LEAK : l'UE lance les discussions sur l'avenir de ses relations avec la Russie
Les États membres de l’UE ont donné le coup d’envoi aux discussions sur l’avenir des relations entre l’UE et la Russie lundi. Le diplomate en chef du bloc, Josep Borrell, a en effet présenté un nouveau projet de principes d’engagement avec Moscou, consulté par EURACTIV.
Les États membres de l’UE ont donné le coup d’envoi aux discussions sur l’avenir des relations entre l’UE et la Russie lundi (14 novembre). Le diplomate en chef de l’Union, Josep Borrell, a en effet présenté un nouveau projet de principes d’engagement avec Moscou, consulté par EURACTIV.
L’engagement actuel de l’UE avec la Russie était régi par cinq « principes directeurs » énoncés par la prédécesseure de M. Borrell, Federica Mogherini. Toutefois, depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la plupart de ces dispositions ont été effectivement jugées caduques.
Dans le contexte de la guerre de la Russie en Ukraine, l’UE a préconisé une stratégie à trois dimensions vis-à-vis de Moscou. Elle consiste à isoler la Russie, à soutenir l’Ukraine et à tenter de limiter les retombées de la guerre.
M. Borrell a présenté lundi (14 novembre) aux ministres des Affaires étrangères de l’UE un nouveau projet d’ensemble de principes, destiné à servir de base à une discussion sur les relations à long terme entre l’Union et Moscou.
Il s’agirait avant tout « d’isoler la Russie sur le plan international, d’imposer et de mettre en œuvre des mesures restrictives à son encontre et d’empêcher qu’elles soient contournées, afin de l’empêcher de mener à bien la guerre ».
Après huit trains de sanctions contre Moscou, l’Union européenne s’efforce actuellement d’identifier et de combler les lacunes existantes. Il semble peu probable qu’un neuvième train de sanctions soit finalisé prochainement.
Cela devrait également aller de pair avec « l’obligation de rendre des comptes en tenant la Russie, ses auteurs et ses complices responsables des violations du droit international et des crimes de guerre commis en Ukraine ».
Deuxièmement, le nouveau projet souligne l’importance de « soutenir les voisins de l’UE, en particulier par le biais de la politique d’élargissement ».
L’invasion de l’Ukraine par la Russie et le changement du paysage géopolitique actuel ont déjà provoqué une relance du processus d’élargissement de l’UE après presque une décennie de stagnation.
Ils ont également conduit à une prise de conscience que l’intérêt stratégique de l’UE d’avoir un environnement stable et sûr dans son proche voisinage doit aller au-delà de la simple question de savoir qui sera le prochain membre.
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Selon le projet de principes, il s’agirait également de « faire face aux conséquences mondiales de la guerre ».
« La Russie, en se servant de la nourriture comme d’une arme dans sa guerre contre l’Ukraine, est seule responsable de la crise de sécurité alimentaire mondiale qu’elle a provoquée », indique le projet de texte.
M. Borrell a également appelé les États membres à « travailler en étroite collaboration avec les partenaires du monde entier et les alliés de l’OTAN pour défendre et renforcer l’ordre international fondé sur des règles ».
Le projet de texte précise que « les notions de “sphères d’influence” n’ont pas leur place au 21ème siècle et ne peuvent faire partie du futur système de sécurité européen ».
Au-delà du soutien direct à l’Ukraine et de l’isolement de la Russie, le nouvel ensemble de principes appelle à « renforcer la résilience de l’UE, notamment en matière de sécurité énergétique et d’infrastructures critiques, en contrant les menaces cyber et hybrides, la manipulation de l’information et l’ingérence de la Russie ».
« La guerre de la Russie contre l’Ukraine renforce l’urgence d’adapter la sécurité et la défense de l’UE en conséquence », précise le document.
Le renforcement de la politique et des industries de défense de l’UE a rarement fait partie de la réflexion stratégique des États membres par le passé. Toutefois, la guerre étant à sa porte, l’UE a présenté sa première stratégie militaire au début de l’année, laquelle a été considérablement remaniée et renforcée en raison de l’évolution des événements.
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L’UE a également brisé un tabou de longue date en acceptant d’utiliser ses ressources pour fournir des armes à un pays tiers par le biais de la « facilité européenne pour la paix » (FEP). Le bloc a su tirer des leçons assez rapides et a accepté d’investir collectivement dans les capacités de défense et d’acquérir des équipements militaires.
Enfin, en mettant l’accent sur la situation intérieure de la Russie, les principes énumèrent la nécessité de « soutenir la société civile, les défenseurs des droits de l’homme et les médias indépendants à l’intérieur et à l’extérieur de la Russie, tout en faisant face aux menaces croissantes pour la sécurité et l’ordre public dans l’UE. »
Les diplomates européens estiment que la proposition a été bien accueillie par des pays comme l’Allemagne, mais que les États membres plus radicaux restent sceptiques. Ces derniers espèrent en effet que le texte contiendra des formulations plus fermes et plus concrètes.
Cela inclurait notamment les conditions potentielles dans lesquelles les relations pourraient reprendre à l’avenir.
Ces pays-là se sont notamment demandé si la volonté de réécrire les relations entre l’UE et la Russie arrivait à un moment opportun, alors que la Russie continue de faire la guerre en Ukraine.
La présentation et la discussion des ministres des Affaires étrangères de l’UE sont considérées comme la première étape du processus de réécriture des relations.