Le silence d’Ursula von der Leyen sur un éventuel second mandat divise la droite européenne
Le fait que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (Parti populaire européen), n’ait pas encore annoncé si elle se représenterait pour un second mandat a provoqué des troubles au sein de la droite, tant au niveau de l’UE qu’au niveau des États membres.
Le fait que l’actuelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (Parti populaire européen, PPE), n’ait pas encore fait savoir si elle se représenterait pour un second mandat a provoqué des troubles au sein de la droite, tant au niveau de l’UE qu’au niveau des États membres.
Le Parti populaire européen attend toujours que Mme von der Leyen décide si elle souhaite se représenter pour le poste de présidente de l’exécutif de l’UE lors des élections européennes de 2024. Son silence sur la question a suscité un vif débat à droite de l’échiquier politique, et beaucoup s’interrogent sur l’orientation future du plus grand groupe du Parlement.
En Italie, cela a même provoqué des troubles au sein du gouvernement de coalition, tandis qu’en Espagne, le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez s’est prononcé en faveur d’un second mandat pour la responsable politique allemande.
Ursula von der Leyen, Spitzenkandidat du PPE ?
Le PPE, groupe politique de droite, n’a pas encore annoncé la date de son prochain congrès, au cours duquel il devrait désigner son Spitzenkandidat pour les élections européennes de juin 2024. Selon une source du PPE au fait du sujet, si cette date n’a pas encore été annoncée, c’est justement parce que Mme von der Leyen n’a pas indiqué si elle souhaitait se représenter.
En vertu du système du Spitzenkandidat, la tête de liste au sein d’une famille politique européenne qui remporte les élections européennes et obtient la majorité au Parlement prend alors la présidence de la Commission européenne.
Cependant, alors que l’ancien président de la Commission, Jean-Claude Juncker, avait été désigné dans le cadre du système du Spitzenkandidat en tant que « tête de liste » du Parti populaire européen, sa successeure, Ursula von der Leyen, a quant à elle été choisie par les dirigeants de l’UE à huis clos.
La source du PPE a déclaré à EURACTIV que Mme von der Leyen n’avait pas besoin d’être « proposée » par quelqu’un pour être la candidate tête de liste, mais qu’elle devait simplement dire si elle souhaitait effectuer un second mandat.
« Nous sommes en consultation interne sur le congrès électoral », a indiqué cette même source.
En ce qui concerne les dates potentielles pour le congrès, les rumeurs à Bruxelles suggèrent qu’il pourrait avoir lieu à la mi-avril ou au début du mois de mai de l’année prochaine. Cependant, la source du PPE a noté qu’il aura « probablement lieu plus tôt ».
Tensions au sein de la droite
Ce silence de Ursula von der Leyen a provoqué des tensions à droite, et les rumeurs vont bon train à Bruxelles et dans les capitales européennes.
La fin de la « grande coalition » entre les socialistes et le PPE a laissé un vide politique qui doit être comblé pour obtenir une majorité au sein du prochain Parlement européen.
Pour combler ce vide, le président du PPE, Manfred Weber, a déjà exprimé sa volonté de collaborer avec les Conservateurs et Réformistes européens (CRE). Certains responsables politiques du PPE, tels l’Italien Antonio Tajani, ont soutenu cette initiative, tandis que d’autres, comme les partis de droite allemands, l’ont exclue.
À Bruxelles, certains suggèrent qu’une guerre silencieuse a lieu entre M. Weber et Mme von der Leyen concernant l’orientation politique future du PPE. Les deux responsables politiques semblent en effet adopter des approches différentes, M. Weber se tournant davantage vers la droite tandis que Mme von der Leyen prône une approche plus centriste.
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Un exemple récent de cette confrontation est la question du changement climatique.
« Le changement climatique est un fait. Vous pouvez connaître la prospérité tout en protégeant la nature et l’environnement », a récemment déclaré Mme von der Leyen, envoyant ainsi un message au PPE de M. Weber, qui a récemment voté contre le règlement sur la restauration de la nature au Parlement européen en s’alignant avec les Conservateurs et Réformistes et le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID).
La grande question est de savoir si le PPE — qui devrait arriver en tête lors des élections — formera une coalition postélectorale avec les conservateurs du CRE et les libéraux de Renew Europe, ou s’il ira plus à droite, en forgeant des alliances avec l’extrême droite.
Un autre scénario est que Mme von der Leyen mène la faction libérale du PPE vers une approche plus centriste, plus proche des socialistes et des libéraux.
« Nous, les groupes démocratiques du centre, devons montrer que nous avons une idée claire de la manière dont nous voulons gérer le changement », a déclaré Mme von der Leyen lors d’une discussion avec le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez mardi (4 juillet).
