L'écologisation du secteur agroalimentaire représente un défi « énorme » selon l'industrie

Alors que les dirigeants mondiaux se réunissent à Glasgow pour le sommet sur le climat (COP26), les efforts visant à réduire l'empreinte carbone de l'industrie agroalimentaire, un secteur vital pour l'économie, sont au cœur du débat.

EURACTIV.com
Barley grains
Les émissions du secteur alimentaire et des boissons, mesurées de la ferme à l'assiette, représentent environ 30 % des émissions totales de carbone dans l'Union européenne, le processus de fabrication comptant pour environ un dixième de ces émissions. À titre de comparaison, le secteur de l'aviation représente quant à lui environ 4 % de ces émissions. [<a href="https://multimedia.europarl.europa.eu/en/barley-grains_20110802_orge_065_p?auth_cloudf=f4c30ee4-2cc1-1aa9-3f26-88d52d6065da" target="_blank" rel="noopener">© European Union 2011 - EP</a>]

Alors que les dirigeants mondiaux se réunissent à Glasgow pour le sommet sur le climat (COP26), les efforts visant à réduire l’empreinte carbone de l’industrie agroalimentaire, un secteur vital pour l’économie, sont au cœur du débat.

Dans les discussions sur le changement climatique, ce sont souvent les mêmes secteurs qui sont pointés du doigt lorsque l’on cherche les responsables des émissions carbone : la production d’électricité, les voitures, les avions, le transport maritime et les usines.

Cependant, de nombreuses activités auxquelles nous contribuons tous les jours sont elles aussi génératrices d’émissions et reçoivent pourtant beaucoup moins d’attention. C’est notamment le cas du secteur de l’alimentaire et des boissons.

En effet, les émissions de ce secteur, mesurées de la ferme à l’assiette, représentent environ 30 % des émissions totales de carbone dans l’Union européenne, le processus de fabrication comptant pour environ un dixième de ces émissions. À titre de comparaison, le secteur de l’aviation représente environ 4 % des émissions de l’UE.

Aliments et boissons sont essentiels, c’est pourquoi les décideurs politiques et l’industrie tentent de réduire l’empreinte carbone de ce secteur qui nous est indispensable.  Cela est nécessaire si l’on souhaite atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, qui est l’objectif global fixé par les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni pour l’ensemble de l’économie.

Toutefois, en raison de l’ampleur de sa chaîne de valeur et de la multiplicité de ses acteurs, le secteur agroalimentaire pourrait s’avérer être l’un des plus difficiles à décarboner.

« Il est clair que tous les segments de cette chaîne de valeur doivent faire partie de la solution », a déclaré Yolanda Garcia Mezquita, fonctionnaire à la direction générale de l’énergie de la Commission européenne.

« C’est la raison pour laquelle le paquet « Fit for 55 » que nous avons publié en juillet comprend une combinaison de mesures politiques. Il y a un mécanisme de tarification, le SEQE (système d’échange de quotas d’émission), mais nous avons également pris des mesures politiques visant à garantir que des mesures réglementaires soient prises pour inciter à l’adoption de mesures dans les différents secteurs de l’économie », a-t-elle déclaré lors d’un récent événement EURACTIV.

Une feuille de route pour la réduction des émissions

L’industrie a récemment publié une feuille de route qui pourrait servir de base à la décarbonation du secteur de la fabrication de produits alimentaires. Elle tient compte de l’objectif de neutralité carbone de l’UE et des objectifs de développement durable des Nations Unies.

« Nous, industries, venons de recevoir la feuille de route sur la décarbonation, et elle est très claire sur ce qui doit se passer », a déclaré Chris Daly, responsable du développement durable pour l’Europe chez PepsiCo, la multinationale agroalimentaire.

« Mais l’ampleur de ce qu’il reste encore à faire est énorme par rapport à ce qui a déjà été fait », a-t-il avoué aux participants à l’événement, soutenu par l’association industrielle FoodDrinkEurope.

Le rapport met en évidence trois grands défis pour la décarbonation du secteur. Premièrement, ce dernier est principalement composé de PME, un soutien technique important sera donc nécessaire. De plus, sa chaîne de valeur est principalement fragmentaire. « En général, environ 90 % des émissions se situent en dehors de la chaîne de valeur du fabricant de produits alimentaires. Cela signifie que ce fabricant va être dépendant des industries qui sont à son service. »

Olivier Dubois, responsable principal des ressources naturelles à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a convenu que le parcours de décarbonisation du secteur comporterait des défis importants. « Le secteur de l’énergie ne communique souvent pas avec le secteur de l’agriculture ou de l’alimentation, ce qui est quelque peu problématique car il existe des synergies positives entre les deux », a-t-il déclaré.

