation des cultures, de pâturages permanents, et la création d'espaces boisés ou de zones tampons. Ces propositions font partie de la modification du programme annuel de soutien agricole de 54 milliards d'euros qui représente près de 40 % des dépenses de l'UE.

L'ébauche de réglementation sur le « verdissement » qui entrerait en vigueur en 2014 reflète des pratiques déjà appliquées par les agriculteurs bio.

« Nous sommes entièrement satisfaits que ces pratiques soient très clairement reconnues », a déclaré Antje Kölling, coordinatrice des politiques pour la Fédération internationale des mouvements d'agriculture biologique (IFOAM).

Selon ces propositions, 30 % des paiements directs (le premier pilier de la PAC, qui représente 70 % de son budget) seraient utilisés pour la promotion de mesures de conservation. Jusqu'à présent, le second pilier soutenait les mesures écologiques et le développement rural.

Dacian Ciolo? défend son territoire

Depuis que les propositions de réforme de la PAC ont été dévoilées en octobre, M. Ciolo? reste sur la défensive face aux critiques selon lesquelles les mesures de verdissement ne feraient que créer plus de paperasserie et pourraient même porter atteinte à la production.

« L'un des objectifs majeurs de la réforme est de fournir les instruments nécessaires à la croissance, aussi bien en termes d'agriculture qu'en termes de durabilité », a déclaré M. Ciolo? la semaine dernière à Rome. « Si ce n'était pas le cas, la PAC pourrait difficilement être qualifiée de politique publique. »

Pour L'IFOAM et d'autres groupes, cependant, on pourrait en faire davantage pour améliorer la durabilité. Ces groupes craignent que les propositions ne soient affaiblies au cours des prochains mois par le Parlement européen et les dirigeants nationaux.

« Il est plutôt clair que le processus [de révision] entraîne un risque que les propos soient édulcorés », a déclaré Mme Kölling lors d'un entretien accordé à EURACTIV. « Je ne pense pas qu'à l'arrivée, cette réforme soit un grand pas en avant. »

L'IFOAM a rejoint BirdLife Europe et d'autres organisations qui protestent contre une récente audience parlementaire sur la PAC, organisée par la présidence polonaise de l'UE. Ces groupes ont déploré que les discussions sur l'avenir de la politique agricole soient dominées par les grands producteurs et les organisations industrielles qui sont généralement en désaccord avec les agriculteurs bio et les écologistes.

Trois fois rien

L'agriculture bio reste une branche très minime de l'agriculture européenne, malgré les programmes de soutien en Autriche, en Estonie, en Suède et dans quelques autres pays. Quelque 9,3 millions d'hectares, soit à peine 5 % des terres agricoles européennes, sont consacrés à l'agriculture bio, selon l'Institut de recherche de l'agriculture biologique basé à Frick, en Suisse.

Les organisations agricoles et industrielles s'inquiètent et pensent que réserver des terres pour la conservation et les pâturages n'a aucun sens dans le contexte d'appréhension liée à la sécurité alimentaire.

Un récent rapport de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture prévoit une augmentation de 70 % de la demande agricole mondiale d'ici 2050. La demande devrait doubler dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Le rapport met également en garde contre le changement climatique, la mauvaise utilisation de l'eau de source et la détérioration de la qualité des sols à cause des pesticides et des engrais. Ces facteurs menacent l'avenir de la production alimentaire.

Pour le secteur du bio, l'argument de la sécurité alimentaire évoqué par les détracteurs du verdissement de la PAC ne tient pas la route.

« La sécurité alimentaire est un thème récurrent dans le débat sur la PAC, qui se solde souvent par la décision de produire  plus pour moins cher, et d'affaiblir les conditions environnementales », a expliqué Mme Kölling de l'IFOAM.

« Un milliard de personnes sur Terre sont en proie à la famine, il est évident que la question de la sécurité alimentaire existe. Mais je pense que le débat pour la réforme de la PAC aborde réellement ce problème à l'envers. »

Elle a affirmé qu'une « véritable révolution verte » de l'agriculture devrait porter sur la durabilité, l'amélioration des formations, et le soutien aux agriculteurs dans les pays en développement pour qu'ils puissent améliorer leurs compétences.