La Commission européenne présente sa vision du métavers et du Web 4.0

La stratégie de l’exécutif européen pour façonner le métavers et la prochaine génération d’Internet se concentre sur les programmes existants ainsi que sur les déclarations d’intention sur les nouvelles « boîtes à outils » et les partenariats, selon une ébauche consultée par EURACTIV.

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La Commission européenne devrait présenter, mardi prochain (11 juillet), son initiative sur le Web 4.0 et les mondes virtuels afin de prendre une longueur d’avance dans la prochaine transition technologique. [SHUTTERSTOCK/mckaya]

La stratégie de l’exécutif européen pour façonner le métavers et la prochaine génération d’Internet se concentre sur les programmes existants ainsi que sur les déclarations d’intention sur les nouvelles « boîtes à outils » et les partenariats, selon une première ébauche consultée par EURACTIV.

La Commission européenne devrait présenter, mardi prochain (11 juillet), son initiative sur le Web 4.0 et les mondes virtuels afin de prendre une longueur d’avance dans la prochaine transition technologique.

Le Web 4.0 est la quatrième génération du Web, qui, selon l’exécutif européen, devrait employer l’intelligence artificielle et ambiante, les dispositifs de l’Internet des objets, les transactions de chaîne de blocs de confiance, les mondes virtuels et la réalité étendue.

Le concept de mondes virtuels, plus communément appelé métavers, n’est pas nouveau. Pourtant, les récents développements technologiques et l’amélioration de l’infrastructure de connectivité ont poussé de nombreuses entreprises technologiques comme Meta à investir massivement dans cette nouvelle technologie, avec des résultats mitigés.

Selon certaines estimations, le marché mondial du métavers pourrait passer de 27 milliards d’euros en 2022 à plus de 800 milliards d’euros en 2030. Dans ce contexte, le commissaire Thierry Breton a annoncé l’année dernière une initiative non législative sur le sujet.

« Les mondes virtuels sont des environnements immersifs persistants, basés sur des technologies telles que la 3D et la réalité étendue (XR), qui permettent de mélanger les mondes physique et numérique en temps réel, à des fins diverses », peut-on lire dans la stratégie.

Citoyens

La Commission entend promouvoir « des technologies et des normes ouvertes et hautement distribuées qui permettent l’interopérabilité entre les plateformes et les réseaux et la liberté de choix pour les utilisateurs, et où la durabilité est au cœur des développements technologiques ».

L’exécutif européen souligne la pertinence de la législation existante en matière de protection de la vie privée, de protection des consommateurs, de gouvernance des données et de règlementation des plateformes au niveau règlementaire, qui s’appliquera également au métavers.

Aucune lacune règlementaire n’est mentionnée pour faire face aux menaces émergentes, telles que les nouvelles formes de violence sexiste.

La stratégie indique que les programmes pour une Europe numérique et une Europe créative soutiendront le développement de compétences liées aux technologies du monde virtuel, tandis que la recherche sur l’impact du métavers sur la santé des personnes sera financée dans le cadre du programme Horizon Europe.

Une initiative visant à attirer des spécialistes hautement qualifiés de l’extérieur de l’UE est prévue pour le troisième trimestre de 2023.

L’exécutif européen prévoit également de fournir une boîte à outils sur le monde virtuel pour le grand public au premier trimestre de l’année prochaine, tandis que la stratégie « Un Internet mieux adapté aux enfants » et le projet de code de conduite pour une conception adaptée à l’âge des enfants couvriront également le métavers.

En ce qui concerne la désinformation, la Commission recherchera des « synergies » avec des initiatives telles que l’Observatoire européen des médias numériques (EDMO) et le code de bonnes pratiques contre la désinformation.

Entreprises

Pour les entreprises, la stratégie souligne que l’UE dispose de quelques pôles régionaux prometteurs hautement spécialisés dans des domaines tels que la modélisation 3D, les jeux et la réalité virtuelle. Cependant, « l’écosystème est fragmenté et fait face à des défis liés à l’adoption de nouvelles technologies et à l’accès au financement ».

La Commission étudie avec les pays de l’UE la possibilité d’établir un nouveau partenariat avec les parties prenantes concernées afin d’élaborer une feuille de route industrielle pour investir dans les technologies de pointe, les espaces de données européens et l’initiative « Internet de nouvelle génération ».

Une initiative plus concrète envisagée est la mise en place de bacs à sable règlementaires sur les mondes virtuels et le Web 4.0 afin de fournir aux entreprises un environnement sûr pour tester les nouvelles technologies et les modèles commerciaux innovants.

Dans le même temps, les régulateurs se familiariseraient avec les aspects pertinents des mondes virtuels, tels que la tokenisation des actifs virtuels.

En outre, la Commission lancera une étude pour analyser les opportunités commerciales et les obstacles pratiques de ces nouvelles technologies et créer une boîte à outils pour lutter contre la contrefaçon, en vue de donner aux détenteurs de propriété intellectuelle des conseils sur la manière de faire respecter leurs droits dans le métavers.

Une préoccupation majeure pour le métavers est que les grandes entreprises technologiques pourraient créer des écosystèmes fermés, appelés « jardins clos » (walled gardens), pour garder les utilisateurs à l’intérieur. L’exécutif européen s’est donc également engagé à collaborer avec des organismes de normalisation pour garantir l’interopérabilité des mondes virtuels.

Il est remarquable que la référence aux normes internationales soit en contradiction avec le fait que la terminologie de la Commission ne s’aligne pas sur celle d’autres pays et acteurs de l’industrie.

Politiques publiques

Le document indique que le groupe consultatif sur les règlementations favorables à l’innovation (Innovation Friendly Regulations Advisory Group) fournira des informations sur les actions futures visant à fournir des services publics dans le métavers.

Un projet européen, le European CitiVerse, a déjà été lancé pour aider les autorités locales à optimiser la planification et la gestion des villes. De nouveaux consortiums européens d’infrastructure numérique sont envisagés dans des domaines tels que la technologie linguistique et la chaîne de blocs.

Un autre projet concerne le développement d’un jumeau humain virtuel européen pour reproduire un corps humain à l’aide de superordinateurs numériques et fournir un accès aux chercheurs en soins de santé. L’idée est d’informer les systèmes d’aide à la décision clinique, les outils de prévision de la santé personnelle et la médecine personnalisée.

Gouvernance

La Commission va créer un groupe d’experts composé de représentants nationaux afin de partager les meilleures pratiques en matière de Web 4.0, tout en s’engageant dans des forums internationaux, tels que les organismes de normalisation.

Elle s’engage également à « soutenir la création d’un processus de gouvernance technique multipartite pour traiter les aspects essentiels des mondes virtuels et du Web 4.0 qui dépassent les compétences des institutions existantes de gouvernance de l’Internet ».

Une approche structurée pour surveiller le marché et les développements technologiques dans le métavers est également envisagée et impliquera le Centre européen pour la transparence algorithmique (ECAT) récemment mis en place.