Le sommet franco-allemand s'annonce profil bas
Les dossiers n'ont pas avancé aussi vite que prévu, et la démission d'un ministre allemand décale certains projets.
Les dossiers n'ont pas avancé aussi vite que prévu, et la démission d'un ministre allemand décale certains projets.
François Hollande et Angela Merkel président mercredi un conseil des ministres franco-allemand dont les ambitions ont été révisées à la baisse à la dernière minute.
Le président et la chancelière avaient au départ mis la barre très haut, le premier en appelant les deux pays à créer un « Airbus de l'énergie », la seconde en plaidant pour la création d'un réseau européen de communications pour éviter que les données personnelles des Européens transitent par les États-Unis.
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Mais des changements de dernière minute ont modifié leurs projets.
La démission la semaine dernière du ministre de l'Agriculture a fragilisé le gouvernement d'Angela Merkel qui réunissait sa coalition mardi 18 février au soir. Si le problème politique ne semble pas insurmontable, il semble devoir entraîner un retard dans les dossiers chers à la coopération franco-allemande – en matière agricole, mais pas seulement.
La coopération voulue par la France porte avant tout sur les questions économiques : fiscale et sociales. Or les cultures et les priorités ne sont pas les mêmes de l'autre côté du Rhin.
« Il y a une différence de culture entrepreneuriale entre les deux pays. Fonder une grande entreprise est encore difficile à imaginer », explique un diplomate allemand en insistant sur la différence entre les politiques énergétiques des deux pays.
Dans l'entourage du président français, on admet d'ailleurs que la comparaison avec l'avionneur européen a ses limites.
« Évidemment, la transition énergétique ce n'est pas l'aéronautique et 2014 ce n'est pas la fin des années 60 », concède un conseiller de François Hollande.
« C'est aux industriels de prendre l'initiative, nous, nous créons les conditions », ajoute-t-on à Paris, où l'on veut néanmoins mettre en place une « plate-forme commune » pour porter de futurs projets industriels.
Les deux pays vont ainsi demander aux gestionnaires de réseaux de se rapprocher, tout comme devra le faire l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (ADEME) et son homologue allemande.
Des programmes de recherche sur les réseaux intelligents ou le stockage de l'énergie sont aussi prévus. Le français RTE, pour réseau de transport d'électricité, devrait aussi se rapprocher de ses équivalents allemands.
Si la France partage les préoccupations allemandes sur les révélations de l'espionnage à grande échelle auquel se serait livrée la National Security Agency (NSA), François Hollande a clos le débat lors de son voyage aux États-Unis en déclarant que la « confiance mutuelle (avait) été restaurée », ce qui est loin d'être le cas côté allemand.
Données, agriculture et TTF pour plus tard
Paris n'a donc pas repris l'idée énoncée samedi par Angela Merkel de créer un réseau pan-européen de communications même si, de source française, on dit avoir « les mêmes idées ».
L'Europe devrait donc pouvoir stocker, traiter et protéger ses données tout en empêchant les grandes plates-formes américaines de « verrouiller » le Net. « Est-ce que ça s'appelle un réseau de communication? On verra », dit un conseiller de François Hollande.
Paris n'a guère plus d'espoir de voir Berlin rejoindre dès mercredi son combat pour que le feu vert à la mise en culture des organismes génétiquement modifiés revienne désormais aux États membres de l'Union européenne.
De l'aveu du ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, les Allemands ont besoin de « temps » après le changement de leur ministre de l'Agriculture, remplacé lundi après un scandale politique. (voir )
Aucune percée majeure n'est attendue sur la taxe sur les transactions financières, toujours en cours de discussion. « Ce qui est sûr c'est qu'il y aura une proposition commune avant les européennes » souligne un conseiller.
Les discussions sur l'assiette de cette taxe sont toujours en cours, même si l'inclusion des transactions de court terme ne semble plus d'actualité. « Il ne faut pas perdre l'ensemble des transactions en plus de perdre la recette de la taxe, cela n'aurait pas de sens », assure-t-on du côté de l'Élysée.
Coopération militaire
La France et l'Allemagne devraient aussi se féliciter de l'envoi de 250 militaires de la brigade franco-allemande pour une mission de formation dans le cadre de la mission européenne au Mali.
« C'est un symbole, mais ce n'est pas symbolique », se félicite-t-on de source française.
François Hollande et Angela Merkel devraient aussi profiter de leurs entretiens pour coordonner leur politique économique avec une répartition des rôles qui semble bien définie.
À l'Allemagne de profiter de ses 200 milliards d'euros d'excédents commerciaux engrangés en 2013 pour favoriser une relance de la consommation et à la France de résorber ses 60 milliards de déficits en devenant plus compétitive.
« Ce qui peut permettre à l'Europe de redémarrer, c'est que la France soit plus compétitive sur son offre et que l'Allemagne soit plus dynamique au niveau de sa demande », explique un proche du chef de l'État.
Selon un diplomate allemand, Angela Merkel, qui gouverne désormais avec des sociaux-démocrates, présentera les « nouveautés » de sa coalition, comme l'introduction d'un SMIC, vieille revendication française, et posera « certainement » des questions sur l'état d'avancement du pacte de responsabilité proposé par François Hollande pour doper l'économie française.