Le vice-président d’Euracoal s’inquiète de l’avenir du marché européen de l’électricité

Selon le vice-président d’Euracoal, il faut une supervision gouvernementale accrue du charbon, du gaz et du nucléaire, et seules les énergies renouvelables devraient faire partie d’un marché européen concurrentiel.

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Uniper nationalisation
Le secteur européen de l’électricité entre dans une période d’incertitude règlementaire, la Commission européenne devant présenter de nouvelles propositions au cours du premier trimestre pour réformer le marché de l’électricité de l’Union. [<a href="https://epaimages.com/" target="_blank" rel="noopener">EPA-EFE/FRIEDEMANN VOGEL</a>]

Selon le vice-président d’Euracoal, une association industrielle, le secteur européen de l’électricité devrait être davantage règlementé dans les années à venir, avec une supervision gouvernementale accrue du charbon, du gaz et du nucléaire, tandis que seules les énergies renouvelables continueront à faire partie d’un marché européen concurrentiel.

Le secteur européen de l’électricité entre dans une période d’incertitude règlementaire, la Commission européenne devant présenter de nouvelles propositions au cours du premier trimestre pour réformer le marché de l’électricité de l’Union.

« Nous sommes dans une nouvelle ère », estime Vladimír Budinský, vice-président d’Euracoal.

En effet, lorsque la première directive européenne sur la libéralisation de l’énergie a été promulguée au début des années 2000, le secteur européen de l’électricité était en surcapacité puisqu’il produisait plus que les besoins des consommateurs, ce qui a conduit à une vague de privatisations de la part de gouvernements peu désireux d’investir, a-t-il fait remarquer.

« Aujourd’hui, nous avons la tendance inverse », a-t-il expliqué à EURACTIV. La demande d’électricité dépasse l’offre en raison du sous-investissement chronique de la dernière décennie, des nouveaux usages comme la mobilité électrique et des préoccupations croissantes liées à la sécurité énergétique.

L’année dernière, plusieurs entreprises du secteur de l’énergie ont fait faillite en Allemagne et au Royaume-Uni en raison de la hausse vertigineuse des prix du gaz causée par l’invasion russe de l’Ukraine. En conséquence, les gouvernements ont renforcé leur implication dans le secteur, et certains ont même nationalisé des compagnies d’électricité.

C’est notamment le cas d’Uniper en Allemagne, qui a été renflouée l’année dernière parce qu’elle ne pouvait plus se permettre d’honorer les termes de ses contrats de gaz avec ses fournisseurs. D’autres acteurs tels que Gazprom Germania ont également été nationalisés pour des raisons de sécurité énergétique.

Les bouleversements provoqués par la diminution des livraisons de gaz russe à l’Europe ont également amené l’Espagne et le Portugal à se retirer partiellement du marché européen de l’électricité et à plafonner le coût du gaz utilisé pour la production d’électricité.

En France, le gouvernement a pris des mesures pour prendre le contrôle total d’EDF, dont l’État détenait déjà 84 % des parts.

Le secteur attend avec impatience la proposition de la Commission européenne visant à réformer le marché européen de l’électricité, qui, selon Bruxelles, aura pour objectif de garantir que tous les consommateurs européens bénéficient d’une électricité renouvelable bon marché.

« Mais je n’appellerais pas cela un marché ; je parlerais plutôt d’un modèle, car ce ne sera plus un marché », a déclaré M. Budinský, qui est également président de l’association patronale tchèque des industries minières et pétrolières (ZSDNP).

Selon lui, les producteurs d’électricité européens peuvent être répartis en trois catégories, en fonction du niveau de soutien public dont ils ont besoin. La première catégorie est celle des énergies renouvelables, qui ne nécessitent plus de soutien public. La deuxième est celle du gaz, qui nécessite des subventions pour rester en veille au cas où les énergies renouvelables ne seraient pas disponibles. Et la troisième catégorie comprend le charbon et le nucléaire, qui ne fonctionneraient plus du tout sans financement public.

« Seules les énergies renouvelables resteront sur une base de marché, le reste sera en quelque sorte règlementé : le gaz, le nucléaire et le charbon, qui seront éliminés progressivement. C’est ce que nous attendons de la nouvelle Commission européenne. »

« Le marché actuel est dépassé — c’est fini », a affirmé M. Budinský. « J’ai peur que nous nous retrouvions avec une situation similaire à l’agriculture européenne, qui est très règlementée », a-t-il confié à EURACTIV.

Cependant, les analystes ne sont pas tous d’accord avec la description que fait M. Budinský du marché européen de l’électricité.

Georg Zachmann, du groupe de réflexion économique Bruegel, affirme qu’il aborderait plutôt le marché européen de l’électricité en fonction des besoins des consommateurs, tels que le moment et le lieu où ces derniers consomment de l’électricité.

« Nous disposons actuellement d’un éventail complexe de systèmes de rémunération et d’incitation pour garantir la disponibilité des produits requis en quantité suffisante », a-t-il fait remarquer, précisant que ces systèmes se chevauchent souvent et sont régis par des subventions et des règlementations gouvernementales.

Il a déclaré que sa vision combine les marchés actuels à court terme avec « une certaine forme de marché à plus long terme dans lequel les gouvernements interviennent » selon un modèle de « planification transparente » qui prend en compte les exigences du réseau, la sécurité de l’approvisionnement et les objectifs climatiques.

« Concernant la discussion privé-public, j’espère que la solution sera un modèle hybride », a déclaré M. Zachmann à EURACTIV.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]