Législatives : le plus grand défi pour Emmanuel Macron n’est peut-être pas l’extrême droite, mais la gauche

L’annonce par Emmanuel Macron de la tenue d'élections anticipées devait, en théorie, renforcer le cordon sanitaire contre l’extrême droite, avec le président à sa tête. Cependant, la formation rapide d’une coalition de toutes les forces de gauche pourrait se révéler être une épine dans le pied imprévue pour la majorité présidentielle.

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French President Emmanuel Macron meets residents on the Ile de Sein
La décision de M. Macron, le 9 juin, de dissoudre l’Assemblée nationale et de convoquer des élections législatives anticipées, après la défaite écrasante de son camp face au Rassemblement national (RN) aux élections européennes. Son objectif était de rallier les Français autour de lui contre l’extrême droite. [CHRISTOPHE ENA/EPA-EFE]

L’annonce par Emmanuel Macron de la tenue d’élections anticipées devait, en théorie, renforcer le cordon sanitaire contre l’extrême droite, avec le président à sa tête. Cependant, la formation rapide d’une coalition de toutes les forces de gauche pourrait se révéler être une épine dans le pied imprévue pour la majorité présidentielle.

La décision de M. Macron, le 9 juin, de dissoudre l’Assemblée nationale et de convoquer des élections législatives anticipées, après la défaite écrasante de son camp face au Rassemblement national (RN) aux élections européennes ne visait qu’un seul objectif : rallier les Français autour de lui contre l’extrême droite.

« Les partis d’extrême droite qui, ces dernières années, se sont opposés à tant d’avancées permises par notre Europe […] ces partis progressent partout sur le continent. En France, leurs représentants atteignent près de 40 % des suffrages exprimés », a déclaré M. Macron lors d’une allocution solennelle qui a suivi l’annonce des résultats.

Toutefois, l’espoir de voir le président s’imposer comme le leader naturel d’un cordon sanitaire pour repousser l’extrême droite semble compromis par la résurgence du camp de la gauche.

Après une campagne électorale européenne marquée par les divisions, les mouvements de gauche — des anticapitalistes aux sociaux-démocrates — se sont rassemblés au sein d’une nouvelle coalition « Front populaire » en un temps record, à la surprise générale.

Cela a bouleversé la stratégie de campagne du président, puisque les sondages révèlent que le Front populaire talonne l’extrême droite, reléguant le camp de Macron en troisième position.

« On avait parié sur une binarité pro- et anti-Macron. On n’a pas anticipé la formation de trois blocs, avec toute la gauche réunie », a affirmé à Euractiv une source ministérielle sous couvert de l’anonymat. « Nous n’avions pas prévu qu’il y aurait trois blocs, avec tous les mouvements de gauche ne formant qu’un seul ».

Depuis 2016, Macron s’est positionné comme le rempart contre la montée de l’extrême droite, pariant sur l’effondrement des partis traditionnels de gauche et de droite.

2024 ne fait pas exception — et Macron a appelé les électeurs à se rallier à un « bloc central » pour combattre l’extrême droite qui n’a jamais été aussi proche des portes du pouvoir.

Mais avec le Front populaire qui bat son plein, le parti de M. Macron, Renaissance, a changé de stratégie. Le président décrit la coalition du Front populaire et celle de l’extrême droite comme les deux faces d’une même pièce. Les deux ont fait preuve « d’indignité » et « d’anti-républicanisme », a déclaré M. Macron.

Lors de la campagne, les attaques les plus virulentes du camp Macron ne visent plus l’extrême droite, mais plutôt l’alliance « contre-nature » de la gauche et sa prétendue nature « d’extrême gauche », la France insoumise (LFI) constituant le bloc le plus important de la coalition.

Le Front populaire mènerait « une politique antisémite », a souligné M. Macron lors d’une conférence de presse la semaine dernière — une affirmation infondée qui s’appuie sur l’absence apparente de condamnation claire par LFI de l’attaque terroriste lancée par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Depuis, LFI a clairement indiqué qu’elle considérait le Hamas comme un groupe terroriste.

Aurore Bergé, proche alliée d’Emmanuel Macron et ancienne ministre, a laissé entendre que le Front populaire favoriserait la croissance de l’islam radical.

Leur manifeste se résumerait à de l’« immigrationnisme », a ajouté M. Macron mercredi (18 juin) — un néologisme largement utilisé par l’extrême droite pour désigner l’immigration incontrôlée. « Et puis il y a des choses complètement ubuesques, comme par exemple aller changer de sexe en mairie ! »

« C’est étonnant de s’en prendre beaucoup plus à la gauche, qui n’est pas l’adversaire principal, selon les sondages », souligne Mathieu Gallard, directeur d’études à Ipsos.

Selon lui, la stratégie d’ostraciser la gauche si tôt dans la campagne pourrait se retourner contre le camp présidentiel dans le cas de seconds tours RN – majorité, où les électeurs de gauche seront nécessaires pour faire battre l’extrême droite.

Les analyses de vote aux élections européennes, qui commencent tout juste à sortir, montrent que l’abstention était la plus élevée parmi les partisans de Renaissance (42 %) et de la gauche (36 %), alors qu’elle était de 28 % pour le RN.

Des taux de participation plus élevés pour ces élections anticipées, comme le prédisent les instituts de sondage, pourraient faire le jeu de la coalition de gauche — et donner quelques sueurs froides à la majorité présidentielle.