Le sommet de l’UE cherche à minimiser la crise européenne
Peu avant un nouveau sommet européen visant à lutter contre la crise grecque et à décider de l’avenir économique européen, les diplomates évoquent une « Union chaotique », alors même que les conclusions provisoires du sommet, consultées par EURACTIV, vantent les progrès accomplis.
Peu avant un nouveau sommet européen visant à lutter contre la crise grecque et à décider de l’avenir économique européen, les diplomates évoquent une « Union chaotique », alors même que les conclusions provisoires du sommet, consultées par EURACTIV, vantent les progrès accomplis.
Le sommet européen qui débutera aujourd’hui (23 juin) aura pour objectif de progresser sur toute une série de désaccords, notamment l’aide à la Grèce et la réforme d’un ensemble de lois vouées à lutter contre les problèmes de dette des pays. Toutefois, les projets de conclusions, devant être publiés demain mais consultés par EURACTIV, sont plus positifs quant aux progrès effectués que ne le sont les législateurs impliqués.
Les diplomates, qui ont suivi pendant deux ans les réformes économiques entreprises dans les pays endettés, parlent d’un processus de réformes « chaotique ».
Des versions différentes
« Il existe une grande différence entre les enjeux et inquiétudes considérables d’une part et l’approche pas à pas laissant peu de marge de manoeuvre qui est entreprise d’autre part », a déclaré un diplomate, sous le couvert de l’anonymat.
Cependant, demain, dans les conclusions du Conseil, l’UE félicitera les Etats membres pour les mesures qu’ils ont prises ou sont sur le point de prendre.
« Le Conseil européen note une détermination claire de la part de tous les Etats membres à faire ce qui est nécessaire pour mettre pleinement en œuvre le Pacte de stabilité et de croissance », peut-on lire dans les conclusions.
Cette déclaration ne manque pas d'ironie, font remarquer certains diplomates, dans la mesure où certains pays, et en particulier la France, restent réticents à approuver une révision du Pacte de stabilité et de croissance, le paquet sur la gouvernance économique.
La France, et dans une moindre mesure l’Italie et l’Espagne, ne souhaitent pas pour l’instant donner leur aval aux demandes du Parlement européen, colégislateur de la révision, pour que Bruxelles ait davantage son mot à dire s’agissant des déficits, des dettes et des déséquilibres des pays européens.
Les ministres des finances des Etats membres et les eurodéputés sont en désaccord sur l’utilisation du vote à la majorité qualifiée inversée (VMQI), qui implique que les pays doivent voter pour éviter à un pays un contrôle ou des sanctions automatiques de la part de l’UE. Le principe en est que les pays ont moins tendance à ignorer les problèmes lorsqu’un vote officiel est nécessaire.
Le Parlement européen souhaite que la procédure de vote soit lancée plus tôt, dès que les pays n'auront pas respecté les orientations données par la Commission européenne sur la réduction des dettes et qu’ils seront sur le point de recevoir un second avertissement.
La France craint également que le Parlement ne veuille se montrer aussi sévère envers les économies d’exportation qui créent des déséquilibres qu’envers les pays qui souffrent de déficits et de dettes ingérables.
La Grèce en arrière-plan
En plus du retard accumulé sur la question du contrôle de la dette des pays, la prise de décision quant à un éventuel deuxième programme d’aide pour la Grèce, d’une valeur de 120 milliards d’euros, a été reportée à une réunion extraordinaire des ministres des finances le 3 juillet, afin d’accorder plus de temps au parlement grec pour approuver les mesures d’austérités prévues.
« Il est difficile de ne pas constater que le processus a été géré de manière assez chaotique ces dernières semaines », s’est plainte une source diplomatique, montrant ouvertement sa frustration quant à la gestion de la crise grecque par l’UE.
Tests de résistance ?
Les diplomates doutent également de l’utilité des tests de résistance pour les banques, destinés à tester la liquidité du secteur en cas de déclin économique.
Les conclusions du sommet de juin souligneront l’importance de la réalisation de ces tests « dans le respect total de la méthodologie et des indications données par l’Autorité bancaire européenne ».
Une source a particulièrement insisté sur le fait que ces tests n’incluaient pas la dette souveraine et les scénarios de remaniement ministériel, comme c’est notamment le cas en Grèce, ce qui « fausserait grandement leur crédibilité ».
« Je doute fort qu’ils modifient les lignes directrices à présent », a ajouté le diplomate.
Les conclusions du sommet mettent également en avant « une évaluation collective européenne des mesures nationales prévues par les Etats membres », dans le cadre du Semestre européen, une révision annuelle de six mois par la Commission européenne des budgets nationaux.
Strip-tease !
Toutefois, certains diplomates des nouveaux Etats membres de l’UE se disent peu enthousiastes quant à la procédure de ce Semestre européen et affirment souhaiter un système plus sévère qui impliquerait des sanctions dans le cas où les plans prévus ne seraient pas mis en œuvre.
« Nous avons besoin d’un strip-tease collectif », a expliqué un diplomate originaire d’un petit pays d’Europe de l’Est.
Ce diplomate a insisté sur le fait que de réelles discussions sur les réformes nationales n’auraient lieu que lorsque les pays commenceraient à communiquer, et non pas dans le cadre d’un contrôle exercé uniquement par la Commission.
Claire Davenport – traduit de l’anglais par Amandine Gillet