Le secteur des transports aériens s'inquiète des mesures de l'UE contre les émissions

Airbus, tout comme de nombreuses autres entreprises, craint que le système européen visant à taxer les compagnies aériennes pour leurs émissions de carbone ne déclenche une guerre commerciale avec des implications sur les accords déjà conclus ou à conclure, voire même sur la crise de la dette souveraine en Europe.

EURACTIV.com / Reuters
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Airbus, tout comme de nombreuses autres entreprises, craint que le système européen visant à taxer les compagnies aériennes pour leurs émissions de carbone ne déclenche une guerre commerciale avec des implications sur les accords déjà conclus ou à conclure, voire même sur la crise de la dette souveraine en Europe.

Le système communautaire d'échange de quotas d'émission (SCEQE) pour les compagnies aériennes, introduit le 1er janvier 2012, a déclenché une vague de protestations de la part des compagnies aériennes à travers le monde. La Chine a d'ailleurs interdit à ses transporteurs d'y prendre part.

Ces tensions croissantes surviennent peu avant le sommet Chine-UE prévu à Beijing mardi prochain, alors que l'UE compte sur les énormes réserves de change de l'empire du Milieu pour aider la zone euro à faire face à l'accumulation de sa dette qui menace sa stabilité économique.

Tom Enders, directeur exécutif chez Airbus, s'est dit de plus en plus inquiet quant à l'échec potentiel de ce système si les tensions ne s'apaisaient pas.

« Je suis très inquiet des conséquences que cela pourrait avoir. Ce qui semblait être une solution pour l'environnement est devenu une source potentielle de conflits commerciaux. Cela devrait tous nous inquiéter », a-t-il affirmé lors d'une conférence sur l'aviation en amont du salon aéronautique de Singapour qui commencera lundi prochain.

La Chine est un marché stratégique clé pour les deux premiers constructeurs aéronautiques, dans la mesure où elle coordonne ses achats de manière centralisée et passe des commandes auprès d'Airbus et Boeing par série de 100 ou plus, ce qui résulte en des relations politiques de haut niveau.

Le trafic aérien intérieur du pays a quadruplé entre 2000 et 2010 et il devrait poursuivre sa progression à raison de plus de 7 % par an d'ici 2030, selon des études menées par Airbus. Boeing prévoit que la Chine devienne le second marché pour les nouveaux avions, après les États-Unis, entre 2011 et 2030.

L'année dernière, le pays avait retardé la signature d'un accord d'une valeur de 3 milliards d'euros pour dix gros porteurs A380 pour la Hong Kong Airlines, en signe de mécontentement face aux projets de l'UE. Dans les années 1990, la Chine avait refusé d'acheter des produits français comme le blé et les avions Airbus, en représailles contre la vente d'avions de chasse et de frégates français à Taïwan.

La semaine dernière, Beijing a interdit à ses compagnies aériennes de participer au SCEQE sans sa permission et menacé de prendre des mesures pour se défendre contre ce système qui impose des taxes sur les émissions de carbone des avions au départ et à destination de l'Europe.

Les gouvernements étrangers arguent que l'Union européenne outrepasse sa compétence juridique en calculant les coûts du carbone en fonction de la totalité du vol et non simplement de la partie du vol en Europe.

Siim Kallas défend le SCEQE

Le commissaire européen aux transports, Siim Kallas, reconnaît que certains pays s'opposent vivement au SCEQE, notamment la Chine, les États-Unis et l'Inde. Il s'est dit prêt à faire preuve de flexibilité pour trouver des solutions.

Mais l'UE ne cèdera pas sous la pression et ne suspendra pas ce système, qui s'inscrit selon elle dans la lutte mondiale contre le changement climatique. L'aviation est responsable d'environ 3 % de la pollution au gaz à effet de serre générée par les activités humaines.

« Si vous pensez que l'Europe sera, à terme, forcée de suspendre le SCEQE, vous vous trompez. Nous devons trouver une vraie solution à l'échelle mondiale », a-t-il déclaré lors d'un entretien à Singapour.

« La mise en œuvre de ce système sera difficile, elle entraînera des conflits, des poursuites en justice, mais peu importe. Ce système sera bel et bien introduit », a affirmé M. Kallas.

Le ministre français des transports, Thierry Mariani, a déclaré qu'Airbus et Air France s'inquiétaient de voir ce conflit porter atteinte à la compétitivité de la France.

Certaines compagnies aériennes européennes, alarmées, pensent que ce système pourrait se retourner contre elles si les gouvernements étrangers décidaient de réagir en limitant les droits de trafic ou en imposant des taxes et des frais en guise de représailles.

L'Association du transport aérien international, le groupe représentant le secteur de l'aviation, a appelé les Nations unies à s'impliquer via son Organisation de l'aviation civile internationale afin d'éviter une guerre commerciale.