Le système électrique européen, un échec ?
Le système électrique européen ne tient pas ses promesses, selon une étude du commissariat à la Stratégie et à la Prospective, proche du premier ministre. Les énergies renouvelables sont largement responsables de cet échec.
Le système électrique européen ne tient pas ses promesses, selon une étude du commissariat à la Stratégie et à la Prospective, proche du premier ministre. Les énergies renouvelables sont largement responsables de cet échec.
C'est un des fondements du grand marché européen. La politique énergétique de l'UE passe surtout par la gestion de l'électricité, l'énergie la plus indispensable au Vieux Continent.
Pourtant, le système électrique européen ne fonctionne pas, pour le Commissariat à la stratégie et la prospective, qui a présenté mardi 28 janvier les conclusions d'une étude menée à l'automne sur le sujet.
Une politique qui n'atteint pas ses objectifs
Difficile pourtant de jeter la pierre aux institutions européennes, qui ont mis en place tant bien que mal une série de réglementations permettant de faire passer l’électricité d’un marché à l’autre.
« Le marché unique de l’énergie est aussi important que le marché unique monétaire, en terme d’impact financier pour les Européens. Et comme pour l’euro, ses problèmes sont politiques. Le fait que les prérogatives nationales soient restées en place alors que l’on tentait de mener une politique énergétique commune a faussé la donne » assure Marc-Olivier Bettzüge, professeur d’économie et directeur de l’Institut de l’économie de l’énergie à Cologne.
Le fait que l’Allemagne interrompe du jour au lendemain sa production nucléaire a ainsi des impacts en termes de garantie des approvisionnements, mais aussi de prix. Les subventions massives accordées aux énergies renouvelables pèsent sur les industriels français de l’électricité dont les installations peinent à conserver leur rentabilité. Là encore, il s’agit de choix politiques (nucléaire ou pas), qui se répercutent sur le consommateur.
Enfin le manque de visibilité du marché européen d’échange de quotas, dont les prix plafonnent à 5 euros par tonne de CO2 alors qu’ils devraient atteindre les 40 euros pour convaincre les électriciens de renoncer à utiliser du charbon par exemple, a aussi une explication politique.
En effet, les États-Unis ont davantage recours au gaz qu’au charbon. L’Europe, qui a pourtant un marché du carbone, est en train d’opérer le chemin inverse.
Les énergies renouvelables cannibalisent la compétitivité du marché
La faute à…une politique de soutien aberrante aux énergies renouvelables, selon l’économiste, qui estime que la proportion de l’électricité restant véritablement soumise au prix du marché diminue si l’on subventionne les prix d’une partie de la production.
« Les énergies renouvelables finissent par cannibaliser leur propre compétitivité » constate l’économiste, en soulignant que la baisse des prix du marché de gros entraîné par les énergies renouvelables les empêche de se trouver dans des conditions où elles pourraient un jour être compétitives, sans subvention.
Les économistes sont unanimes sur la faible efficacité économique des subventions à outrance des renouvelables, dont les subventions totales sont estimées à 13 milliards de dollars en Allemagne. Et ce en dépit de leur efficacité en termes de production d’énergie.
Un marché déjà obsolète
« Par conséquent les messages envoyés par le marché ne sont pas les bons, les effets de rareté de très court terme ne se reflètent pas dans les prix, alors qu’au contraire les surcapacités sont prises en compte ».
D’où des prix largement déprimés, voire négatifs, constatés notamment en Espagne ou en Allemagne.
La réponse à cette multitude de constats d'échec n’est pas simple. Mais les chercheurs proposent tout de même de regarder du côté du Royaume-Uni, précurseur en la matière. Un prix plancher du carbone y a été mis en place, qui pourrait inspirer les futures politiques européennes.
La coopération plus poussée des politiques énergétiques, dans les faits et non plus dans la théorie, semble la préconisation la plus logique pour rendre au mécanisme son efficacité.