Lors d’une discussion informelle avec des journalistes, M. Sánchez a également soutenu un second mandat pour Mme von der Leyen, faisant l’éloge de son travail en tant que cheffe de la Commission.
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La « guerre par procuration » de l’Italie
La bataille à Bruxelles a fait tache d’huile en Italie, les partis de la coalition gouvernementale étant divisés sur la question, ce qui a déclenché une « guerre par procuration ».
Le gouvernement italien est composé du parti Frères d’Italie (CRE) de la Première ministre conservatrice Giorgia Meloni, de Forza Italia (PPE) de droite et du parti d’extrême droite de Matteo Salvini, la Ligue (ID).
L’alliance qui semble se profiler à l’horizon entre le Parti populaire européen et les Conservateurs et Réformistes en a déjà contrarié plus d’un, mais la proposition de M. Salvini d’inclure sa famille européenne (ID) — composée notamment du Rassemblement national (RN) français et de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) — reproduisant essentiellement le modèle du gouvernement italien — a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani — vice-Premier ministre et dirigeant de Forza Italia — a expliqué que « Matteo Salvini ne sera jamais un problème », mais que l’AfD et Marine Le Pen le seront certainement.
De son côté, la Ligue met en garde ses partenaires gouvernementaux contre la possible reconfiguration de la « majorité Ursula », composée du PPE, des socialistes (S&D) et des libéraux (Renew).
« Notre ami [Antonio] Tajani préfère-t-il vraiment continuer à gouverner avec le Partito Democratico [italien], les socialistes et [Emmanuel] Macron [parti Renaissance/Renew] ? La Ligue travaille pour changer la majorité en Europe et donner naissance, enfin, à un projet de centre droit uni, capable d’apporter des réponses concrètes aux citoyens après des années de mauvaise gouvernance de la gauche », ont indiqué Marco Zanni, président du groupe ID, et Marco Campomenosi, chef de la délégation de La Ligue au Parlement européen, dans une note.
« Nous refusons de penser que quelqu’un qui se dit de centre droit puisse préférer [Emmanuel] Macron et la gauche à [Marine] Le Pen », ont-ils ajouté.
La Ligue a également fait appel au président français, fondateur du groupe Renew et ennemi historique de Giorgia Meloni. Toutefois, à ce jour, Mme Meloni n’a pas exclu une alliance avec Renew, qui ne veut pas entendre parler d’une coalition avec les conservateurs.
En effet, lors d’un entretien avec EURACTIV, l’eurodéputé italien Sandro Gozi, élu sur les listes de Renaissance (Renew) en France, a totalement exclu une éventuelle alliance avec « fantôme » entre le PPE, CRE et son groupe « impliquant peut-être même des morceaux du groupe ID ».
« Nous disons clairement non à cette hypothèse. Nous l’avons déjà écrit, c’est un engagement politique fort et nous le répéterons tout au long de notre campagne électorale : nous avons une autre vision de l’Europe », a expliqué M. Gozi.
Selon La Repubblica, un second mandat de Mme von der Leyen rendrait « impossible » un accord avec ID.
Le journal italien suggère que Mme Meloni a poussé pour l’ultimatum de M. Tajani, déterminée à ne pas laisser de place en Europe à son allié au gouvernement, M. Salvini, et encline à l’idée d’une « osmose progressive » entre Fratelli d’Italia (CRE) et Forza Italia (PPE).
M. Salvini a déclaré mardi qu’il souhaitait que le modèle de gouvernement italien, qu’il positionne au « centre droit » du spectre politique, soit « étendu à l’Europe ».
« Sans exclure personne a priori, sans dire non à personne, sinon il y aura encore une majorité avec la gauche, avec les socialistes, avec [Emmanuel] Macron », a expliqué le ministre.
« C’est simplement une idée de l’Europe qui coïncide avec ce que fait le gouvernement italien. Centre droit en Italie, centre droit en Europe. Je me demande comment quelqu’un de centre droit peut préférer les socialistes », a-t-il conclu.
Les commentaires de M. Salvini ont été critiqués par Paolo Barelli, chef de groupe du parti Forza Italia à la Chambre des députés.
« M. Salvini veut convertir Mme Le Pen au pro-européanisme. Un chemin difficile, qui prendra de nombreux mois », a-t-il déclaré.
Enfin, à Bruxelles, certains suggèrent que des dirigeants européens pourraient proposer à Manfred Weber d’occuper le poste de président de la Commission en cas de désaccord au sujet de Mme Von der Leyen au sein du Conseil européen.
« Finalement, c’est le soutien du Conseil européen qui compte le plus », a conclu une source au fait du dossier.
EXCLU : le ministre italien des Affaires étrangères estime que le dialogue entre PPE et CRE devrait se poursuivre
Le dialogue entre le Parti populaire européen (PPE) de centre droit et les Conservateurs et…
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]