Le secteur de l’emploi à domicile face au défi démographique

Alors que la population européenne âgée de plus de 80 ans atteindra 37 millions d’individus d’ici 2030, le secteur de l’emploi à domicile fait le point sur cet enjeu crucial à quelques semaines d’un scrutin européen décisif en matière sociale.

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Alors que la population européenne âgée de plus de 80 ans atteindra 37 millions d’individus d’ici 2030, le secteur de l’emploi à domicile fait le point sur cet enjeu crucial à quelques semaines d’un scrutin européen décisif en matière sociale.

C’est un secteur peu connu, presque invisible alors qu’il emploie en France plus de 1,3 million de salariés et qu’à l’échelle de l’Union européenne, plus de 12 millions de personnes prennent soin quotidiennement de proches malades, âgés ou en situation de handicap. Pour mettre la lumière sur cet acteur de l’économie, la Fédération des particuliers employeurs de France (FEPEM) a organisé une conférence à quelques semaines des élections européennes.

« Ce sera un mandat clé », estime sans détour Marie-Béatrice Levaux, présidente en charge de la stratégie sectorielle de cette fédération mais aussi d’EFFE, la Fédération européenne des emplois et de la famille, devant un parterre de représentants des listes françaises pour le scrutin européen du 9 juin.

« Force est de constater que l’Union européenne et les États membres sont relativement en retard par rapport à la prise de conscience du défi de la transition démographique. »

En effet, à la fin du prochain mandat, les prévisions estiment que les plus de 80 ans seront quasiment au nombre de 37 millions sur le vieux continent. Alors que la population européenne souhaite très majoritairement résider aussi longtemps que possible à son domicile, la FEPEM estime qu’en France, il faut créer 800 000 emplois dans les prochaines années. Et des centaines de milliers d’autres à l’échelle des 27 pays européens.

Besoins de financement du secteur de l’emploi à domicile

Pour appréhender cette transition démographique, les représentants du secteur de l’emploi à domicile appellent à plus de financements européens. Une demande appuyée par Daniel Guiraud, représentant de la liste Réveiller l’Europe (Parti socialiste et Place publique) qui propose de pérenniser le dispositif SURE. Ce mécanisme avait été mis en place pendant la crise de la Covid-19 dans le but de protéger les emplois et les revenus.

« Ce ne doit pas être un dispositif en période de crise, mais un dispositif pérenne qui doit être fléché sur des items à déterminer. Et la question de l’emploi à domicile, avec toute la disparité qu’il doit y avoir à l’échelon européen, est un vrai sujet de réflexion. »

Pour le candidat de la liste de l’Union populaire (La France Insoumise), Arash Saeidi, il faut encore aller plus loin et construire un service public de la dépendance : « Nous voulons des établissements publics, que ce soit pour l’accueil ou le soin à domicile et ainsi, éviter l’écueil qu’on a pu avoir avec le scandale des EHPAD. »

Socle européen des droits sociaux

Adopté en 2017, le socle européen des droits sociaux a représenté une avancée pour le secteur de l’emploi à domicile au niveau européen mais, comme le souligne Isabelle Maquet, conseillère économique à la représentation de la Commission européenne en France, « les politiques comme la protection sociale, la santé, les salaires et l’éducation relèvent principalement des compétences des États membres, sauf dans certains domaines qui sont liés à l’égalité salariale ou la libre circulation des travailleurs qui faisaient partie déjà du traité en 1957 ».

Résultat : des situations diverses selon les pays européens et une difficulté à parvenir à une véritable politique harmonisée au niveau de l’Union européenne en matière d’emploi à domicile.

« C’est pour ça que nous sommes aussi favorables à un renforcement du rôle du Parlement européen », martèle Majdouline Sbai, représentante de la liste EELV — Les Écologistes pour le scrutin du 9 juin.

« Le Parlement est le lieu où doivent se délibérer ces futures politiques publiques pour pouvoir les accélérer. Sinon, on aura toujours des États membres qui seront réfractaires parce que leur situation régionale n’est pas adaptée à ce qu’on souhaite. »

Travailleurs nés à l’étranger

Relever le défi des besoins de la création d’emplois d’ici 2030 ne pourra pas se faire sans « l’intégration des personnes issues de l’immigration », rappelle Marie-Béatrice Levaux, la présidente de la FEPEM, qui souligne aussi que l’emploi à domicile a toujours été un secteur d’intégration des populations nées à l’étranger.

Une réflexion qui fait écho à un sujet central dans cette campagne pour les élections européennes.

« S’il s’agit d’intégrer des personnes qui sont en situation régulière en France, c’est formidable », souligne Alexandre Varaut, représentant de la liste Rassemblement National. « S’il s’agit, par contre, de faire venir des migrants qui ne sont pas encore là, je ne le souhaite pas. C’est une erreur statistique de croire qu’on va régler les problèmes en faisant venir des migrants en plus, parce qu’ils ne chercheront pas spécialement à faire ces métiers-là. »

Pourtant aujourd’hui en France, environ un quart des employés à domicile est issu de l’immigration. Et plus de 90 % sont des femmes. C’est pourquoi les représentants du secteur de l’emploi à domicile militent pour une véritable politique de professionnalisation au niveau européen.

Guillaume Klossa, président d’Europa Nova, estime que l’un des plus grands impensés au niveau européen concerne « les dynamiques d’intégration sociale de ces professionnels, qui sont souvent à l’abandon, c’est-à-dire qu’il y a aussi besoin de les former et de les faire progresser ».


Cet article fait suite à l’évènement « Partenariat Média – Les rencontres européennes de la Fepem : l’emploi à domicile à l’heure des élections » organisé par la Fepem.