Le ton monte entre Bruxelles et la France sur la situation des Roms

Bruxelles a une nouvelle fois rappelé à l'ordre la France sur le dossier des Roms. La vice-présidente de la Commission européenne Viviane Reding a critiqué le discours "électoraliste" de Manuel Valls sur la situation de cette minorité.

EURACTIV.fr
Viviane Reding March 2012.JPG
Viviane Reding March 2012.JPG

Bruxelles a une nouvelle fois rappelé à l'ordre la France sur le dossier des Roms. La vice-présidente de la Commission européenne Viviane Reding a critiqué le discours "électoraliste" de Manuel Valls sur la situation de cette minorité.

"Si je ne me trompe, il y a de l'élection dans l'air en France. A chaque fois qu'on ne veut pas parler de choses importantes comme le budget ou les dettes, on trouve les Roms" a déclaré Viviane Reding mercredi matin sur la radio française France Info.

La Commissaire européenne réagissait à une polémique récurrente sur la situation des Roms en France. Polémique relancée une nouvelle fois cette semaine par Manuel Valls qui a dénoncé l'incapacité à s'intégrer de cette minorité. "Les Roms n'ont pas vocation à rester en France" a-t-il affirmé. Pour le ministre de l'intérieur, les Roms "ont vocation à retourner dans leur pays et à s'intégrer là-bas", faisant référence à la Roumanie et la Bulgarie, d'où sont originaires la majorité des Roms.

Recadrage de Bruxelles

"Nous avons des règles européennes qui ont été signées par la France, des règles sur la libre circulation des citoyens européens. Et ce ne sont pas des roms, mais des individus. C'est sur décision d'un juge qu'ils peuvent être évacués s'ils ont fait quelque chose qui va contre les lois de l'Etat en question" a rappelé la Commissaire Viviane Reding

Un principe que la Commission compte bien faire respecter par le gouvernement. "Si ces principes inscrits dans les Traités ne sont pas respectés, la Commission utilisera tous les moyens à sa disposition" pour sanctionner ces violations, a averti le porte-parole de la Commission Olivier Bailly 

Viviane Reding a par ailleurs rappelé que 50 milliards d'euros avait été mis à disposition des communes par l'Union européenne pour accompagner l'insertion de Roms. "Il y a cinquante milliards d'euros qui sont à disposition et qui ne sont pas utilisés. Je me demande pourquoi" assure Viviane Reding, sans préciser que ce chiffre concerne toute l'Europe. Et elle insiste : "La France a signé une stratégie nationale d'intégration des roms. Or l'argent n'arrive pas où il y doit arriver, dans les communes, chez les maires, là où il y a les problèmes".

Ce n'est pas la première fois que l'attitude de Paris par rapport aux Roms est critiquée par la Commission européenne. Déjà en 2010  quand Nicolas Sarkozy était le président de la République la France avait été menacée de sanctionsPuis l'année dernière, là encore après des déclarations de Manuel Valls.

Préoccupations locales

Reste que les propos du ministre de l'intérieur répondent aussi, à quelques mois des élections municipales de mars 2014, aux préoccupations des maires des communes françaises. Ces derniers font pression pour démanteler des camps de Roms. Plusieurs camps ont été démantelé en France à LilleLyon ou La Courneuve en banlieue parisienne, ces dernières semaines. 

Soutenu par le gouvernement socialiste, les propos de Manuel Valls ont provoqué un tollé politique. "Encore ce matin sur les ondes, les discours politiques -et en premier lieu celui du Ministre de l'Intérieur, M.Valls- reflètent la politique de l'autruche et nient l'extrême complexité de la situation de ces populations en Europe" s'est insurgé Jean-Luc Bennahmias, député européen et Vice-président du MoDem. 

Manipulation française

Au delà de la polémique sur l'intégration de la minorité des Roms, la Commission a pointé du doigt une confusion "volontaire ou involontaire" dans les règles européennes faite par les responsables politiques en France.

Jusqu'ici, des dispositions transitoires permettaient à certains pays de repousser l'ouverture de leur marché du travail aux ressortissant Roumains et Bulgares pendant une période maximale de 7 ans à compter de l'adhésion de ces pays à l'UE en 2008. Ces restrictions imposées par certains pays dont la France aux travailleurs Roumains et Bulgares seront obligatoirement levées dès janvier 2014, en vertu des traités.

Or, des politiques utilisent cette date tels que Jean-François Copé agitent cette date comme un chiffon rouge en l'assimilant à la date d'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'espace Schengen. L'entrée des deux pays n'est en fait  pas à l'ordre du jour. Une telle décision requière l'unanimité des Etats membres, et plusieurs pays tels que l'Allemagne ou les Pays-Bas s'y oppose. "Le fait que ces deux pays ne font pas partie de l'espace Schengen n'empêche pas la libre circulation des roumains et bulgares au sein de l'Union" rappelle de son côté la Commission européenne.