Les acteurs économiques s’emparent du débat sur l’euro

L’augmentation des taux d’intérêt envisagée par la Banque centrale européenne (BCE) au mois de juin fait l’objet de nombreuses critiques. Dans un entretien accordé à EURACTIV.fr, l’économiste Jacques Le Cacheux (OFCE), analyse les récentes décisions de la BCE et revient sur la stratégie de Nicolas Sarkozy dans le domaine de la politique monétaire.

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L’augmentation des taux d’intérêt envisagée par la Banque centrale européenne (BCE) au mois de juin fait l’objet de nombreuses critiques. Dans un entretien accordé à EURACTIV.fr, l’économiste Jacques Le Cacheux (OFCE), analyse les récentes décisions de la BCE et revient sur la stratégie de Nicolas Sarkozy dans le domaine de la politique monétaire.

Contexte  :

La Banque centrale européenne devrait relever ses taux d’intérêt au mois de juin. Le 10 mai dernier, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a indiqué que la menace inflationniste nécessitait une grande vigilance. Le taux directeur de la BCE devrait être porté à 4% en juin, contre 3,75% actuellement, ce qui constituerait le 8ème tour de vis depuis décembre 2005.

Le niveau record de l’euro favorisant, selon eux, leurs concurrents européens, certains grands patrons français ne se sont pas gênés, ces dernières semaines, pour critiquer l’euro fort et par la même, la stratégie d’augmentation des taux d’intérêt de la BCE. « La situation du dollar, et encore plus du yen face à l’euro crée un handicap terrible pour l’industrie européenne » a déclaré mercredi 23 mai le PDG du groupe automobile français PSA Peugeot Citroën, Christian Streiff. « Ma préoccupation actuelle concerne le relèvement prochain des taux d’intérêt envisagé par la Banque centrale européenne » a indiqué de son côté le coprésident français d’EADS, Louis Gallois. « Cela renforcera l’euro et ce n’est pas du tout une bonne nouvelle pour Airbus ».

Enjeux  :

L’appréciation de la monnaie européenne face au dollar peut avoir des effets « positifs » pour la zone euro a déclaré à Euractiv.fr Jacques Le Cacheux, directeur des études à l’Office français des conjonctures économiques (OFCE). « L’euro s’appréciant par rapport au dollar, quand la monnaie européenne est forte par rapport à la monnaie américaine, le pétrole devient, par exemple, moins cher en euro » explique le chercheur, cependant peu étonné des critiques formulées à l’encontre de la Banque centrale européenne.

C’est « une tradition française. De ce point de vue, Nicolas Sarkozy s’inscrit donc dans la droite lignée de ses prédécesseurs » précise l’économiste. En augmentant ses taux d’intérêts pour lutter contre l’inflation, la BCE est « tout à fait dans son rôle » indique cependant Jacques Le Cacheux. « Cela fait partie de ses statuts.»

L’expert comprend, malgré tout, les réactions récentes des grands patrons français. Une appréciation persistante de l’euro finira par « peser sur les exportations et les résultats des groupes européens » estime-t-il. Au delà de 1,40 dollar, l’euro fort pourrait avoir des conséquences « inquiétantes » pour les entreprises.

Comparant la politique menée par la Réserve fédérale américaine à celle conduite par la BCE, Jacques Le Cacheux explique en quoi la stratégie monétaire européenne est, selon lui, frileuse. « Si la BCE considère qu’au dessus de 2,5% de croissance l’Europe risque la surchauffe, pour l’économie américaine ces taux de croissance sont perçus comme un ralentissement ». « En 2001-2002, au moment de la récession américaine et du ralentissement européen, la Réserve fédérale américaine a baissé son taux d’intérêt jusqu’à 1% et l’a maintenu à ce niveau pendant une longue période. En Europe, nous ne sommes jamais descendus en dessous de 2%. Les Américains sont prêts à prendre plus de risques que nous » conclut l’expert.

Promouvoir une meilleure coordination au sein de l’Eurogroupe serait la solution pour faire évoluer la politique monétaire de l’UE. L’économiste souligne par ailleurs que les États membres de la zone euro peuvent influencer la politique de change de la monnaie européenne sans modifier les traités. « Tout est une question de volonté politique » estime donc Jacques Le Cacheux.

Enfin, l’intention de Nicolas Sarkozy de déclencher une offensive diplomatique pour affaiblir l’euro est, selon l’économiste, une option intéressante pour faire évoluer, à terme, la stratégie de la Banque centrale. « Convaincre les États membres et particulièrement les Allemands de la nécessité d’avoir un dialogue plus ouvert et plus constructif avec la BCE sur la gestion des taux de change est beaucoup plus réalisable » que de chercher à modifier le mandat de la Banque centrale européenne. L’unanimité des États membres est nécessaire pour changer les statuts de la BCE. Or, au sein de l’UE, nombreux sont les pays, notamment l’Allemagne, à y être opposés.

Pour lire l’interview dans son intégralité, cliquer ici.