« Les intérêts des fournisseurs d’énergie sont liés à ceux des acteurs de l’agroalimentaire », a ajouté M. Dubois. « Si les acteurs de l’agroalimentaire, les PME et les agriculteurs améliorent leur rentabilité parce qu’ils font moins de pertes alimentaires, proposent des produits de meilleure qualité et plus de nourriture qu’ils ne peuvent en vendre, alors ils peuvent payer les fournisseurs d’énergie à un meilleur prix. Mais cet aspect n’est pas pris en compte. Nous ne disposons pas non plus de suffisamment d’informations sur la manière de réduire les risques et d’optimiser les emplacements dédiés aux énergies renouvelables au sein les chaînes alimentaires. »

Quoi qu’il en soit, le potentiel de réduction des émissions dans le secteur demeure important. « Ce secteur a le potentiel de voir plus que ses émissions réduites, et c’est important de le souligner », a déclaré Faustine Bas-Defossez, du think tank Institute for European Environmental Policy.

« Effectivement, le secteur peut entraîner des changements dans la chaîne d’approvisionnement au sens large en influençant la façon dont nous produisons et consommons les aliments. Du côté de la production par exemple, on peut élaborer des stratégies de durabilité utiles permettant d’orienter l’approvisionnement en matières premières par le biais de mécanismes, et aider les fournisseurs à respecter des normes plus exigeantes allant au-delà de la législation actuelle. »

Les producteurs alimentaires peuvent également informer et influencer les consommateurs afin qu’ils fassent de meilleurs choix en matière de climat grâce à l’étiquetage et à des campagnes de marketing, a ajouté Faustine Bas-Defossez. Néanmoins, elle a souligné que c’est dans la modification des systèmes d’utilisation de l’énergie et du transport des aliments que le potentiel de réduction des émissions le plus important réside.

« Prévenir et réduire les émissions de gaz à effet de serre est la priorité numéro un dans le cadre des efforts visant à atténuer le changement climatique, et c’est vraiment ce sur quoi le secteur devrait se concentrer », a déclaré Mme Bas-Defossez. « Ce qu’il faut, ce sont des changements et des innovations systémiques, et pas seulement des solutions rapides. »

L’accent mis sur les agriculteurs

L’année dernière, la Commission a présenté une stratégie Farm to Fork (« de la ferme à la table ») qui vise à rendre tous les éléments de la chaîne de valeur des aliments et des boissons moins énergivores ainsi qu’à réduire les émissions de carbone. Cette stratégie prend aussi bien en compte l’agriculteur que le producteur et le consommateur.

Selon M. Daly, cette stratégie a permis de mettre l’accent sur l’agriculture. Toutefois, il aimerait que les responsables politiques de l’UE soient plus clairs sur la manière dont les émissions agricoles seront réduites.

« L’agriculture est un secteur complexe. Rien ne changera dans l’industrie agroalimentaire si nous ne réduisons pas l’empreinte carbone de l’agriculture. Cependant, nous savons qu’il reste des progrès à faire sur le plan scientifique en ce qui concerne l’agriculture », a-t-il déclaré. « Si l’on prend l’empreinte carbone d’une entreprise du secteur agroalimentaire, 30 à 40 % proviennent en fait de l’agriculture. Par conséquent, nous devons absolument faire en sorte que les changements aillent dans la bonne direction lorsqu’il s’agit d’agriculture. »

« Le gouvernement doit intervenir et mettre en place le bon type de réglementation afin de rassembler les différentes parties de la chaîne de valeur », a-t-il ajouté.

« La stratégie Farm to Fork de l’Union européenne et le cadre sur les systèmes alimentaires durables semblent aller dans la bonne direction », a reconnu Mme Bas-Defossez. « Mais il est un peu inquiétant de constater qu’il y a encore des réactions négatives [dans le monde] aux plans de l’UE. Notons par exemple la récente déclaration du secrétaire d’État à l’agriculture des États-Unis, qui considère que la stratégie « de la ferme à la table » et ses objectifs ne sont pas basés sur la science.»

Durant la COP26, l’attention se portera sur des secteurs qui ne se sont pas encore retrouvés au cœur des discussions sur le climat jusqu’à présent. Il s’agira notamment du secteur alimentaire et des boissons, ainsi que des systèmes agricoles qui les fournissent.  Les décideurs politiques et les experts de l’industrie seront alors aux prises avec ce vaste secteur dont la chaîne de valeur est fragmentaire.

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