Le système européen d'enseignement étouffe la créativité [FR]
Les réformes de l’enseignement supérieur en Europe rendent moins créatifs les diplômés universitaires, a confié Erik Spiekermann dans un entretien à EURACTIV. M. Spiekermann est l’un des 27 ambassadeurs de l’Année européenne de la Créativité et de l’Innovation.
Les réformes de l’enseignement supérieur en Europe rendent moins créatifs les diplômés universitaires, a confié Erik Spiekermann dans un entretien à EURACTIV. M. Spiekermann est l’un des 27 ambassadeurs de l’Année européenne de la Créativité et de l’Innovation.
Le processus de Bologne, qui vise à harmoniser les standards académiques et à enlever les barrières à la mobilité des étudiants et des enseignants, veut se concentrer sur les résultats plutôt qu’encourager les études en profondeur et l’esprit critique, a déclaré M. Spiekermann.
L’enseignement est depuis longtemps autre chose que le fait d’apprendre quelque chose ; il s’agit d’atteindre des résultats et d’obtenir le bon nombre de points. Tout est maintenant basé sur des résultats et cela est partiellement dû au processus de Bologne qui se répand dans les universités européennes, a-t-il affirmé.
Dans une évaluation accablante du secteur universitaire, M. Spiekermann pointe du doigt que les étudiants sont forcés à se concentrer sur l’obtention d’un nombre fixé de points à chaque semestre et à « cocher des cases » pour avoir le droit aux diplômes.
C’est horrible, poursuit-il. J’enseigne dans deux universités, et je peux déjà voir cela. Les gens n’ont pas le temps d’étudier parce qu’ils ont trop d’examens. Rien ne reste en mémoire. Les étudiants n’ont pas le temps d’explorer quelque chose dans lequel ils trouvent de l’intérêt. C’est totalement « incréatif ». La créativité ne se base pas sur des résultats, a-t-il affirmé.
La critique est particulièrement mordante pour la direction de la Commission européenne chargé de l’enseignement et de la culture, puisqu’elle supervise à la fois le déroulement du processus de Bologne et celui de l’Année européenne de la créativité et de l’innovation.
L’ambassadeur à la créativité a affirmé que l’Europe était devenu énorme, grosse, fatiguée et boursouflée, et devait être revigorée. Selon lui, l’Europe de l’après-guerre connaissait une énergie énorme, dans les années 1950, mais elle s’était depuis dissipée ; l’Inde est pointée du doigt comme l’exemple d’une puissance moderne émergente où les jeunes gens veulent apprendre et changer les choses.
M. Spiekermann, qui fait partie du groupe non rémunéré de penseurs créatifs qui comprend des artistes, des scientifiques, des inventeurs et des éducateurs, travaille actuellement sur un programme pour la créativité et l’innovation.
Des indications précoces suggèrent que l’enseignement en sera un point crucial, et M. Spiekermann espère qu’il servira d’alerte.
Nous affirmons qu’une crise se déroule maintenant, et nous devons retrouver l’enthousiasme qu’ont les gens en Inde. Nous devons retrouver cette énergie et nous remotiver à apprendre. Les examens écrits, ce n’est pas un apprentissage ; c’est un entraînement. Les examens écrits sont un concept des années 1970, a-t-il déclaré, en ajoutant qu’il y a maintenant des méthodes solides pour enseigner à penser de manière créative.
Selon lui, le programme se doit d’être aussi provocant que possible afin d’activer un débat sur la manière de dépoussiérer l’attitude de l’Europe face à la créativité.